Billet de blog 26 sept. 2013

Saint-Denis est devenu un territoire qui compte

Ainsi, en 2014, Saint-Denis serait un enjeu des élections municipales. Pour ma part, j’ai toujours considéré que le véritable enjeu était le « bien-être » des Dionysiens et que ces derniers méritent mieux que les excès d’une bataille politicienne.

françois laurent
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Ainsi, en 2014, Saint-Denis serait un enjeu des élections municipales. 

Pour ma part, j’ai toujours considéré que le véritable enjeu était le « bien-être » des Dionysiens et que ces derniers méritent mieux que les excès d’une bataille politicienne.

Pour ses habitants, Saint-Denis n’est pas une ville comme les autres. Quoi de plus normal, c’est leur ville, celle de leur quotidien. Mais Saint-Denis, ville à part, n’est pas dans un monde à part. 

Un constat s’impose, les logiques qui commandent la planète se soucient peu de la très grande majorité des citoyens. Elles privilégient une minorité de fortunés qui ne vivent pas à Saint-Denis et il n’est donc pas étonnant de ne pas trouver de rolex rue de la République.

J’ai le sentiment que certains taisent cette évidence, permettant ainsi de faire oublier les conséquences, sur une très grande majorité de Français, de choix politiques nationaux qui s’inscrivent dans ces logiques, et qu’ils soutiennent par ailleurs. 

Et pendant ce temps, les citoyens de Saint-Denis, dans leurs diversités, vivent leurs peines, leurs joies. Ils mènent leur vie avec plus ou moins de difficultés, mais toujours avec espoirs et ambitions pour eux et leurs enfants. Ils ont raison. Leurs volontés, leurs aspirations, leurs engagements sont la force de Saint-Denis.

Ils refusent le fatalisme que tendent à leur imposer ceux qui veulent les condamner à accepter la misère et l’impuissance du « c’est la crise ». 

C’est résolument de ce côté, dans sa diversité de singularités, que la politique municipale se place depuis des années, et qu’elle doit se projeter dans l’avenir.  

La cantine ouverte à tous, sans critères, à partir de 15 centimes, choix municipal, a été notée 20 sur 20 par l’UFC que Choisir ; Saint-Denis a su être le lieu d’émergence du hip hop et du slam et à la fois du théâtre Gérard Philipe-CDN, et lieu d’un festival de musique classique des plus prestigieux ; à l’heure des « déserts médicaux » et des sirènes « il faut faire des économies sur la santé », le choix est fait non seulement de ne pas renoncer mais de développer les 4 centres de santé municipaux ; s’il y a ici deux fois plus d’accès à la crèche par habitant que la moyenne nationale, si l’on y construit 2 écoles et 1 centre de loisirs associé par an depuis 2008, ce sont autant de choix municipaux parmi d’autres. 

Evidemment, tout n’est pas parfait. Mais comment oublier que depuis des années les collectivités locales doivent toujours plus répondre aux conséquences de politiques qui aggravent le quotidien de la très grande majorité des citoyens ? Aujourd’hui encore, la majorité actuelle s’apprête à enlever 1,5 milliard d’euros aux collectivités locales. 

C’est être très loin des réalités que de penser que ces politiques n’ont pas de conséquences sur nos villes.

Dans ces conditions, poursuivre des politiques de solidarité qui s’adressent à tous, les développer, c’est faire le choix de la dignité des femmes, des hommes qui vivent dans cette ville. C’est affirmer haut et fort qu’il n’y a pas plus important que leur vie. On peut mépriser cet engagement, le dévaloriser, le caricaturer… libre à chacun de choisir son camp, de stigmatiser des populations et de croire que la vie de la très grande majorité des Dionysiens se résume à choisir un « bon restaurant ».

Saint-Denis est complexe, mais Saint-Denis n’a jamais accepté de subir. Ses habitants ne renoncent pas à décider de leur présent, de leur avenir.

Face à la casse industrielle, ses élus et notamment Didier Paillard, le maire actuel, ont travaillé à la renaissance du territoire, et ont fait en sorte que l’accueil du Stade de France profite pleinement au territoire et à ses habitants. 

La création de la communauté d’agglomération Plaine Commune s’inscrit dans cette volonté, sachant qu’à plusieurs villes on est plus fort pour répondre aux besoins de nos populations, souvent de manière novatrice. Alors oui on peut trouver des papiers gras dans les rues, mais ceux-ci ne peuvent pas nous masquer tout ce qui a avancé. C’est ensemble que nous avons obtenu de nouvelles stations de métro, que les dessertes de tramway se densifient, que Plaine Commune soit le territoire qui construit le plus de logements dans la métropole parisienne dont 40 % sont des logements sociaux, que l’ensemble des grandes cités populaires ont été rénovées ou le sont actuellement et que c’est avec la même volonté que s’est engagé un combat contre l’habitat insalubre. 

