Billet de blog 26 oct. 2008

Le pluralisme à l'épreuve de la crise de la pensée et de la représentation politiques...

On peut se plaindre du manque de pluralisme des médias. Certes. Et non sans raisons. Mais ce manque de pluralisme n'est qu'un des symptômes de la crise de la pensée et de la représentation politiques à laquelle nous assistons depuis une trentaine d'années. La crise financière peut être l'occasion de remettre les médias au coeur de la démocratie.

Pascale Fourier
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On peut se plaindre du manque de pluralisme des médias. Certes. Et non sans raisons. Mais ce manque de pluralisme n'est qu'un des symptômes de la crise de la pensée et de la représentation politiques à laquelle nous assistons depuis une trentaine d'années. La crise financière peut être l'occasion de remettre les médias au coeur de la démocratie.

Où sont les médias engagés et qui se présentent comme tels aujourd'hui? Politis, le Diplo, Marianne, le Figaro. France Inter n'est pas engagée, elle, quand elle a eu pendant des années un chroniqueur matutinal qui défendait mordicus le libéralisme à la plus grande heure d'écoute: c'est que les médias se présentent pour la plupart comme neutres, non-partisans...

En fait, en avançant ce mythe de l'objectivité des médias, ils se sont fait le reflet d'une évolution qui a suivi la chute du mur de Berlin. Une vision pacifiée des relations sociales a alors prévalu (fin de l'Histoire, fin des idéologies, fin de la « lutte des classes »). Or cette vision pacifiée permettait l' affirmation du modèle économique néo-libéral, évacuait la politique pour ouvrir l'espace aux « experts »... Les grilles de lecture qui structuraient la compréhension de la réalité renvoyées au placard laissaient dès lors les citoyens soumis au grand flot des événements qui se succédaient dans les médias, sans liens soulignés entre eux: la vision des choses kaléidoscopique qu'offrait les médias, qui ne donnait pas prise sur le réel et ressentie comme controuvée trop souvent par rapport à la réalité vécue, a peut-être lassé les lecteurs....

Il est vrai que cette prétendue objectivité mise en avant a été concomitante de l'avachissement idéologique de la Gauche en particulier : crise de conceptualisation de ce qui se passait au tournant des années 70/80 puis de la mise en place d'un nouvel ordre économique devant lequel elle abdiquait; crise idéologique qui s'étendait à la réflexion sur ce qu'est la démocratie, la notion de représentativité et de souveraineté populaire.Difficile dès lors pour les médias d'échapper à ce qu'on a appelé en son temps "la pensée unique". Il y a trente ans, les médias et les journalistes dans leur globalité pouvaient aisément se faire le miroir d'une vision plurielle des choses, contradictoire, sujette à débat, parce que l'image de cette représentation contrastée leur était extérieur, naissait à l'extérieur d'eux-mêmes, portée par des interlocuteurs considérés comme légitimes et de premier plan (hommes politiques, syndicalistes, penseurs...). Mais depuis? Pourquoi aurions-nous lu le compte-rendu de ce qui nous était présenté comme nécessaire et sur lequel le citoyen ne pouvait mais? Il n'y avait pas de débat possible, sinon à la marge, pas moyen de peser sur les choses....

La crise financière ébranle ce monde mis en place depuis trente ans. Les certitudes vacillent. Sans doute est-ce une occasion unique pour les médias ou au moins certains d'entre eux d'essayer de dépasser le lien dialectique qui les lie au politique (au sens noble du terme), d'ouvrir à nouveau le débat, de permettre l'émergence de nouvelles voix, de porter les questionnements là où ils doivent l'être, de trouver les interlocuteurs pertinents, de souligner la cohérence de ce qui a été et de ce qui est en train d'advenir, les présupposés philosophiques même de telle ou telle option, d'obliger les politiques à justifier ce qu'ils disent, à le confronter au réel.

Que les médias mettent en lien. Soulignent les cohérences.Remettent du clivage. Du débat. De la démocratie en somme.Voilà qui me donnerait à moi l'envie de dévorer la presse!

Pascale Fourier,

ancienne animatrice de Des Sous... et des Hommes,

AligreFM

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