Cours camarade, la vieille presse est derrière toi

J'ai saisi l'occasion qui m' a été présentée sur un plateau de plan de sauvegarde pour l'emploi (pse) pour quitter la presse écrite, parce que j'en avais marre d'assister aux soins palliatifs administrés par des médecins de garde dépassés.

J'ai saisi l'occasion qui m' a été présentée sur un plateau de plan de sauvegarde pour l'emploi (pse) pour quitter la presse écrite, parce que j'en avais marre d'assister aux soins palliatifs administrés par des médecins de garde dépassés. On vire, on fait des économies, on supprime des postes de correspondants et de rédacteurs, on compte les gommes et les crayons, on baisse le nombre de pages, on raccourcit les articles pour en faire entrer un maximum dans un minimum de place .

 

Marre des économies sur le dos de ceux qui ont toujours travaillé et beaucoup, juste parce qu'ils aimaient leur journal. Marre des grilles de salaires, des hiérarchies, des primes minables pour un boulot chiant et indispensable que personne ne veut plus faire (eh oui, personne ne veut plus être chef). Marre de voir de très bons journalistes au chômage.


Marre de voir mal traiter les gens parce qu'ils défendent leur métier. Marre du copinage. Marre de voir préférer les fayots du moment. Marre d'une chèferie usagée qui n'a rien vu bouger et qui veut continuer à faire ce qu'elle a toujours fait parce qu'elle ne sait rien faire d'autre. Marre de ceux qui savent tout donc ne veulent plus rien découvrir par ce que ce n'est pas leur culture. Marre de voir la culture passer à la trappe dans tous les quotidiens nationaux parce que "cela n'intéresse plus personne". Marre du jeunisme. Marre de la ringardise triomphante. Marre du népotisme et du despotisme. Marre des stars inamovibles et des grandes plumes d'oreillers. Marre des faux scoops.

 

On ne bouge plus de sa chaise puisque tout vient à nous via wikiquelque chose, google, les agences, les communiqués, les attachées de presse, les delicious des uns, les sites des autres. On se sert encore du téléphone, mais on va bientôt compter le nombre de communications longue distance.

 

On utilise des ordinateurs obsolètes, on se plie à des systèmes éditoriaux absurdes, à des maquettes qui ne tiennent plus compte de la hiérarchie de l'information, quitte à ouvrir sur un sujet faible parce qu'il "rentre" mieux qu'un autre plus actuel, plus intéressant, mieux écrit mais difficilement illustrable ou trop long pour la pub.

 

On ne s'amuse plus. On a mis dans les placards à balais dédorés depuis longtemps celles et ceux qui savaient donner une impulsion, provoquer l'enthousiasme, entraîner la rédaction.On a mis du déodorant dans les conf et dans les titrailles.Tout le monde parle de la même chose en même temps, des mêmes écrivains en même temps, des mêmes faits de société en même temps. On ne sait plus trier, valoriser, débusquer, et si on le fait quand même (on ne se refait pas), cela restera au marbre et finira par tomber dans l'oubli, pas de place, trop d'actu. La même, je vous dis, la même.

 

Alors? On a envie d'autre chose. On a envie de lire et de donner à lire autre chose que le JT tapé à la machine. On a envie de voir et de donner à voir, d'écouter et de donner à entendre. On a envie de profiter intelligemment de ces multiples sources d'information qui déboulent dans tous les sens. De ces multiples façons de pouvoir présenter, informer, raconter, dire, expliquer.D'être formés au web, au son, à la vidéo.De ne pas hésiter à renvoyer sur le site du Louvre ( l'un des mieux fait qui soient) plutôt que d'en tirer une resucée vite et mal. Ou à celui d'un blogueur lointain. De livrer les communiqués de presse - dans une nouvelle fenêtre - plutôt que de les résumer. De parler des petits théâtres, des filmsdocumenaires et de ceux qui les font, des assoc, des découvreurs, des chercheurs, des curieux, des passionnés, des battants, des "rien d'impossible". D'explorer des montagnes, des villages, des rues. De faire jaillir des paroles forcément muettes. De ne pas oublier ceux qui meurent de faim ici parce qu'ils sont plus à la mode là. De retourner sur nos pas. De ne pas emboîter le pas à tout le monde.

 

Et hop!

 

 

 

 

 

 

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