Nous avons retrouvé le taux d’emploi d’avant la crise des années 80 et nous travaillons avec les entreprises des « Chartes emplois » pour qu’elles s’engagent à former et embaucher dans le territoire. Allez dire aux 4 300 personnes qui ont bénéficié depuis 2005 d’une embauche dans ces entreprises que Saint-Denis c’est l’inertie ! Plaine Commune est devenue une référence d’intercommunalité réussie. Faut-il s’autoflageller ou y voir un signe de dynamisme pour les habitants ? C’est cette seconde option que nous avons choisie, avec notamment l’élaboration d’un CDT avec l’Etat ou bien encore une convention expérimentale avec le ministère dans le domaine de l’économie sociale et solidaire.

Aussi, décrire notre ville comme un lieu de déshérence frôle le mépris pour ses habitants, pour ceux qui y travaillent. 

Saint-Denis est devenu un territoire qui compte dans la métropole parisienne parce que ses habitants ont refusé, comme d’autres banlieues populaires, d’en être les invisibles et les variables d’ajustement de décisions prises en haut au bénéfice toujours des mêmes. Ils revendiquent « de compter » là où ils vivent.

On comprend que cela en gène quelques-uns dont la seule « ambition » est de faire rentrer Saint-Denis dans le rang, noyer sa personnalité, faire taire sa voix, ses résistances, sa solidarité, sa diversité, son sens de l’accueil en noircissant le tableau tout en se parant de toutes les vertus.

Pas étonnant qu’on les retrouve parmi les promoteurs d’une loi –qu’ils n’ont débattue avec aucun citoyen– sur la « métropole de Paris » qui ôte toute capacité d’actions stratégiques aux communes et à leur communauté d’agglomération. Ils rêvent d’un Saint-Denis abaissé au rang d’un arrondissement de Paris sans pouvoir. Pour ma part, je ne rêve pas de voir notre ville avec les loyers et les prix des logements alignés sur Paris « intramuros » condamnant de nombreux Dionysiens, pas simplement les plus modestes, à déménager.

Et ceux qui sont si prompts à parler de sécurité ne s’empressent pas à faire le bilan du « Grand Paris de la Police » qui, lui, existe depuis trois ans. A-t-il permis un redéploiement de moyens vers nos quartiers ? Malheureusement non : le résultat, c’est 20 fonctionnaires de police en moins. La municipalité, elle, prend ses responsabilités de médiation (10 médiateurs de nuit), de prévention (50 agents de police municipale), sans recette miracle, sans crier au loup, mais avec la volonté d’une ville paisible.

Le « droit à la ville » doit rester entre les mains des Dionysiens, comme celui de construire des rapports avec d’autres territoires populaires de la région parisienne afin de construire une métropole solidaire, durable, polycentrique et démocratique.

Et pour cela il faut continuer à chercher à renouveler les pratiques politiques ! Pas facile lorsqu’à force de promesses trahies au plan national, la méfiance est de mise. La question n’est pas simplement « d’arracher les voix avec ou sans les dents », mais de retisser des liens, de l’engagement, de créer des nouveaux lieux de construction collective. Ce n’est pas simple mais c’est dans ce projet que s’inscrit notre ville depuis plusieurs années.

Saint-Denis ne vit pas dans un monde à part mais, contrairement à d’autres, nous refusons que les logiques dominantes de la mondialisation actuelle transforment notre ville en Monopoly. Nous en connaissons les résultats : toujours plus de ségrégations sociales et spatiales pour la très grande majorité des citoyens. Ces choix polluent l’ensemble des métropoles du monde. Ils portent en eux exclusions et violences. 

Nous sommes fiers que nos engagements locaux s’inscrivent dans une recherche d’alternative à ces orientations. Fiers de les mettre en lien avec d’autres villes du monde qui, comme nous, défendent l’inclusion sociale, la démocratie participative, la construction de métropoles solidaires. Fiers, dans une planète majoritairement urbaine, de prendre notre part de ce travail pour faire que notre monde soit moins violent, plus juste, plus écologiquement responsable. Et pour cela, face aux donneurs de leçons, face à ceux qui ont oublié leur participation au Forum social mondial de Porto Alegre, et au Forum européen de Saint-Denis face à la démagogie de « bistrot », à ceux qui lavent plus blanc que blanc, Saint-Denis, rebelle à la fatalité et à l’impuissance, revendique le droit à l’expérimentation démocratique pour une ville paisible, solidaire, accueillante autant que dynamique et attractive. C’est là notre ambition pour Saint-Denis, et elle n’est pas sur un mode mineur !

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