L'écume du Tour (17). Comme un autre roman national

Tous les feux d'artifices n'embrasent pas le ciel de la Nation le 14 juillet. Par exemple, le cyclisme français a tiré le sien un peu tous les jours et aux quatre coins de la Grande boucle qui n'en compte aucun.

Tous les feux d'artifices n'embrasent pas le ciel de la Nation le 14 juillet. Par exemple, le cyclisme français a tiré le sien un peu tous les jours et aux quatre coins de la Grande boucle qui n'en compte aucun.

Le 5 juillet avec Sylvain Chavanel, vainqueur à Spa (Belgique) et maillot jaune; le 10 juillet avec Sylvain Chavanel, re-vainqueur d'étape aux Rousses (Jura) et re-maillot jaune; le 13 juillet avec Sandy Casar, vainqueur à Saint-Jean-de-Maurienne (Savoie); le 18 juillet avec Christophe Riblon, vainqueur à Ax-3 Domaines (Ariège); le 19 juillet avec Thomas Voeckler à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne); le 20 juillet avec Pierrick Fedrigo vainqueur à Pau (Pyrénées-Atlantiques). Sans compter le maillot à pois, qui n'a jamais quitté les épaules bien de chez nous, oscillant de Jérôme Pineau à Anthony Charteau jusqu'à épuisement des stocks de glycogène.

Comment expliquer ce sursaut d'orgueil en plein 97e Tour de France? Et bien, je n'en sais rien. A en croire Saint-Bernard-Hinault, ces performances seraient la preuve ultime et indéniable de sa propre existence. «Depuis le temps que je leur dis de s'entraîner correctement... Enfin, nos coureurs ont fini par m'écouter», a-t-il avancé au micro d'une chaîne de télévision publique. Certains prétendent que, libérés de la menace de représailles texanes à la moindre tentative de remuage d'oreilles, nos p'tits gars se sentent pousser des jambes. D'autres, enfin, affirment que, dans un Tour de France où les favoris ont peur de gagner, les outsiders peur de perdre, les obscurs peur de leur ombre, les trouble-fêtes peur de troubler la fête et Cadel Evans peur de tout ça à la fois et de tomber à nouveau, les audacieux n'ont rien à craindre. Dont acte.

Au classement général, c'est nettement, nettement moins reluisant. Le premier Français, John Gadret occupe la 20e place à 14 min 24 sec du Maillot jaune. En plus, il semblerait que le grimpeur champenois prennent de mauvaises habitudes. Il fait rien qu'à se chamailler avec son jeune leader, Nicolas Roche, le fils de Stephen-le-jovial, auquel il refusé sa roue arrière, lundi 19 juillet, alors que l'impétueux Irlandais était victime d'une crevaison assassine à quelques encablures du Port de Balès et donc du dénouement de la 15e étape. Nicolas Roche s'en est plaint dans la presse. Depuis, les deux cyclistes communiquent par huissiers, un peu comme Jean-Pierre Melville et Lino Ventura pendant le tournage de L'Armée des ombres (1969). L'affaire tourne vinaigre comme elle oblitère le souvenir éternel de René Vietto en larmes se sacrifiant, sans barguigner, pour Antonin Magne.

Et puis, il y a Christophe Moreau, bien sûr. Totophe. Notre Totophe. Franc-comtois et du collier. Trente-neuf ans dont quinze de paquetage chez les pros. Festina. Crédit agricole. AG2R Prévoyance. Agritubel. Caisse d'épargne. Une épée. Après un sprint proprement stupéfiant vers le col du Noyer pour récolter les... 0 point du classement de la montagne encore disponible après le passage des grimpeurs du jour et une participation à l'échappée de mardi où, en compagnie d'un équipier à lui (Ruben Plaza Molina), il a réussi à ne pas fausser compagnie au reste de la troupe avant de parvenir à ne pas emporter l'étape, il nous semble suffisamment mûr pour tenter l'accélération du siècle lors de la journée de repos programmée mercredi 21 juillet. Dire que ce gars-là parle de prendre sa retraite. Va nous manquer. Drôlement.

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