L'écume du Tour (19). Sky, my team! (Ciel, mon équipe!)

On y a cru. Sauf que non. Malgré le déploiement de quatre de ses grenadiers-voltigeurs parmi les plus moustachus à l'avant du peloton, à deux kilomètres de l'arrivée de la 19e étape du 97e Tour de France (Salles-de-Béarn-Bordeaux, 118 km), vendredi 23 juillet, l'équipe Team Sky n'est pas parvenue à assurer la victoire de son sprinteur, Edvald Boasson Hagen.

On y a cru. Sauf que non. Malgré le déploiement de quatre de ses grenadiers-voltigeurs parmi les plus moustachus à l'avant du peloton, à deux kilomètres de l'arrivée de la 19e étape du 97e Tour de France (Salles-de-Béarn-Bordeaux, 118 km), vendredi 23 juillet, l'équipe Team Sky n'est pas parvenue à assurer la victoire de son sprinteur, Edvald Boasson Hagen. L'élégant Norvégien a pris la 6e place, assez loin derrière Mark Cavendish – le Cav' – de retour au travail après d'épouvantables vacances à la montagne (Pyrénées). Notons que la formation britannique n'est d'ailleurs parvenue à assurer aucune victoire durant cette Grande boucle. A 9 millions d'euros le budget annuel, ça fait un peu cher la déroute. Pas certain qu'en ces temps de crise aigüe ça amuse la City.

Il faut dire que Team Sky n'a pas fait les choses à moitié. Outre des livres sterling comme s'il en pleuvait, qui lui permettent de recruter aussi largement qu'un club de football de Premier League, la maison peut se vanter d'offrir à ses coureurs les plus beaux maillots du circuit, les plus admirables vélos du monde, le bus le plus cher de la caravane, (un Volvo 9700 S entièrement redécoré, évalué à 700.000 euros), l'atelier mobile le plus confortable de l'histoire de la mécanique cycliste et, à ses directeurs sportifs, une flottille de Jaguar à rallonge pas piquées des hannetons. Elle leur propose également un encadrement sans équivalent (55 préparateurs) et, s'ils sont sages, un abonnement gratuit au bouquet de chaîne de télévision par satellite BskyB, qui est le sponsor principal de ce gigantesque bazar.

A Mediapart, on a longtemps couvé du regard le jeune Geraint Thomas, un Gallois de la trempe des Richard Burton, Tom Jones et autres JPR Williams à rouflaquettes, dont on a cru qu'il parviendrait à supplanter Braddley Wiggins, son leader, handicapé par la perte aussi soudaine qu'étrange de dix kilos (songer à demander à un des 55 préparateurs les secrets de ce régime «maillot»). Las, l'ami Geraint, deuxième du classement général après dix jours de course, a cédé, lui aussi. Et dès la première étape de montagne encore, celle des Rousses. Dire qu'un maillot jaune historique lui tendait les manches... Z'avaient l'air pourtant décidés et pas si mal préparés, les cyclistes de Sa Majesté. La preuve, le parcours du combattant qui a servi de tracé à la Grande boucle 2010 n'a provoqué qu'une seule désertion dans leur rang: celle de Simon Gerrans (non partant, 9e).

Alors où est le problème? Va savoir. Les maillots trop beaux? Les vélos trop admirables? Le bus trop cher? L'atelier mobile trop confortable? La flottille de Jaguar trop à rallonge? Trop de trop? Il est admis que la légende des cycles exècre l'ostentation. Sans remonter à Jean de Gribaldy, aristocrate d'origine piémontaise, qui, sans le moindre fifrelin, mit sur pied quelques unes des plus malicieuses phalanges de forbans que le peloton a jamais connu, on peut se souvenir que Greg LeMond a emporté son deuxième Tour de France, en 1989, à la tête d'une équipe en guenilles (ADR). Si, comme le prétend Alberto Contador, la fin justifie les moyens, il semblerait que les moyens ne justifient que très rarement la fin. On conseillera donc vivement à Braddley Wiggins de reprendre ses dix kilos sans se soucier du reste: les vainqueurs ont toujours un gros appétit.

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