L'écume du Tour (1) Quoi de neuf, docteur?

Tandis que vous vous entassiez par dizaines de milliers aux guichets du péage de Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), tout au bout de l'autoroute A 7, samedi 3 juillet, en compagnie de touristes néerlandais eux aussi rincés par le voyage, un citoyen Suisse du nom de Fabian Cancellara traversait le centre-ville de Rotterdam (Pays-Bas) à 53,4 km/h au guidon d'une bicyclette.

Tandis que vous vous entassiez par dizaines de milliers aux guichets du péage de Lançon-de-Provence (Bouches-du-Rhône), tout au bout de l'autoroute A 7, samedi 3 juillet, en compagnie de touristes néerlandais eux aussi rincés par le voyage, un citoyen Suisse du nom de Fabian Cancellara traversait le centre-ville de Rotterdam (Pays-Bas) à 53,4 km/h au guidon d'une bicyclette. On en a verbalisé pour moins que ça. Mais comme il s'agissait du prologue (8,9 km) du 97e Tour de France, on lui a serré la pogne avant de lui remettre un bouquet de tulipes, un moulin de balsa peint à la main, un lion en peluche d'origine bancaire et un maillot jaune. Ainsi, entre deux orages et une Coupe du monde de football, l'été pouvait commencer pour de bon. Et à fond les manettes, s'il vous plaît. En tout cas pour les plus confédéraux d'entre-nous.

L'Helvète est véloce mais il est lisse, hélas! «J'ai fait du très bon travail, une très belle course», a-t-il commenté. Bon. Et sinon? «C'est vraiment un pays de vélo, ici. C'était incroyable de voir tout ce monde au bord de la route, surtout qu'il a plu pendant des heures. C'était vraiment beau, avec le soleil qui est revenu pour le final.» Lisse, donc, et toujours vexé qu'on ait pu le soupçonner d'avoir emporter le Paris-Roubaix 2010 par le truchement d'un vélo à assistance électrique. Comme qui dirait un Solex mais sans bruit de machine à coudre, ni mélange 2 temps. «Le moteur, il est en moi», a-t-il tenu à préciser. A en croire Liliane Bettencourt, les Suisses sont gens de confiance. Mais il y a un règlement. Alors, les officiels ont procédé à une vérification d'ordre technique. Et de passer le biclou du champion au scanner. C'est fou ce que le sport cycliste peut emprunter à la médecine.

Quelques heures auparavant, c'était des éléments de langage: transfusions sanguines, EPO, testostérone, patches, etc. Dans les colonnes du respectable, Wall Street Journal, Floyd Landis, vainqueur déchu du Tour de France 2006 pour cause de dopage, détaillait l'arsenal chimique déployé par l'équipe US Postal du temps où Lance Armstrong collectionnait les Grandes boucles comme d'autres les grandes blondes. De quoi électriser une ambiance déjà survoltée par le message de bienvenue que Lance-le-terrible avait adressé au peloton en général et à son ancien coturne hispanophone Alberto Contador en particulier. «Je me sens meilleur que l'an passé», avait-il averti avant de prendre la 4e place de ce prologue. Résultat: deux contrôles en moins de 24 heures. L'Union cycliste internationale (UCI) aurait «ciblé» notre ami américain qu'elle ne s'y prendrait pas autrement. On dira qu'icelui l'a bien cherché.

Encore trois étapes à travers toute une série de plats pays et le Tour de France rentre au bercail par la porte du Hainaut (Nord). Roselyne Bachelot, qui se croyait exemptée de corvées depuis le report aux calendes du grand soir du football français, risque de déchanter. Pas impossible que le peloton et ses hérauts la contraignent tout bientôt à mixer les deux intitulés de son ministère - santé et sport - pour faire respecter l'ordre républicain en haut des cols. De même, son expérience de pharmacienne à poigne (elle a tenu l'officine de l'hypermarché Angers-Saint-Serge, dans le Maine-et-Loire, entre 1984 et 1991) pourrait se révéler extrêmement précieuse. Fascinant mystère du destin de l'homo politicus du XXIe siècle débutant passionné par la chose sportive: il s'envisage en baron de Coubertin et s'accomplit en docteur House.

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