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Le Club de Mediapart dim. 14 févr. 2016 14/2/2016 Édition de la mi-journée

Pour une presse locale indépendante

Le mensuel Lyon Capitale a décidé de renoncer aux publicités des collectivités locales parce que «seule une indépendance réaffirmée vis-à-vis des pouvoirs publics permettra à notre profession d'inventer un nouveau modèle économique, solide et viable à long terme», expliquent ses rédacteurs en chef, Raphaël Ruffier-Fossoul et Mathieu Thaï.

Le mensuel Lyon Capitale a décidé de renoncer aux publicités des collectivités locales parce que «seule une indépendance réaffirmée vis-à-vis des pouvoirs publics permettra à notre profession d'inventer un nouveau modèle économique, solide et viable à long terme», expliquent ses rédacteurs en chef, Raphaël Ruffier-Fossoul et Mathieu Thaï.

 

Lyon Capitale refusera désormais les publicités des collectivités locales. Cette décision appartient à notre actionnaire, Fiducial, mais la rédaction ne peut que s'en réjouir : elle a payé pour apprendre que ces publicités sont à double-tranchant. Moyen utile aux collectivités pour faire connaître leurs politiques, elles finissent toujours par représenter une part non négligeable des budgets des journaux locaux (20 à 30% pour Lyon Capitale), et donc un point réel de faiblesse. Heureusement, les élus adoptent généralement une posture "républicaine", certes plus généreuse avec les affidés, mais n'ostracisant personne.

 

Il arrive cependant que ces petits principes de bonne démocratie volent en éclats et que les journaux aient à choisir entre se soumettre ou mourir avec leurs idées. En 1998, lorsque Charles Millon (UDF) se fit réélire à la tête de la région Rhône-Alpes grâce au soutien des élus FN, Lyon Capitale choisit de renoncer aux campagnes de communication régionales, de la même manière qu'universités et institutions culturelles retournèrent leurs subventions. Un an plus tard, Charles Millon était remplacé par Anne-Marie Comparini, la mobilisation citoyenne avait payé.

 

Ce fut une histoire bien différente en octobre 2005. Cette fois, Lyon Capitale est mort avec ses idées, lorsque Patrick Bertrand, vice-président du Grand Lyon aux marchés publics, démissionne et en explicite les raisons dans nos colonnes : "Je n'ai pas envie de jouer plus longtemps les guignols sur des marchés de concession que je pense pipés." L'entretien est accompagné d'une enquête qui confirme des interrogations sur l'attribution de certains marchés : Salle 3000, chauffage urbain, parkings, régie des transports (Sytral), achats de bus, rénovation des voiries...

 

La réponse du maire de Lyon, Gérard Collomb (PS), ne se fait pas attendre : au lieu d'accepter le débat et la transparence, il tente "d'asphyxier" le journal en interdisant aux services de la ville de Lyon et du Grand Lyon de communiquer dans Lyon Capitale, et en faisant passer la même consigne à toutes les institutions culturelles subventionnées par la ville. Pour Lyon Capitale, dont les fondateurs étaient issus d'un magazine culturel (Côté Scène), le coup est rude. Heureusement, certaines structures résistèrent courageusement et continuèrent d'annoncer leurs spectacles dans nos colonnes. Quelques municipalités socialistes voisines firent de même. La fédération départementale du PS nous apporta d'ailleurs officiellement son soutien, au nom de la liberté de la presse.

 

Il n'est pas sûr que Lyon Capitale aurait résisté à cette guerre économique. On ne le saura jamais, car se sont ajoutées des pressions politiques et patronales sur notre actionnaire de l'époque, Bruno Rousset, pdg et fondateur d'April. Nous pensions que sa fortune le mettrait à l'abri des pressions, il s'y était d'ailleurs engagé vis-à-vis de la rédaction... En quelques jours, nous avons constaté qu'il n'en était rien. La 44e fortune de France limogea, de la manière la plus brutale, Jean-Olivier Arfeuillère, pdg, et Philippe Chaslot, rédacteur en chef.

