Besoin vital de culture et partage d’amour du cinéma

Lors de cette première ouverture officielle des cinémas après une interminable période d’interdiction — en forme de contribution à la démocratie culturelle et informative que nous tentons également d’instaurer — En Bigorre est allée interviewer Marine et Thomas, deux acteurs du militantisme culturel au cinéma de Saint Gaudens qui, chaque début d’année, organisent les Rencontres du Film d’Art.

En Bigorre Voilà presque un an et demi que les Rencontres du Film d’Art n’avaient pu se tenir au cinéma Le Régent de Saint Gaudens, qui avaient encore accueilli 8000 personnes fin janvier 2020. Comment avez-vous vécu cette impossibilité ?

RFA En effet ça n’a pas été évident, d’autant plus que jusqu’au dernier moment nous pensions pouvoir ouvrir fin janvier. Ce n’est que quinze jours avant que le gouvernement nous a fait comprendre que les lieux culturels resteraient fermés encore plusieurs mois.

Du coup, nous avons pris la décision d’organiser la 8e édition dès la réouverture des salles, quelles que soient la date et les conditions sanitaires. Cela nous a permis de garder une perspective.


les Rencontres du Film d'Art - les acteurs © http://www.lesrencontresdufilmdart.com/qui-sommes-nous/ les Rencontres du Film d'Art - les acteurs © http://www.lesrencontresdufilmdart.com/qui-sommes-nous/

En B. L’important public réuni depuis 2014, semble s’être montré à nouveau très fidèle malgré la jauge à 35 % imposée par les normes sanitaires. Quels retours avez-vous eu ?

RFA Nous ne savions pas du tout comment allait réagir le public. Nous n'avons annoncé cette 8e édition que trois semaines avant la date.

Nous avons été surpris par l’engouement. Ça nous a donné un moral d’enfer !                                     

Il y avait bien sûr les fidèles qui étaient là mais aussi des festivaliers qui venaient pour la première fois ; et parfois de loin (Montpellier, Bordeaux,…).



En B. Dès le 8 janvier, l’équipe cinéphile titrait :

« Le virus n'aura pas les RFA 2021 ! » et le mois suivant, En Bigorre se faisait le relai de votre bouteille à la mer : « Samedi 6 février exigeons que tous les lieux de diffusion artistique et de vie associative réouvrent au nom de la liberté de participer à la vie culturelle. »

Comment vous a-t-il été possible tout de même, malgré les confinements successifs, de réunir cette douzaine de films ? Car vous avez dû faire un choix, éclectique, parmi un bien plus grand nombre, sans pouvoir les voir en salles …

RFA Nous avions préparé la programmation de l’édition 2021 lors du premier confinement, nous avions le temps et les sept salles du Cinéma Le Régent disponibles !

Comme pour chaque édition, nous avons sélectionné une trentaine de films.

Finalement, nous avons dû réduire la programmation à douze films à cause du couvre-feu à 21h et pour des raisons budgétaires.


les Rencontres du Film d'Art © Les RFA les Rencontres du Film d'Art © Les RFA

Les films que nous avons dû mettre de côté seront présents dans l’édition 2022 que nous sommes déjà en train de préparer.

 

En B. Votre choix de réduire les RFA à deux jours au lieu de quatre, en ne convoquant pas les trois réalisateurs envisagés, vous a-t-il été imposé par la comptabilité rigoriste ou avez-vous été empêchés plus en amont, par d’autres instances de décision ?

RFA Il y a eu plusieurs raisons... la question financière bien sûr mais surtout à cause du couvre feu à 21h. Organiser une rencontre avec un invité au milieu de l’après-midi est un peu dommage. De plus, à cause de la jauge à 35%, tout le monde n’aurait pas pu en profiter. Et comme ce sont des invités de qualité, nous préférions les faire venir l’année prochaine dans de meilleures conditions.



En B. Sur le plan financier, avez-vous pu obtenir des soutiens institutionnels, de sorte que l’ensemble des frais – et notamment de personnel – puissent perdurer, en évitant le pire : la perte des énergies humaines qui contribuent à sa mise en œuvre ?

RFA Oui, nous avons eu le chômage partiel et les aides de l’État. Nous ne pouvons pas nous plaindre !

En B. Dans quel état se trouve dorénavant la culture du cinéma, à la fois soutenue du bout des lèvres par le gouvernement, et empêchée simultanément de retrouver les jauges de rentabilité traditionnelles ? Les cinémas “art et essai” sont-ils voués encore aux gémonies ?

RFA Nous sommes optimistes sur le retour en salles des spectateurs. Nous avons besoin de partage ! Pour le moment il y a beaucoup de films en attente qui vont sortir dans l’année qui vient.

Ensuite viendront les films qui ont été tournés pendant le confinement.

D’ici deux ou trois ans nous verrons l’impact de la crise économique sur la quantité et la qualité des films qui sortiront sur les écrans. Nous sommes dans un domaine qui réagit à contretemps puisque la création d’un film prend plusieurs années.



En B. Vous évoquiez plus haut le soutien du public, autant qu’il lui a été possible d’être présent ; en quoi son appétence peut-elle être pointée politiquement comme un élément déterminant, dans une période focalisée quasi exclusivement sur les conditions sanitaires ?

RFA Autant l’année dernière, lors de la réouverture après le premier confinement, nous avions senti que les spectateurs les plus fidèles venaient surtout par solidarité et pour nous soutenir. Aujourd’hui la situation semble bien différente. Nous sentons que les spectateurs ont un besoin vital de culture et de partage !



En B. De quels soutiens sentez-vous l’urgence, au titre des RFA, pour pouvoir anticiper plus sereinement les neuvièmes rencontres de 2022 ?

RFA Nous avons surtout besoin du retour du public. Nous faisons ce métier pour partager notre amour du cinéma avec les spectateurs ... pas pour recevoir des aides publiques !



En B. En Bigorre croise les doigts pour qu’enfin, la culture soit valorisée à la hauteur des enjeux qu’elle sous-tend, tant sur le plan des ressourcements individuel, social et de la création, tout autant que du partage de la pensée dont les artistes sont les porteurs, bien souvent aux avant-postes. En cette période d’enjeux politiques, également, des candidat·e·s se sont-ils·elles positionné·e·s en faveur d’un soutien indéfectible, premier et sincère à votre projet et, plus largement, en comprenant véritablement la nécessité d’une culture et de lieux culturels dynamiques, vivants ?

RFA Nous avons le soutien de la ville de Saint Gaudens et de la Région Occitanie pour notre festival depuis plusieurs années.

Mais nous sommes un cinéma indépendant et nous souhaitons le rester. Le soutien politique est important certes mais la présence des spectateurs est ce qui donne un sens à notre lieu.

les Rencontres du Film d'Art : venir aux RFA © Les RFA les Rencontres du Film d'Art : venir aux RFA © Les RFA

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