Dans les lacets de la Grande Boucle (16). Monsieur Loyal

Si le 96e Tour de France est un cirque alors il faut considérer que Lance Armstrong en est devenu le Monsieur Loyal.

Si le 96e Tour de France est un cirque alors il faut considérer que Lance Armstrong en est devenu le Monsieur Loyal.

Mardi 21 juillet, sur le parcours de la grande parade organisée entre Martigny (Confédération Suisse) et Bourg-Saint-Maurice (Savoie) à la faveur de la 16e étape (159 km), alors qu’Alberto Contador, Andy Schleck et quelques acolytes autres exécutaient le numéro vedette du programme "Les hommes qui s’envolent", un exercice de haute voltige sans filet, devant un public déchaîné massé sur les pentes italiennes du col du Petit Saint-Bernard (1ère catégorie, 2.184 m d’altitude), le Roger Lanzac d’Austin, qui ne plaisante pas avec la tradition, est venu interrompre la représentation, rappelant à tous qu’il était seul habilité à lancer les attractions. Compris les gars? Compris. Fin des pirouettes.

 

L’orchestre y est allé de son air connu et, en régie, on a tamisé la lumière, histoire de détendre l’atmosphère. Ce n’était pas inutile car nous venions de vivre un des rares véritables moments de tension du spectacle depuis qu’il a pris la route. En effet, quand Lance Armstrong a vu que les deux trapézistes prenaient leurs aises, son sang n’a fait qu’un tour et ses jambes plusieurs mais à toute berzingue. En deux secondes, tel l’homme canon, il rejoignait les étourdis. Et de les tancer, donc. Ca l’a renvoyé à son jeune temps et nous, aux heures les plus noires de son septennat (1999-2005). A quatre jours de l’arrivée sur les Champs Elysées, une question se pose quand même: avec une forme pareille, peut-on être, à la fois, Monsieur Loyal et Monsieur Deuxième au classement général? Personnellement, je ne le crois pas.

 

Dans le calme de sa roulotte, Alberto Contador, qui sait beaucoup de choses et apprend le reste à une allure stupéfiante, a déclaré: "Je n’ai pas eu besoin de Lance mais je suis ravi de la manière dont il a roulé aujourd’hui, il a fourni les efforts qu’il fallait. Les choses marchent maintenant d’une manière différente avec lui." Bien lire: causes toujours, mon pote! Mercredi 22 juillet, la Piste aux étoiles régale entre Bourg-Saint-Maurice et Le Grand Bornand (Haute-Savoie). Le programme annonce cinq cols pour 169 km. On y sera, malgré une énième arrivée en descente. Et si l’artiste madrilène quittait le collant de trapéziste pour jouer les fauves? Et si Lance Armstrong troquait le frac à paillettes du héraut circassien contre la veste à brandebourgs du dompteur? En cas de souci, on pourra toujours faire donner les clowns.

 

Le problème, c’est que de côté-là, justement, on n’est pas gâté. Carlos Sastre, qui avait rôdé, la veille, lors de la deuxième journée de repos, un numéro assez drôle mais pas irrésistible non plus sur le thème "Attention, les petits enfants, Carlito, il va se fâcher; personne ne l’aime sur ce Tour de France; pouh, c’est pô bien; alors, si ça continue, ça cesse" n’a pas eu le cran de le présenter. Il est vrai qu’en Italie, où palpite toujours le souvenir des Bouglione, des Fratellini, des Orfei, des Togni ou des Zavatta, la critique a la dent particulièrement acérée. Quant à Cadel Evans, raplapla, sans inspiration, à la limite du grotesque, il ne nous fait même plus rire. Après avoir loupé son entrée, le voilà qui salope sa sortie. Pour lui, cette tournée est un four. C’est un Auguste triste, brisé par l’affliction. Mais moins que nous.

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