Dans les lacets de la Grande Boucle (12). Le sprinteur a mauvais fond

Finalement, le "Cav’" ne s’est pas rebiffé. Il s’est dégonflé. Après avoir proféré – à voix basse, certes – de nombreux gros mots à l’encontre du pays qui, pendant 21 jours, lui offre des routes goudronnées de frais et les vivats d’un peuple en vacances, Mark Cavendish l’a mis en veilleuse.

Finalement, le "Cav’" ne s’est pas rebiffé. Il s’est dégonflé. Après avoir proféré – à voix basse, certes – de nombreux gros mots à l’encontre du pays qui, pendant 21 jours, lui offre des routes goudronnées de frais et les vivats d’un peuple en vacances, Mark Cavendish l’a mis en veilleuse.

Celui qu’on appellera désormais le "Cav’" n’a même pas demandé à ce qu’on lui organise un sprint victorieux à l’arrivée des 211 km de la 12e étape du 96e Tour de France, courue, jeudi 16 juillet, entre Tonnerre (Yonne) et Vittel (Vosges). La peur des représailles? Un peu, sans doute, et puis le souci de la diplomatie. Six cent soixante deux ans et quelques jours après la dérouillée de Crécy-en-Ponthieu, il n’est pas apparu nécessaire au sujet supersonique de Sa Gracieuse Majesté de démontrer en technicolor et mondovision que les Français ne sont toujours pas des flèches.

 

De toute manière, on ne l’aurait pas laissé faire. Que l’Anglois s’impose à Fontevraud-l’abbaye (Maine-et-Loire) où repose Richard Soit Disant Cœur de Lion, pourquoi pas? Il y est un peu chez lui. Qu’il brille en Normandie, en Charente et en Gironde, passe encore. L’histoire le lui permet. Qu’il triomphe en Dordogne ou dans les environs de Thouars (Deux-Sèvres), OK. L’immobilier local lui doit bien ça. Qu’il se promène à Nice (Alpes-Maritimes), aucun problème. La voirie a pris les devants. Mais qu’il annexe la ligne bleue des Vosges, pas question! Ainsi que Brice Hortefeux aime à le rappeler, l’hospitalité française a ses limites. Attention jeune homme, on en a bouté hors d’ici pour moins que ça! Encore un pas vers la ligne Maginot et on donne un dossard à Bertrand du Guesclin.

 

A l’arrivée de Vittel, l’était tout penaud le Mannois. S’il n’a pas lancé son équipe aux trousses des échappés, dérogeant ainsi avec la tradition cynégétique de la RAF, c’est qu’il n’avait pas la socquette en titane, assura-t-il. Et menteur avec ça. "Je peux peut-être gagner tout seul mais avec l’équipe je n’ai aucune chance de perdre", assénait-il la veille encore afin de ramener son rival Thor Hushovd à la raison et le maillot vert à Paris. En vrai, il espérait secrètement la victoire d’un indigène dans l’autre capitale de l’eau minérale, histoire de se faire oublier de l’opinion publique locale. Manque de bol, c’est le Danois Nicki Sörensen qui a gagné. Sylvain Calzati deuxième. Avec ses déclarations de hooligans sur la qualité de l’hôtellerie française, le "Cav’" aura torpillé le moral de nos troupes plus sûrement que la Royal Navy les unités de la Marine nationale à Mers El-Kébir.

 

Reste qu’il va tout de même falloir les franchir, ces Vosges. Pas sûr que ça se fasse en groupe. Le concours de vitesse entre teignes à gros mollets est donc reporté (de 24 heures, rassurez-vous) et l’ami Marko va devoir avaler la trompette. C’est décidé: l’après-midi du vendredi 17 juillet est dédié à Cadel Evans, Denis Menchov, Carlos Sastre et à la vaste compagnie des largués. Parce qu’au train où vont les choses, ceux-là n’auront bientôt plus qu’à louer leurs services à Lance et Alberto. Ca fera du boulot en moins pour les autres Astana. Gardes du corps, nounous, majordomes, sommeliers: on recrute. Alors, fissa! Il serait temps de lancer votre sprint perso les gars. Pas compliqué: trois cols et vers la fin ça descend, comme d’hab. Après ça, on dira que le Tour de France ne sait pas recevoir.

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