L'écume du Tour (8). Un mimosa ne fait pas le printemps mais deux?

Les lecteurs de Mediapart savent depuis longtemps, grâce au blog de notre cher Claude-Marie Vadrot (Jardinage et environnement au naturel), qu'il existe des rosiers et des framboisiers remontants. Et bien, avec le 97e Tour de France, ils ont découvert qu'il existe également une variété de mimosas tout aussi remontante. C'est à dire qui fleurit deux fois dans l'année.

Les lecteurs de Mediapart savent depuis longtemps, grâce au blog de notre cher Claude-Marie Vadrot (Jardinage et environnement au naturel), qu'il existe des rosiers et des framboisiers remontants. Et bien, avec le 97e Tour de France, ils ont découvert qu'il existe également une variété de mimosas tout aussi remontante. C'est à dire qui fleurit deux fois dans l'année. On l'appelle mimosa des quatre saisons. Démonstration: samedi 10 juillet, sous le cagnard brutal qui transformait la 7e étape Tournus (Saône-et-Loire)-Les Rousses (Jura) en serre tropicale, Sylvain Chavanel, dit «mimosa», voire «mimo», a éclot de nouveau après une première floraison à l'arrivée de Spa (Belgique). Il était beau dans sa livrée canari notre picto-charentais, perché sur le podium de la Grande boucle comme l'arbuste sacré sur les collines du Tanneron (Var).

On l'avait cru ravagé par la perte du maillot jaune au soir de l'étape Wanze-Porte du Hainaut où il avait enchaîné chute et crevaisons, restituant la glorieuse tunique à son précédant locataire, le pétaradant helvète Fabian Cancellara. Mais le mimosa est une plante vivace. La moyenne montagne lui convient. Deux-trois jours de soleil en plus et hop, des fleurs. Les plus avertis d'entre-nous, ceux qui savent conjuguer les joies du cyclisme et de l'arboriculture, gardaient donc confiance. Ils avaient raison. «J'avais des jambes de feu. Je savais que je me trouvais sur des ascensions qui me correspondes très bien, à 4 % de dénivelé moyen à peu près, a confirmé Sylvain Chavanel. Au début j'avais peur d'attaquer, car je ne voulais pas ramener des coureurs sur mon équipier Jérôme qui était échappé. Mais lorsque je l'ai repris, il m'a dit «Vas-y!» Il n'en pouvait plus.»

Attention, ne pas confondre mimosas et conifères. Rien à voir. Dimanche 11 juillet, le peloton devait s'attaquer aux Alpes. Pas encore de quoi grimper aux arbres mais pas loin: 189 km avec un final en dents de scie: col de la Ramaz (1ère catégorie, 1.610 m, 14 km à 6,9% de moyenne); montée vers Les Gets (3e catégorie, 1.200 m, 12 km à 4,8% de moyenne); arrivée à Morzine-Avoriaz (1ère catégorie, 1.800 m, 14 km à 6% de moyenne). L'altitude s'élève, la température baisse, l'oxygène se fait rare, le climat n'est plus vraiment favorable. «Je ferai tout pour défendre le maillot jaune mais je sais que la bataille va surtout concerner les Contador, Schleck et Evans. Au milieu de tout ça, je vais tout donner. Mais si je le perds, ce n'est pas grave», a expliqué «mimo»-le-brave toujours aussi lucide.

Tapi derrière les branchages chargés de délicates petites boules jaunes, Cadel Evans. Un Australien. Tout droit sorti du bush. La serpette entre les dents. Champion du monde. En 2009, il avait sombré dans l'anonymat puis le ridicule. Revanchard. S'en méfier. A moins qu'il attende les Pyrénées, comme les autres et le couple Armstrong-Contador. Auquel cas, le gentil Sylvain et ses compagnons de la Quick Step, plutôt taillés (en godet?) pour les classiques reconnaissons-le, pourraient bien rester en devanture quelques jours encore. Jusqu'au 14 juillet? Pour une autre fête des Rameaux? Je n'ose y penser. Quoique. Dans ce cas-là, c'est pas sur un podium qu'il faudra ranger le spécimen de Châtellerault mais du côté de Bormes-les-mimosas (Var), dans les allées de la collection nationale Gérard-Cavatore.

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