L'écume du Tour (13). Astana qu'à bien se tenir

La route s'élève. Le ton monte. Esclandre chez les Astana. Après l'explosion publique du couple Armstrong-Contador en 2009, c'est le ménage Contador-Vinokourov qui, mine de rien, a implosé en direct et en mondiovision vendredi 16 juillet.

La route s'élève. Le ton monte. Esclandre chez les Astana. Après l'explosion publique du couple Armstrong-Contador en 2009, c'est le ménage Contador-Vinokourov qui, mine de rien, a implosé en direct et en mondiovision vendredi 16 juillet. Alors que le Kazakh semblait devoir emporter la 12e étape Bourg-de-Péage-Mende (210 km) du 97e Tour de France, conclue par la falaise Laurent-Jalabert (10,1% de moyenne sur 3,1 km), qui porte le nom d'un commentateur de télévision, l'Espagnol s'extirpa du peloton des poursuivants à la vitesse d'un échappé sur une toile cirée, rameutant au passage son compatriote mais rival Joaquim Rodriguez Oliver pour fondre sur Alexandre-le-bien-malheureux et le priver de la victoire. Tout pour ça pour prendre 10 pauvres secondes au maillot jaune Andy Schleck. C'est nul et ça va laisser des traces.

A l'arrivée, les conjoints, pressés par les paparazzi, ont récité des déclarations avec des vrais morceaux de langue de bois dedans. Alberto Contador: «Je ne savais pas si je devais attaquer. Andy est un coureur toujours ambitieux alors quand j'ai vu qu'il n'attaquait pas, j'ai pensé qu'il était peut-être un peu moins bien. J'aurais voulu gagner l'étape mais cette journée me laisse de très bonnes sensations.» Alexandre Vinokourov: «C'est un peu décevant de ne pas gagner l'étape mais c'est une bonne opération au général pour Alberto. Il y a encore beaucoup d'étapes à venir. J'ai confiance en lui.» Traduction. Alberto Contador: «C'est moi le leader, je fais ce que je veux.» Alexandre Vinokourov: «Pas de problème, mon pote. Va juste falloir assurer dans les Pyrénées.» Donc, c'est la crise.

Sur la ligne, le cocu kazakh a martyrisé son cintre carbone à coups de poing avec la force de Renshaw-la-teigne caressant les côtes flottantes de Tyler Farrar. Voyez le genre? Pour la réconciliation, c'est pas gagné. Question: Alberto Contador était-il obligé de se fâcher avec son capitaine de route alors que se profilent les Pyrénées et que ledit officier, par ailleurs commanditaire de l'équipe, est le dernier des Astana à pouvoir l'escorter en altitude où l'oxygène est aussi rare que les amis? Non, bien sûr. Alors pourquoi? Et bien parce que depuis son divorce à l'américaine, le Madrilène a fait installer chez lui l'accessoire indispensable au champion du XXIe siècle débutant: le tout à l'égo. Andy Schleck l'a confirmé: «Dix secondes, c'est exactement ce que je lui avais pris à Morzine-Avoriaz. Il a pris sa revanche.»

Question gardes du corps, il est à noter que le Luxembourgeois n'est pas beaucoup mieux loti que son contestataire. Une fois retombées les fumerolles dégagées par l'échappement Akrapovic d'Alberto Contador, il a pu compter les équipiers qui lui restaient: zéro. «Il n'y a pas de leçon à tirer de cette étape. Je n'aurais pas pu faire différemment», a-t-il pourtant soutenu en public, comme pour rappeler que, sur la route du Tour aussi, il vaut mieux être seul que mal accompagné. Il se trompe et son concurrent avec lui. La Grande Boucle, qui aime la poésie autant que l'épistémologie, le muscat de Frontignan et les moules farcies à la sétoise et ne manque donc jamais une occasion de relire les oeuvres complètes de Paul Valéry, le martèle avant chaque col:«Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie.»

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