L'écume du Tour (21). Voilà, c'est fini (bis)

Voilà, c'est fini. Le 97e Tour de France s'est achevé, dimanche 25 juillet, sur les Champs-Elysées, avec la 21e étape (Lonjumeau-Paris, 102 km), conclue par une cinquième victoire du “Cav'” et un troisième maillot jaune pour Alberto Contador. Moralité des 21 stations de cette Grande Boucle: le Madrilène de course est aussi avide que talentueux, son dauphin Frère Schleck aussi talentueux que timoré, Lance Armstrong aussi usé qu'il en a l'air et les contrôles antidopage aussi fiables que les gestionnaires de fortune de la famille Bettencourt.

Voilà, c'est fini. Le 97e Tour de France s'est achevé, dimanche 25 juillet, sur les Champs-Elysées, avec la 21e étape (Lonjumeau-Paris, 102 km), conclue par une cinquième victoire du “Cav'” et un troisième maillot jaune pour Alberto Contador. Moralité des 21 stations de cette Grande Boucle: le Madrilène de course est aussi avide que talentueux, son dauphin Frère Schleck aussi talentueux que timoré, Lance Armstrong aussi usé qu'il en a l'air et les contrôles antidopage aussi fiables que les gestionnaires de fortune de la famille Bettencourt. A noter: aucun coureur français dans les dix premiers mais six victoires d'étapes (Sylvain Chavanel, Sandy Casar, Christophe Riblon, Thomas Voeckler, Pierrick Fedrigo), deux jours en jaune (Sylvain Chavanel) et le maillot de meilleur grimpeur (Anthony Charteau).

Trois Tours de France (2007, 2009, 2010), un Giro d'Italia (2008), une Vuelta a Espana (2008), deux Paris-Nice (2007, 2010), deux Tours du Pays basque (2008, 2009): du train où vont les choses, il n'est pas impossible que l'histoire du cyclisme ait à se pencher bientôt sur le cas Contador. D'autant plus que le gars n'a que 27 ans. En attendant d'enrichir un peu plus son palmarès, il a enrichi le langage courant. Nous connaissions, hélas, le coup du parapluie bulgare et n'ignorions rien du coup de Jarnac. Le 19 juillet, nous avons découvert le coup de Balès, qui revient à attaquer le dépositaire du maillot jaune en pleine panade mécanique à quelques centimètres du sommet du Port de Balès pour le dépouiller de sa tunique. On pourrait l'assimiler à un coup bas mais comme il est porté à 1.755 m d'altitude, les mots manquent.

Touché au plus profond de son être luxembourgeois, Frère Schleck n'eut qu'une phrase: «Moi, je n'aurais pas fait ça.» Effectivement. C'est tout lui. Dans une situation quasiment identique, lors du Giro d'Italia 1957 (problème de vessie contre problème de transmission), un sien compatriote, Charly Gaul, était remonté rapido sur sa machine, poursuivant les auteurs de l'attaque infâme – Louison Bobet et Raphaël Geminiani – en hurlant: «Je suis ancien boucher! Je sais manier le couteau... Je vous tuerai tous les deux. Je vous transformerai en saucisson.» Ça vous avait quand même une autre gueule. Mais de nos jours, les métiers de la viande ne mènent plus à la compétition cycliste. Disons que les champions manquent de tripes, que la course s'en ressent et que le téléspectateur garde l'estomac dans les talons.

A moins que, sans nous prévenir, le cyclisme du XXIe siècle ait abandonné la guerre de mouvement pour la guerre psychologique. A envisager. D'où le surplace d'Ax-3 Domaines, les déclarations façon Bizounours (copyright Marc Madiot) à la suite du coup de Balès, les regards impossibles du Tourmalet et ainsi de suite. L'entourage d'Alberto Contador ne dément pas. «C'est beau de voir une course où il faut compter ses efforts pour gagner, où la tactique a autant d'importance que le physique», a dit Yvon Sanquer, directeur sportif d'Astana, avant que Su majestad Alberto III ne l'avoue:«C'est en bluffant que j'ai gagné le Tour de France.»Attention toutefois à ne pas oublier de pédaler. Le moment est venu de citer Eddy Merckx parodiant Che Guevara par le truchement de Michel Audiard:«La bicyclette, c'est comme la révolution, quand elle n'avance pas, elle tombe.»

 

PS: quelques remerciements avant de mettre le cuissard au sale. Donc, merci, cette année encore, à l'équipe Mediapart pour avoir supporté – sans mot dire – les retransmissions télévisées du 97e Tour de France en pleine affaire Bettencourt-Woerth. Merci à Patrice Beray, mon soigneur. A Vincent Truffy, mon préparateur physique. A Stéphane Alliès, mon capitaine de route. A François Bonnet, directeur sportif de Mediapart. A Gérard Desportes, à Laurent Mauduit et à Antoine Perraud, qui ont suivi toutes mes étapes avec le sourire de l'amitié. Merci, enfin, aux commentateurs de L'écume du Tour, les plus vigilants comme les plus sévères. Parce que sans eux, comme l'année dernière, j'aurais musardé dans les cols et freiné dans les descentes.

 

 

 

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