 

Du jour au lendemain, il leur a été interdit de mettre les pieds dans ce journal qu'ils avaient fondé et animé pendant 11 ans. Ils revinrent quelques semaines plus tard, après une grève, un dépôt de bilan, le soutien des lecteurs et un changement d'actionnaire qui permirent à Lyon Capitale de redémarrer, "à nouveau libre" grâce au courage d'un homme, Xavier Ellie, mais profondément affaibli, jusqu'à la reprise deux ans plus tard par Fiducial.

Dans le même temps, un tour de vis a été donné dans un autre hebdomadaire, Tribune de Lyon. Par excès de zèle, le pdg limogea son rédacteur en chef-adjoint, auteur d'un article sur l'audition comme témoin de Gérard Collomb par la brigade financière, dans une affaire de financement occulte du PS local.

 

Depuis, la presse lyonnaise semble toujours hésiter avant de sortir une "affaire" réellement dérangeante pour le pouvoir en place. Ce n'est pas lui faire injure non plus que de dire qu'elle a, dans son ensemble, largement soutenu Gérard Collomb lors des dernières municipales. Un soutien de conviction, fruit d'une estime réciproque. Mais des observateurs extérieurs auraient sans doute perçu un certain malaise, quelque mois plus tard, lors des voeux à la presse du maire réélu. Son discours, apporté par un journaliste passé à son cabinet au lendemain du scrutin alors qu'il avait couvert toute la campagne, en a troublé plus d'un.

 

Gérard Collomb félicite d'abord : "Au-delà du résultat, j'ai pu apprécier, comme candidat, la manière dont les journalistes ont couvert cette phase très dense de notre vie politique, avec équilibre, sans complaisance, en exerçant pleinement leur regard critique". Et de promettre en guise de récompense : "En ces temps où l'argent privé fait défaut, il faut que l'argent public prenne le relais". Il est cependant à craindre que le remède soit pire que le mal. Comment imaginer que cela serait sans incidence sur l'indépendance du "quatrième pouvoir" ?

Il est même permis de penser que ce soutien public à des médias qui ne parviennent pas à se réinventer, peut être un frein à l'émergence de nouveaux modèles économiques, utilisant par exemple pleinement le potentiel d'Internet. C'est le défi que l'équipe de Lyon Capitale a le plaisir d'essayer de relever aujourd'hui, grâce à un actionnaire qui lui offre un luxe rare: un peu de temps pour réussir. Sans rogner sur les moyens. La rédaction s'apprête ainsi à lancer le recrutement de deux journalistes (avis aux amateurs) dédiés à son site Internet.

 

Nous partageons la conviction "que seule une indépendance réaffirmée vis-à-vis des pouvoirs publics permettra à notre profession d'inventer un nouveau modèle économique, solide et viable à long terme", comme l'explique Didier Maïsto, pdg de Lyon Capitale, dans son édito du vendredi 5 juin qui officialise notre décision de renoncer aux publicités des collectivités locales.

 

La veille, un incident nous a définitivement convaincus, s'il en était besoin, de l'intérêt de ce choix : Laurent Burlet, journaliste de Lyon Capitale, est interpellé en marge d'une réunion de la régie des transports lyonnais (Sytral) par son président, Bernard Rivalta (PS). Ce dernier, irrité par un de nos articles (révélant le recrutement du fils de Gérard Collomb au Sytral) et pas encore informé de notre décision, lui tape dans le dos : "Alors, vous les aimez les pubs du Sytral, hein !? 3500 euros la page ! Je vous fais bien vivre !" Serein, notre journaliste s'éloigne sans répondre.

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La presse locale indépendante, c'est le mouton à cinq pattes. Un copain localier s'est fait virer en 24 heures du Courrier Picard parce qu'il avait commis un article qui avait déplu au député-maire de l'époque. L'Yonne républicaine s'apparentait à un tract électoral de Jean-Pierre Soisson, et ainsi de suite.

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