Moulinettes

Jean-luc Godard a-t-il anticipé à la façon d'un crypto-trotskiste un peu à droite -il habite en Suisse quand même- le scénario du 97e Tour de France -qui a donc l'âge de Camus, qui lui préférait le football, ou plutôt celui que Maurice Garin aurait eu en 1968 s'il avait vécu ?"

Jean-luc Godard a-t-il anticipé à la façon d'un crypto-trotskiste un peu à droite -il habite en Suisse quand même- le scénario du 97e Tour de France -qui a donc l'âge de Camus, qui lui préférait le football, ou plutôt celui que Maurice Garin aurait eu en 1968 s'il avait vécu ?"

Bref. Autant demander à son homonyme -mais pas homographe- Jean-René qui seront les prochains coureurs à arriver hors délai.

Résumons : le sport cycliste, ce sport de combat, serait à la politique, ce sport de lèche-bottes, ce que le scénario d'un bon Godard d'anticipation serait aux fulgurances d'un Godart des grands jours.

Bien. Notons tout de même qu'il arrive aux cyclistes de sucer les boyaux -à défaut de bottes- et aux hommes politiques de se prendre pour des caïds -à défaut d'en être. Tout est relatif.

Donc. Le sport cycliste se prête bien à la scénarisation. Il passe à la télé, tous les jours. C'est un feuilleton. Ma grand-tante de 91 ans - qui a donc l'âge de Salinger, paix à son âme, ou plutôt celui que la Commune aurait eu s'il elle avait eu lieu en 1968- n'en rate pas un épisode. Il faut bien s'occuper. C'est distrayant vois-tu.

Si c'est un feuilleton, c'est un spectacle. Si c'est un spectacle, c'est que l'on peut forcer le trait : s'enchaîner 5 cols avec un coude cassé et verser de grosses larmes à l'arrivée parce qu'on a perdu (pas) plus de 10 minutes. Défoncer son adversaire à coup de tête à plus de 60 km/h. Tester la solidité de sa roue carbone sur le casque profilé de son camarade de jeu plus ou moins consentant. Dans un autre registre, on peut aussi offrir un bracelet jaune au leader du Tour pour qu'il fasse encore son grand sourire d'enfant, ou tuner son vélo comme le 103 SP de son enfance.

Bref. On peut bien s'amuser.

En politique aussi on s'amuse bien. Tant qu'on a la maîtrise du scénar. Après on tire la gueule (pareil en vélo). Un scénario débridé, devenu incontrôlable, c'est la revanche du spectateur. Un renversement des rôles. C'est le rire qui fuse. Un rire terrible et libérateur.

Mais un risque subsiste : en passant l'affaire en cours à la moulinette du cinéma -ou de la littérature- la transgression se banalise. Pareil en vélo.

Que faire alors ? Attendre, comme le dit Chabrol, pour que l'art éclaire plutôt qu'il ne confonde. Mais ne point trop attendre non plus, Andy, car du jaune, il ne subsistera bientôt que le bracelet.

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