Billet de blog 13 juin 2022

D'In Ekker à Berlin, le silence français

Ammar Bouras, artiste plasticien algérien, a été sélectionné pour la 12ème Biennale Internationale d'art contemporain de Berlin pour son travail qui « revient sur la problématique historique et écologique » des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. L'Etat français a usé de la gomme pour en effacer les conséquences mais le crayon reste aux mains des derniers témoins, même s'ils ne le tiennent encore que du bout des doigts.  Un billet de l'édition « France-Algérie : une autre commémoration est possible ».

Louis Bulidon
Retraité
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Confronté à la catastrophe de Béryl, le 1er mai 1962 dans le Hoggar, et au déroulé du drame humain qui a frappé la population touareg avec l'aliénation à la radioactivité de ce vaste territoire pour la nuit des temps, l'Etat français a usé de la gomme pour en effacer les conséquences mais le crayon reste aux mains des derniers témoins même s'ils ne le tiennent encore que du bout des doigts. In Ekker du nom d'un bordj sur la transsaharienne est le site choisi par la France et son armée pour conduire à partir de 1961 treize essais d'une bombe nucléaire à l'abri croyait-on des galeries creusées dans la montagne Taourirt Tan Afella.

A Berlin s'est ouvert le 10 juin sa 12ème Biennale Internationale d'art contemporain. Ammar Bouras, artiste plasticien algérien a été sélectionné pour son travail qui "revient sur la problématique historique et écologique" selon ses propres termes des essais nucléaires français dans le Sahara algérien. Le nom de l'exposition de son installation reprend les coordonnées GPS du point Zéro de l'accident Béryl le 1er mai 1962 qui a tourné à la catastrophe. Il a réussi au cours d'un périple dans le Hoggar à recueillir les témoignages de plusieurs Targuis dans ce qui s'appelait un centre de culture à l'époque situé dans la zone périphérique de la montagne des tirs à quelques dizaines de kilomètres complétant ainsi sa quête d'informations auprès d'ouvriers témoins oculaires de Béryl. Selon le propre jugement d'Ammar "rien de scientifique dans les propos, mais j'aime beaucoup les témoignages de ces gens qui n'ont que leur quotidien et intuition". Pour l'écologie l'idée qui ressort chaque fois est que " les jardins ne donnent plus rien, une eau contaminée et des maladies et insectes que ces gens ne connaissaient pas avant !" Ammar s'exprime par ses mots "dans les témoignages des Targuis il n'y a rien d'historique dans le sens académique du terme, mais beaucoup d'humain. Des phrases complètement déconstruites, perte de mémoire, incohérence"... et c'est ce que je veux montrer.

La partie historique relève de ma responsabilité de témoin de Béryl comme appelé du contingent et scientifique dans mon laboratoire, et croyez moi, même soixante ans après ma mémoire est solide et comme me le dit un compagnon d'armes nous en parlons dans les moindres détails comme si nous vivions à l'instant ces moments tragiques.

Je me félicite de la réaction d'Ammar à mon engagement de citoyen responsable après avoir défini en ces termes ma mission "Votre témoignage sera le pilier qui va tenir le tout, un témoignage d'une expérience humaine personnelle, critique, engagée et même documentaire". Engagement que j'ai tenu avec toute ma résolution. C'est en me remerciant qu'Ammar m'a confié " Je trouve que votre témoignage recadre mon idée dans le temps et l'espace".

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