Regarde les hommes tomber

A l'instar de son illustre thuriféraire l'année dernière et en 2007, Eric Woerth est allé montrer son museau sur la route du Tour de France.

A l'instar de son illustre thuriféraire l'année dernière et en 2007, Eric Woerth est allé montrer son museau sur la route du Tour de France. Accueilli par le Blaireau, qui n'a jamais aussi bien porté son nom, Eric, accompagné de Florence, très fan de Keirin, course hippique sur deux roues, a fini juché sur un podium transformé en pilori, sous les huées de la foule.

Pourquoi diable Eric Woerth est-il venu chercher ce moment de détente ?

Plusieurs hypothèses qui convergent vers un seul homme : l'Américain Lance Armstrong.

Woerth, qui (en)file les Légions d'honneur comme des perles voulait peut-être accéder à la ridicule requête de Christian Laborde, parue dans le JDD d'hier. Extrait de sa lettre ouverte au président de la République :

« Je ne viens vous entretenir ni de la crise, ni de la dette, ni des retraites, juste de l'essentiel : Le Tour de France. La France, c'est le Tour. Et le Tour, c'est Lance Armstrong. Qu'il soit fait, par vous, commandeur de la Légion d'honneur! »

Armstrong, qui avait été reçu à l'Elysée en mars dernier en plein remaniement ministériel à la demande de Nicolas Sarkozy, sous le charme de l'Américain. Le charme ne s'est pas rompu. Il est devenu fascination pour un homme déchu, qui ne craint ni le ridicule, ni les affaires. Sous le feu d'attaques sans précédent venues pour la première fois de son pays, la ligne de défense du spécialiste de la chute est simple : nier, nier, nier. En bloc. Calomnier l'adversaire. Une stratégie qui lui vaut l'admiration sans borne d'Eric. La Légion d'honneur n'est donc pas loin. Laborde peut dormir tranquille. Et on se demande de quelles surprises Armstrong veut parler dans les Pyrénées. Peut-être la visite du président de la République jeudi pour l'arrivée au sommet du Tourmalet ? L'homme est en tout cas impatient.

Côté course, Eric Woerth aura regardé les hommes monter, vu le beau numéro de Christophe Riblon, confondant 14e étape et 14 juillet, et constaté que certains vieux, sans faire parler d'eux, s'en sortent mieux que d'autres (Christophe Moreau, 39 ans, termine 15e de l'étape et flirte avec le sublime pour son dernier Tour de France.)

Il aura vu aussi deux hommes, seuls au monde, jouer avec la pesanteur et le temps. Comme s'ils n'existaient pas.

On se console comme on peut.

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