L'écume du Tour (2): Silence, on chute!

Le peloton du 97e Tour de France a l'air pressé d'arriver. Le problème c'est qu'emporté par son élan, il fait n'importe quoi.

Le peloton du 97e Tour de France a l'air pressé d'arriver. Le problème c'est qu'emporté par son élan, il fait n'importe quoi. Sur les routes de plats pays qui ne sont pas exactement les nôtres mais plutôt ceux de Joop Zoetemelk et d'Eddy Merckx, puis dans les rues de Bruxelles, où était jugée, dimanche 4 juillet, l'arrivée de la 1re étape (Rotterdam-Bruxelles, 224 km), il s'est cogné contre à peu près tout ce qui bougeait mais également, et c'est assez inquiétant après seulement un jour de course, contre ce qui ne bougeait pas. Un chien errant? Paf! Un rétrécissement de chaussée? Patatras! El Diablo, son collant rouge, sa queue en pointe de flèche et sa fourche? Vlan! Un virage? Patapouf! Un écart? Badaboum! Rien? Poum quand même! Résultats: victoire du sprinter italien Alessandro Petacchi et tournée générale de Mercurochrome.

«Je suis venu ici pour sprinter et pour gagner», a confié le lauréat. Bien lire: ne comptez sur moi pour vous expliquer pourquoi les autres font rien qu'à tomber. Pour élucider le mystère de ce peloton divaguant tel Le bateau ivre d'Arthur Rimbaud ou laBoule de flipper de Corinne Charby, il nous a fallu chercher ailleurs. David Millar, ancienne star rock and roll du cyclisme des années chimiques dorénavant chargé de filoguider jusqu'à l'arrivée le missile américain Tyler Farrar, avance: «Il y avait tellement de sprinteurs qui voulaient gagner l'étape... Gagner sur le Tour, c'est énorme. Les gars sont prêts à tout et prennent des risques.» Mouais, pourquoi pas? C'est en tout cas plus clair que le compte-rendu du maillot jaune Fabian Cancellara: «Je ne suis pas tombé mais j'ai fait un demi-salto après avoir freiné.» La tête a dû toucher.

Et dire qu'au départ les fous du guidon prédisaient une journée simoun et bordures, de celles qui vous éparpillent le peloton par petits bouts, façon puzzle, et vous relèguent un grandissime favori à la 151e place du général avec 27 min 07 sec de retard à combler d'ici Paris, via les Alpes, les Pyrénées, le pays creusois et la Pampa. De quoi rappeler de forts pénibles souvenirs à Alberto Contador (cf. l'étape Marseille-La Grande Motte en 2009). Du coup, l'ex-punching-ball de Lance Armstrong était tout heureux d'être tombé comme les autres, en même temps que les autres, au même endroit que les autres, pour les mêmes raisons que les autres et avec tous les autres. «J'ai reçu un petit choc à la jambe mais je suis satisfait d'avoir passer cette journée dangereuse en raison du vent», s'est-il félicité.

A part ça, les coureurs ont traversé la ville de Putte (Pays-Bas) après 147 km de course. Notons que les organisateurs de la Grande boucle, qui n'aiment rien tant que les facéties, ont, par le passé, imaginé une arrivée à Seraing (Belgique) et un détour par l'abbaye de l'Epau (Sarthe). Donc, Putte. On aurait aimé ne pas vous en parler. Seulement voilà, Gérard Holtz a tenu à signaler son retour sur le tansad de la moto amiral de France Télévisions par ces quelques mots: «Je dois avouer ne jamais avoir vu autant de fils de Putte au bord de la route.» S'iou plaît? Reste à espérer que le peloton recèle moins de «caïds immatures» que l'équipe de France de football, sinon... Quant à nous, téléspectateurs affligés, nous prévenons: encore une saillie du genre et on rallume la radio. L'époque est à la rébellion. Nous sommes tous des enfants de mutins.

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