Dans les lacets de la Grande Boucle (8). Coquelets sportifs

Dites donc, je me trompe ou les coureurs de nos campagnes réussissent un bon petit début de Tour de France?

Dites donc, je me trompe ou les coureurs de nos campagnes réussissent un bon petit début de Tour de France?

Romain Feillu troisième du sprint de Brignoles; Cyril Lemoine tout pareil mais à l’arrivée de la Grande-Motte, Thomas Voeckler vainqueur solitaire à Perpignan; Brice Feillu, le frère de, lauréat de la même manière au sommet d’Andorre-Arcalis; Sandy Casar, deuxième de la 8e étape, qui raboutait Andorre-la-Vieille (c’est celui qui dit qui est) à Saint-Girons (Ariège) via 176 km de course, samedi 11 juillet. De quoi rabattre le caquet des consultants de mauvais augure, prompts à affirmer que la performance de Feillu-l’ainé était l’arbre qui cachait la forêt. Le sujet en question doit avoir un sacré tronc parce que, vu d’ici, c’est à dire de loin, je le reconnais, ladite forêt tient plus de la selve que du bosquet souffreteux.

 

Il n’y sans doute pas de quoi crier au nabab et les fâcheux répliqueront en sus que pas un seul des lascars mentionnés n’est capable de mettre la main sur le classement général final, que cela en dit long sur l’état du cyclisme à la française. Mais il n’est pas interdit de penser plutôt que cela en dit long sur la santé du reste du peloton et, notamment, de sa partie émergeante. Souvenez-vous de la manière dont les Astana, la horde kazakh téléguidée par Lance Armstrong, ont, par le seul effet de leur traînée, renversé une bonne dizaine de camping-cars immatriculés à l’étranger sur le parcours du contre-la-montre par équipes de Montpellier. Je sais, je sais, le règlement interne de l’édition "En chasse-patate derrière le Tour" proscrit l’obsession du dopage mais bon c’est pas moi qui aie commencé.

 

N’empêche, nos coquelets sportifs se régalent et nous aussi, du coup. D’accord, ça pourrait ne pas durer. Quoique… Vu le curieux profil de ce 96e Tour de France – de la montagne mais surtout en descente (seulement trois arrivées au sommet dont une au Ventoux, la veille du sacre des Champs-Élysées) –, il n’est pas impossible que nous ayons encore à envoyer les couleurs. Même si les vrais problèmes sont à Karachi (ou à la tête d’EDF), ce serait bath! Et puis, pour une fois que le peuple a de l’opium à se mettre sous la dent… Voilà pourquoi personne ne comprend l’acharnement mis à dénigrer. Les feux d’artifices du 14 juillet suffiront-il à réveiller la conscience de la Nation ou faudra-t-il attendre la visite annoncée du président de la République dans les Alpes pour faire rendre gorge aux défaitistes?

 

Le plus affligeant dans tout ça, c’est que les anciens combattants ne montrent pas l’exemple. Bernard Hinault (cinq Tours de France), Laurent Jalabert (le champion aux 100 victoires, loué par les Wampas) et même Laurent Fignon (deux Tours de France), qui n’est pourtant pas le plus aigri du lot, ratiocinent: les gamins n’ont pas de talent, pas de caractère, pas d’ambition, des suiveurs pas des leaders, quand ils s’entraînent, ils s’entraînent comme des abrutis et en course, ils ne tentent jamais rien, et patati et patata… Ces trois mousquetaires, qui ne sont plus quatre depuis que Bernard Thévenet (deux Tours de France) a pris du champ avec celui des caméras de télévision, sont aussi sévères que formels. C’était mieux avant, prétendent-il en substance et à l’unisson. Ah bon? Mais avant quoi?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.