Dans les lacets de la Grande Boucle (3). Un bon coup de Lance

C’est à croire que les coureurs du 96e Tour de France ne lisent pas Mediapart. Pourtant, 9 euros par mois, ce n’est pas cher payé. Et ça peut rapporter gros. Lance Arsmtrong l’a compris.

C’est à croire que les coureurs du 96e Tour de France ne lisent pas Mediapart. Pourtant, 9 euros par mois, ce n’est pas cher payé. Et ça peut rapporter gros. Lance Arsmtrong l’a compris.

Grâce à cette modeste contribution, le milliardaire texan a évité, contrairement à tant d’autres, de se prendre les pieds dans les lacets de la Grande Boucle. Le piège tendu, lundi 6 juillet, par l’étape Marseille (Bouches-du-Rhône)-La Grande Motte (Hérault) était presque parfait. Il a ressemblé a celui posé la veille, par les organisateurs, entre Monaco (Principauté de Monaco) et Brignoles (Var) et décrit dans la chronique "Un travail de Romain". Le brave Lance ne s’y est pas trompé. Visiblement, Alberto Contador, intronisé grandissime favori de l’épreuve, Carlos Sastre, Cadel Evans, Denis Menchov et les frères Schleck préfèrent lire Le Monde, L’Equipe, GQ ou Tuning Magazine. Bien fait pour eux. Ca leur apprendra.

 

Rappel des faits: une escapade matinale – Samuel Dumoulin, Maxime Bouet, Koen De Kort, Ruben Perez Moreno -, taillée sur mesure pour la télévision, le peloton qui musarde, joue au yoyo, puis met en route pour fondre sur les quatre naïfs comme l’aigle sur la vieille buse et finit par se briser sous la poussée des réacteurs des fusées Columbia et l’effet du vent d’Autan, facétieux zéphir local, soufflant de face. Résultat: le sprinteur anglais Mark Cavendish s’impose pour la deuxième fois en deux jours et Lance Arsmtrong, qui a de bonnes lectures, lui, se joue des bordures pour s’insinuer à la troisième place du classement général devant ses coéquipiers (ça reste à prouver) Alberto Contador (4e), Andreas Klöden (6e) et Levi Leipheimer 10e). Moralité: si tout va bien et la formation Astana très vite, ce qu’il faut envisager, le futur gouverneur du Texas revêtira le maillot jaune, mardi 7 juillet, à l’issue du contre-la-montre par équipes de Montpellier (Hérault).

 

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Je ne suis toujours pas convaincu que le bonhomme d’Austin puisse emporter le Tour de France 2009, même s’il en a déjà boulloté sept. En revanche, je suis formel: il ne passera pas son mois d’août dans un camping de la Costa Brava avec le jeune Alberto. Ah, ça non! D’abord, il ne le trouve pas assez mûr à son goût et pense qu’il a encore beaucoup de choses à apprendre, surtout en matière de bicyclette, ce qui est super sympa au sujet d’un type qui, à 26 ans, a déjà gagné la Grande Boucle (2007), le Giro et la Vuelta (2008). Ensuite, il le prend pour une trompette. Enfin, il se fout de sa gueule; genre: "Il ne fallait pas être prix Nobel pour savoir qu’il fallait courir devant." Les experts de Vélo Magazine ont décrit cette situation pittoresque avec d’autres mots dans leur numéro Spécial Tour (n’hésitez pas à le demander, il en reste). Par ailleurs, n’oublions pas que Lance Arsmtrong n’a qu’un seul véritable ami dans la vie: Georges W. Bush, dit Junior.

 

A bien y réfléchir, cette histoire-là me rappelle celle du tandem Greg LeMond-Bernard Hinault engagé sur le Tour 1986. Le Blaireau finissant devait aider son pote anglophone à fleurir son palmarès mais ne songeait en fait qu’à le faire trébucher, y compris en direct sur les pentes de L’Alpe-d’Huez. Finalement, c’est Bernard Tapie, patron de l’équipe des deux chamailleurs (La Vie Claire, je n’invente rien), client en devenir du Crédit Lyonnais, futur ministre des gouvernements Bérégovoy et bientôt sujet d’investigation de Laurent Mauduit, qui devait désigner le vainqueur de l’épreuve: ce fut l’Américain. Sincèrement, à la place de M. Astana, qui n’a pas de prénom puisqu’il s’agit de la capitale du Kazakhstan, je choisirai Lance Armstrong. En terme de communication (bien lire dollars) et de géopolitique (lire dollars également), ça n’a pas de prix. Ou plutôt si, justement. Encore fallait-il trouver l’occasion d’arbitrer. Merci qui?

 

 

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