Du garde-à-vous à la garde à vue

Trois semaines après la rentrée, les esprits ne se sont pas refroidis quant au port du masque dans les établissements scolaires. Les enfants, les parents, les profs, tout le monde se plaint et parmi les fonctionnaires, certains abusent de leurs pouvoirs pour se protéger. Visite à Bain-de-Bretagne.

Il y a quinze jours, dans Touchez pas à nos gosses, je racontais les premiers émois de cette rentrée sous haute surveillance avec la police armée devant les collèges et les lycées. Plus rentable, la verbalisation a depuis remplacé l’intimidation et les troupes ont désormais loisir de sévir où bon leur semble, à raison de 135 euros par tête de pipe. Les parents n’avaient pas encore testé la garde à vue pour raison de santé de leur enfant, c’est fait !

Les petits mots échangés dans les carnets de liaison entre des enseignants chargés de faire régner les ordres, ou les dictées des commandements en vigueur, n’y suffisaient plus pour faire entendre raison à ces inconscients de parents. La Gendarmerie est entrée en scène pour régler les différends, et c’est comme ça que Jennifair s’est retrouvée en garde à vue toute la journée du 18 septembre. Son fils est asthmatique, mais le collège ne voulait rien entendre des certificats médicaux fournis pour l’exempter du port du masque. Ils finissent par convenir d’une visière, mais il est mis à l’écart, au fond de la classe, et empêché de participer aux travaux de groupe. Il craque et ne veut même plus de cette visière qui lui fait mal aux yeux. De désagréments en péripéties, le collège a donc fait appel à la Gendarmerie comme Jennifair le raconte dans cette vidéo :

 

Live de Jennifair le 19 septembre (extrait) © Street live indépendant

Le parquet du tribunal judiciaire de Rennes a statué immédiatement et Jennifair a écopé d’un rappel à la loi, mais le diable se cachant dans les détails, les voici :

 Rappel à la loi © Tribunal judiciaire de Rennes

Rappel à la loi © Tribunal judiciaire de Rennes

 Voilà ce qu'est un rappel à la loi pour avoir respecté le protocole sanitaire, tenté de concilier les maux avec les mots, assuré la protection de la santé de son enfant, pour être entrée dans l’enceinte du collège en sa qualité de parent d’élève, de surcroît inscrite sur la liste des représentants pour les élections des 9 et 10 octobre : six ans avec sursis et risque d’un an d’emprisonnement et 7 500 euros d’amende en cas de récidive !

Le but de cette mère d’élève aurait donc été de « troubler la tranquillité ou le bon ordre de l’établissement » et elle aurait pénétré ou se serait maintenue dans l’enceinte de l’établissement sans y avoir été autorisée. Quand on connaît les procédures de filtrage aux entrées, on peut se demander ce que fait la police, ou plus sérieusement considérer qu’il n’est rien de plus normal que de laisser entrer un parent dans le collège de son enfant.
On peut aisément imaginer la condition difficile d’une (future) élue au Conseil d’établissement sous la menace permanente d’une accusation de trouble risquant de lui valoir un retour au tribunal correctionnel. Ne parlons pas d’une grève, d’une occupation ou de la moindre revendication, elle pourrait alors avoir des circonstances aggravantes, et pourquoi pas, être qualifiée de terroriste, voire de Gilet jaune !

Jusqu’à quand croyez-vous, mesdames et messieurs les fonctionnaires et élus dont nous réglons les salaires et les indemnités tous les mois, que nous allons supporter vos abus de pouvoir ? Le Conseil général d’Ille-et-Vilaine en particulier, et les ministères concernés seraient bien inspirés de veiller à calmer leurs troupes. Les gens savent vivre et ne vous ont pas attendus pour savoir ce qu’ils avaient à faire, en particulier pour la santé de leurs enfants. Les gens n’ont pas peur, c’est vous qui êtes en pleine inquiétude, non pas du virus, mais de votre hiérarchie ou de vos électeurs. Craignez plutôt les parents, car vous n’êtes pas sortis des plaintes et recours contre vos décisions arbitraires.

Vidéo complète du live de Jennifair, le vendredi 19 septembre

 © Jean-paul Van der Elst © Jean-paul Van der Elst

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