Dans les lacets de la Grande Boucle (9). Sur le chemin de la route

Pas besoin d’être titulaire de la chaire de Géographie du Collège de France ou d’avoir eu de la famille dans les Ponts et Chaussées pour s’apercevoir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette Grande Boucle et que ce quelque chose, c’est le parcours. Le tracé du 96e Tour de France est terriblement décevant.

Pas besoin d’être titulaire de la chaire de Géographie du Collège de France ou d’avoir eu de la famille dans les Ponts et Chaussées pour s’apercevoir que quelque chose ne tourne pas rond dans cette Grande Boucle et que ce quelque chose, c’est le parcours. Le tracé du 96e Tour de France est terriblement décevant.

Du coup notre mois de juillet a du mou dans les genoux et menace de virer vinaigre à l’image de la liaison Lance-Alberto. Seuls les coquelets sportifs (cf. la chronique éponyme du samedi 11 juillet) illuminent ce terne mitan estival. Dimanche 12 juillet, c’est Pierrick Fédrigo qui s’est imposé, à l’issue d’un sprint à deux, servi en dessert des 160 km séparant pour l’occasion Saint-Gaudens (Haute-Garonne) de Tarbes (Hautes-Pyrénées). C’est bien, très bien même. Mais c’est tout.

 

Mille deux cent trente et une années après la bataille de Roncevaux, force est de constater que les Pyrénées n’ont servi à rien si ce n’est de terrain d’expérimentation à une des inventions les plus étranges de l’histoire du sport cycliste: l’étape qui descend. A quoi bon empiler les cols parmi les plus redoutés de la chaîne, contrarier l’ours brun et alourdir sans vergogne le bilan carbone de la nation si l’arrivée doit être jugée 40 kilomètres plus bas? A quoi bon, hein? Je vous entends d’ici, dubitatifs: "Mouais… Faut pas pousser. De toute façon, les Pyrénées sont rarement décisives. Tout se jouera dans les Alpes. Vous verrez." C’est tout vu: trois étapes alpestres, une toute petite arrivée au sommet, à Verbier (Confédération Suisse) dont la montée est à peine classée en 1ère catégorie. D’autres questions?

 

Ah bien sûr, il y a le Ventoux! Ca grimpe dur, le Ventoux. Caillasse. Cagnard. Mauvais souvenirs (mort de Tom Simpson, le 13 juillet 1967). C’est inquiétant. Mais c’est beau. C’est spectaculaire. Ca tombe un samedi. Et puis, placé comme il est, en point final de l’avant-dernière étape, le "géant de Provence" décidera du Maillot jaune à Paris. Plaît-il? On nous a fait poireauter devant la télé pendant vingt jours avec pour seul ravitaillement du jus de pomme tiède et des barquettes à la framboise pour nous annoncer le 21e que tout ça n’avait rimé à rien et que seule cette journée-là, celle du 25 juillet, comptait vraiment. On aurait pu nous en parler avant, histoire de nous laisser profiter des vacances – jouer au badminton avec les gosses avant de visiter le château le plus proche et d’allumer le barbecue ou le contraire.

 

Nous voilà énervés. Alors, tant qu’on y est, quelques questions déplacées au sujet de cet inqualifiable parcours. Fallait-il à tout prix éviter la Bretagne et le Nord? Fallait-il impérativement visiter des paradis fiscaux (Principauté de Monaco; Principauté d’Andorre; Confédération Suisse)? Fallait-il absolument installer le circuit du contre-la-montre par équipes de Montpellier sur des chemins de grande randonnée? Fallait-il obligatoirement faire une halte chez un des sponsors, à Vittel? Fallait-il d’urgence aller s’incliner devant les huiles du Comité international olympique (Albert II à Monaco; Juan Antonio Samaranch, l’ancien président si influent, à Barcelone; Jacques Rogge, le président actuel, en Suisse)? Enfin, fallait-il réellement organiser un départ d’étape à Vatan (Indre)? Oui, ça, c’était obligé.

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