Dans les lacets de la Grande Boucle (17). Astana, c'est plus fort que toi

Pas facile d’être un frère Schleck. Bien sûr, il faut gravir des montagnes à une vitesse pas possible et ne pas oublier de rendre compte à papa, le soir avant de filer au dodo, sans exploser son forfait téléphonique mais ce n’est pas le plus dur parce que le plus dur, c’est de vivre cerner par les Astana.

Pas facile d’être un frère Schleck. Bien sûr, il faut gravir des montagnes à une vitesse pas possible et ne pas oublier de rendre compte à papa, le soir avant de filer au dodo, sans exploser son forfait téléphonique mais ce n’est pas le plus dur parce que le plus dur, c’est de vivre cerner par les Astana.

Il y en a partout des Astana, à droite, à gauche, devant, derrière, façon vautours, qui guettent la moindre occasion de vous bouter hors du podium du 96e Tour de France. Jeudi 23 juillet, la 17e étape l’a démontré au cours des 169 km qui relient Bourg-Saint-Maurice (Savoie) au Grand Bornand (Haute-Savoie). Cinq cols au programme. Alberto Contador en élément précurseur; Lance Armstrong et Andreas Klöden en ramasse-miettes. Une vie pleine de relief. La veille, c’était déjà ça, trois cols en moins.

 

Le pire, qui est toujours sûr, est à venir: Annecy, son lac, son omble chevalier au beurre blanc, son contre-la-montre. Quarante kilomètres à avaler en nettement moins d’une heure sous peine de faire rire. Pas une sinécure, un calvaire. Du sur-mesure pour la phalange Astana, qui apprécie la course en circuit. Rappelons qu’à Monaco, lointaine 1ère étape où Levi Leipheimer pouvait encore se servir de tous ses bras, les boys de Johan Bruyneel avaient fait sensation (2e Contador, 4e Klöden, 6e Leipheimer, 10e Armstrong) en imitant le bruit des moteurs de F1 à la perfection. Même Albert II s’y était trompé. La fratrie luxembourgeoise, plutôt taillée pour le raid en altitude, avait souffert mille morts, surtout la branche aînée (Fränk), qui occupait, mercredi encore, la troisième place du classement général. En quinze kilomètres, ce Schleck-là avait alors dilapidé 1 min 36 sec.

 

Alors, on est en droit de se demander si les frérots ne pédalent pas en vain depus deux jours, sans cesse invités à l’attaque, coincés entre Alberto Contador, trop haut perché, et le tandem Lance Armstrong-Andreas Klöden, trop calculateur. Le panache ne sert plus à gagner le Tour de France. D’ailleurs, Charly Gaul est mort (6 décembre 2005). "Nous avons montré notre caractère", a répliqué Fränk. Effectivement. Mais dans quelles réserves iront-ils puiser une fois rendus au niveau du lac? Des Curiaces. On connaît la fin. Eux aussi, qui n’évoquent même pas l’étape d’Annecy pour ne penser qu’à l’ascension du mont Ventoux, samedi 25 juillet, la veille de l’arrivée à Paris. "Une victoire là-bas, ce serait fantastique", a décidé Andy. Comme des Champs Elysées avant les Champs Elysées. Ah, les braves Schleck!

 

Face à tant de dévouement à la légende des cycles, la maison Astana oppose un cynisme d’école. Le genre moderne, efficace, rémunérateur. Mardi 21 juillet, Johan Bruyneel a fait savoir aux Kazakhs qu’ils pouvaient aller se faire voir chez les Grecs. Il ne rempilera pas en 2010 de peur de voir rappliquer Alexandre Vinokourov de retour de suspension pour dopage sanguin, l’homme qui a inspiré la création de l’équipe. L’est pourtant pas farouche le Belge mais là, ça ira, merci. Du coup, aller toquer à la porte d’un sponsor (américain de préférence, panachage autorisé) avec les trois premiers du Tour de France en bandoulière devient LA bonne idée, limite gros lot. Je prends les mêmes et je recommence. Vous en êtes? A ton avis? Et pareil pour les chroniques de Mediapart. Trop fort.

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