Du mauvais état général de la presse sous Sarkozy

Le débat avait commencé avant l'émission, il se poursuit longtemps après : les journalistes qui ont accepté d'interviewer le président de la République jeudi soir ont-ils « insulté leur profession » ?

Le débat avait commencé avant l'émission, il se poursuit longtemps après : les journalistes qui ont accepté d'interviewer le président de la République jeudi soir ont-ils « insulté leur profession » ?

 

 

C'est en ces termes en tout cas qu'a réagi le SNJ-CGT évoquant une « mascarade » à propos de cette émission plus qu'étrange où des journalistes habillés comme pour un réveillon de Noël et baignés d'une lumière de mauvais conte de fées se sont couchés devant Nicolas Sarkozy, oubliant les questions pertinentes dont ils n'avait probablement même jamais eu idée et s'empêchant de formuler les deux ou trois auxquelles ils avaient éventuellement songé.

 

 

Nicolas Demorand avait prévenu dès le jeudi matin dans les colonnes du Parisien qui qualifiait le choix des intervieweurs de véritable « fait du prince ». De fait (du prince) : ces journalistes se sont montrés bien peu pugnaces, n'exerçant aucun droit de suite, ne contestant aucune contre vérité, oubliant des dossiers sensibles, comme par exemple celui de la Guadeloupe ainsi que l'a regretté François Chérèque.

 

Durant cet entretien, le président de la République a également mis en cause la crédibilité du Nouvel Observateur sans susciter la moindre réaction des journalistes présents sur le plateau, un peu comme lorsqu'il avait tancé le directeur de Libération, Laurent Joffrin, au cours d'une conférence de presse sans que cela ne provoque la moindre questions des autres journalistes. La Société des Journalistes de l'Obs a donc réagi vivement en estimant « inadmissible » l'attitude du chef de l'Etat, elle a été suivie par le directeur de l'hebdomadaire, Denis Olivennes, pour lequel « ce n'est pas la première fois qu'il manifeste à l'égard de la presse, notamment quand elle est indépendante et critique, du mépris ».

 

 

La polémique dépasse aujourd'hui le strict cadre faussement journalistique de l'interview présidentiel pour concerner également le débat organisé juste après par France 2, animé par Yves Calvi et auquel participaient outre Edwy Plenel, président de Mediapart, Sylvie-Pierre Brossolette, rédactrice du Point, Nicolas Domenach, directeur adjoint de la rédaction de Marianne et Nicolas Beytout, PDG des Echos. C'est la présence de ce dernier qui est à l'origine de l'indignation de la Société des journalistes du quotidien économique qui estime que c'est un membre de la rédaction qui devrait assurer ce type d' « interventions journalistiques ». Les guillemets sont en effet bienvenues tant les propos de M. Beytout ont pu semblé davantage relever de la communication politique par temps de crise que du journalisme.

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