Pour une architecture métropolitaine de la France

« En France, seule l’aire urbaine parisienne est à la dimension mondiale », regrette Bertrand Mertz, maire de Thionville et président du Pôle métropolitain du sillon lorrain, qui plaide pour la « création de métropoles et de pôles métropolitains », à l'image de celui qu'il dirige et qui, «sans strate administrative supplémentaire», permet « de privilégier la mise en place de réseaux de villes souples et réactifs ».

« En France, seule l’aire urbaine parisienne est à la dimension mondiale », regrette Bertrand Mertz, maire de Thionville et président du Pôle métropolitain du sillon lorrain, qui plaide pour la « création de métropoles et de pôles métropolitains », à l'image de celui qu'il dirige et qui, «sans strate administrative supplémentaire», permet « de privilégier la mise en place de réseaux de villes souples et réactifs ».

 



Petit à petit, est en train de s’imposer  en France l’idée que l’architecture administrative du pays, c’est-à-dire l’organisation du territoire en collectivités locales empilées les unes sur les autres, ne correspond plus aux exigences de notre temps.

En effet, cette ancienne architecture territoriale, avec ses départements vieux de deux siècles et ses régions encore trop petites et insuffisamment dotées de compétences et de ressources, ne permet pas de faire émerger les locomotives du développement économique et territorial que sont les grandes aires urbaines organisées.

En France, seule l’aire urbaine parisienne est à la dimension mondiale avec 11,4 millions d’habitants, et encore, à la condition qu’elle sache s’organiser comme il se doit. De ce point de vue, le gouvernement vient de prendre la bonne décision.

Mais à côté, les aires urbaines lyonnaise, marseillaise ou lilloise, avec respectivement 2,1, 1,7 et 1,2 millions d’habitants, sont encore bien petites en comparaison, par exemple, des aires urbaines de capitales régionales telles que Stuttgart (5,3 millions d’habitants), Milan (4,25 millions d’habitants), Manchester (2,45 millions d’habitants), Barcelone (4,9 millions d’habitants) ou encore Naples (3 millions d’habitants).

Et que dire des autres grandes villes françaises et des villes moyennes comme celle dont je suis le maire ?

Dans un système économique mondialisé et même globalisé, il est donc primordial que les grands ensembles urbains s’organisent en tant que tels afin de disposer d’une visibilité et d’une légitimité qui dépassent les frontières nationales.

C’est le rôle donné par le législateur aux métropoles et aux pôles métropolitains dans la loi relative à la réforme des collectivités territoriales votée le 16 décembre 2010.

La création de métropoles et de pôles métropolitains est une nécessité pour l’économie nationale.

Ceux-ci joueront demain un rôle essentiel dans l’économie globalisée. Selon une étude du cabinet de conseil MacKinsey (Urban world: Mapping the economic power of cities), les 600 principaux centres urbains concentrent déjà aujourd’hui 60 % de l’activité mondiale, et 380 de ces principales métropoles économiques génèrent plus de 50 % du produit intérieur brut mondial.

Mais, à côté de ces très grands centres urbains, le développement des métropoles régionales est aussi une donnée très importante. Elles doivent s’organiser pour jouer un rôle majeur d’entraînement des économies plus locales. Cet effet d’entraînement doit ensuite être démultiplié pour trouver des relais à la croissance nationale.

Loin d’opposer monde rural et monde urbain, les métropoles régionales peuvent aider les territoires périphériques à capter la valeur ajoutée produite par ces métropoles. C’est dans cette perspective que l’on peut affirmer que les métropoles sont des locomotives économiques au service de tout le territoire.

Malheureusement, la France est aujourd’hui en retard en ce qui concerne l’organisation métropolitaine du pays. Seule Paris est considérée comme une « ville mondiale » ; les autres métropoles françaises, qui sont trop peu nombreuses et trop peu puissantes, n’ont pas encore développé ce rôle international.

La région Lorraine est symptomatique de cette situation puisqu’elle ne dispose d’aucune aire urbaine de grande envergure. Mais l’initiative prise récemment par les quatre villes du sillon lorrain (Épinal, Nancy, Metz et Thionville), qui se sont constituées en Pôle métropolitain du sillon lorrain, le premier du genre, est exemplaire.

Dépassant la notion de simple métropole fondée sur une continuité territoriale, le pôle métropolitain accentue la collaboration entre des collectivités, permettant ainsi de privilégier la mise en place de réseaux de villes souples et réactifs.

Par ses « actions d’intérêt métropolitain », le Pôle métropolitain du sillon lorrain, qui n’est pas une strate administrative supplémentaire, permet une collaboration entre les collectivités sous la forme d’un syndicat.

Cette approche originale du partenariat territorial a déjà fait la preuve de sa pertinence opérationnelle en permettant la création de l’université de Lorraine – fusion des universités de Nancy et Metz – ou en faisant émerger une Communauté hospitalière de territoire associant le CHU de Nancy et le CHR de Metz-Thionville.

Le Pôle métropolitain du sillon lorrain permet ainsi de mutualiser les fonctions urbaines de ses membres pour développer ses territoires, améliorer la qualité de ses services, créer et diffuser de nouvelles richesses. Il est, de fait, la « colonne vertébrale » de la région Lorraine.

Mais, de par sa position privilégiée au cœur de l’Europe, le Pôle métropolitain du sillon lorrain doit aussi exister à l’échelle de l’Union européenne.

D’ailleurs, l’acte III de la décentralisation fait émerger une architecture métropolitaine de la France, superposable aux orientations et aux recommandations de l’UE, qui structureront les nouvelles politiques communautaires dès 2014.

Le sillon lorrain sera donc le moyen pour les villes et les établissement public de coopération intercommunale (EPCI) qui le composent d’accéder à des politiques structurelles européennes qui, sinon, lui échapperaient. Pour cela, il doit être un interlocuteur privilégié de la Région métropolitaine polycentrique transfrontalière (RMPT) au sein du Groupement européen de coopération territoriale qu’est la Grande Région (ce groupement est composé de diverses entités territoriales des quatre pays de l’Europe rhénane).

C’est donc par ce biais que les quatre agglomérations du Pôle métropolitain du sillon lorrain et leurs 650 000 habitants (avec une aire urbaine de 1,2 million d’habitants) peuvent avoir une existence à l’échelon européen, qui est bien celui auquel il faudra se situer dans un avenir proche pour rester un territoire attractif. 

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