Dans les lacets de la Grande Boucle (21). Voilà, c'est fini

Voilà, c’est fini. Le 96e Tour de France s’est achevé, dimanche 26 juillet, sur les Champs Elysées, avec la 21e étape Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne)-Paris (164 km), conclue par une sixième victoire du "Cav’" et un deuxième maillot jaune pour Alberto Contador.

Voilà, c’est fini. Le 96e Tour de France s’est achevé, dimanche 26 juillet, sur les Champs Elysées, avec la 21e étape Montereau-Fault-Yonne (Seine-et-Marne)-Paris (164 km), conclue par une sixième victoire du "Cav’" et un deuxième maillot jaune pour Alberto Contador.

Moralité des 21 étapes de cette Grande Boucle: le sprinteur anglais turbocompressé, Mark Cavendish, est très résistant mais pas persévérant puisqu’il laisse le maillot vert à Thor Hushovd et le grimpeur madrilène turbostressé est très endurant mais pas masochiste puisqu’il ne courra pas avec Lance Armstrong en 2010. A noter: un coureur français dans les dix premiers, Christophe Le Mevel (10e) auquel il n’aurait pas fallu une étape de plus. Pareil pour nous, abandonnés devant l’écran plat avec ce qui restait de jus de pomme (tiède) et de barquettes goût framboise. Problème de glycémie.

 

Voilà, c’est fini. Soulagement pour Alberto Contador. Pas un jour sans que Lance Armstrong ne cherche à déstabiliser son coéquipier, admirablement assisté par Johan Bruyneel, caricature de directeur sportif, bouffi de mauvaise graisse, partisan du port de l’oreillette sans laquelle il perdrait son emploi. Tous les moyens étaient bons, les plus bas étant les meilleurs. Quelques exemples: personne pour rouler avec lui lors des journées de repos; avant le contre-la-montre décisif d’Annecy, pas de voiture pour le conduire au départ: il y est allé seul, à vélo; réquisition de sa place dans le pullman Astana au profit d’invités venus tout droit du Texas; admonestation publique quotidienne par le regrettable Johan Bruyneel sur le thème "tu ne penses qu’à toi". Il est sans doute passé à deux doigts du lit en cathédrale et du coussin péteur.

 

Voilà, c’est fini. Mais ça va recommencer. Lance Armstrong l’a assuré. En 2010, il remet ça avec sa nouvelle équipe, RadioShack. Le dévoué Johan Bruyneel a cependant prévenu: "Il aura du travail." Il est vrai que le palmarès du mauvais perdant d’Austin sur ce Tour de France est à son image: très, très maigre. Rien en montagne, là où il aimait tant ventiler la concurrence. Rien dans les contre-la-montre individuels dont il fut le Big Ben. A son crédit: une bordure de briscard dans le vent de La Grande-Motte. Mais la vista sans les jambes, c’est un peu comme le tango sans le bandonéon: aucun intérêt. Au final: une troisième place, un échec pour qui songeait à un huitième succès. L’excuse de l’âge n’est pas recevable. L’année prochaine, il aura un an de plus. "Je reviendrai plus fort", a-t-il promis, dimanche. Effectivement, ça promet.

 

Voilà, c’est fini. Nous sommes tristes. Ca sent la fin des vacances ou pire, le désœuvrement. Avouons-le, nous avons tous pris du plaisir à suivre les méandres de la Grande Boucle. L’aviez-vous remarqué: on regarde un match de foot, Roland-Garros ou les Jeux olympiques (d’été, uniquement) mais on suit le Tour de France. Suivre: aller, venir, être après, accompagner, marcher derrière pour surveiller. C’est exactement ça. Mais après toutes ces années à aller, venir, être après, accompagner, marcher derrière pour surveiller, force est de reconnaître que nous ne l’avons pas rattrapé, notre chère épreuve. Elle est toujours devant nous comme un miroir trop fidèle, à renvoyer le reflet de l’époque, ambiguïtés comprises. Pour nous faire réfléchir ou pour nous balader? On verra ça plus tard. Parce là, c’est fini.

 

PS: derniers remerciements avant d’éteindre la lumière. Donc, merci à mes coéquipiers de Mediapart, qui m’ont sans cesse relancé dans ce contre-la-montre – Stéphane Alliès, Gérard Desportes, Michaël Hajdenberg, Antoine Perraud. Merci à Vincent Truffy, mon soigneur. A François Bonnet, directeur sportif. Merci, enfin, à tous les commentateurs, surtout aux plus sévères. Parce que sans eux, j’aurai même pas pédalé dans les descentes.

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