Billet de blog 19 oct. 2018

S'assimiler, s'intégrer ou bien s'adapter?

On demande aux jeunes Arabes vivant en France de s'assimiler, ou on leur conseille de s'intégrer - sans leur donner la possibilité de "vivre comme tout le monde". L'injonction "vivre comme tout le monde" n'a pas beaucoup de sens, pourtant tout un chacun la comprend - à sa façon.

Peter Bu
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Dans leur récent livre Avant, pendant et après le 11 janvier Edgard Morin et Patrick Singaïny rappellent que "la France s’est formée historiquement comme nation multiculturelle en intégrant/provincialisant des peuples très différents les uns des autres (Alsaciens, Bretons, Basques, etc.)"

Peu à peu leurs différences se sont estompées mais le processus a pris du temps et n'a pas été sans douleur. Pour l’accélérer et rendre les différences entre ses peuples moins visibles l’État a pendant longtemps interdit l'usage publique des langues régionales!

En réalité, les Alsaciens, Bretons, Basques, puis Italiens, Espagnols, Polonais, Anglais, Allemands venus en France ne se sont pas "intégrés", mais adaptés les uns aux autres. Être conscient de l'histoire de France permet de mieux comprendre son évolution actuelle et d'accepter les populations récentes et les nouveaux immigrants. Inversement, en sachant ce qui précède ces derniers pourraient mieux accepter leur situation.

Personne ne doit abandonner ses racines, sa culture, son identité - pas plus les jeunes Arabes que les Bretons, Italiens, Polonais qui ont contribué à bâtir la France avant eux. Personne, même pas les Roms que l'on oublie généralement, sauf pour les persécuter. Pourtant, issus de la grande civilisation indienne ils pourraient nous enseigner comment garder la capacité de se réjouir de la vie même dans les pires conditions...

Exiger qu'ils se dissolvent dans notre société contredit leur besoin d'être respectés dont ils parlent si souvent.

Simultanément, ces nouvelles vagues d'arrivants doivent apprendre à respecter les anciens habitants du territoire France - qui eux-mêmes ont intérêt de s'adapter à eux, le monde change en continu.

La diversité est enrichissante et elle est indispensable dans la civilisation planétaire, extrêmement complexe, dans laquelle nous vivons actuellement. Sans tenir compte de la multiplicité de traditions, de modes de vie et sans réunir toutes les intelligences qui en résultent, l'humanité n'arrivera à résoudre la crise écologique, à désamorcer la "bombe démographique" et à atténuer les inégalités toujours grandissantes entre les riches et les pauvres qui menacent sa survie.

La deuxième question relative à "vivre ensemble" est tout aussi compliquée: comment rebâtir nos sociétés pour faire de la place aux millions de "jeunes" qui arrivent avant que les "vieux" ne disparaissent?

"Jeunes" et "vieux" entre guillemets car en fait il ne s'agit pas de l'âge, pas plus que de l’appartenance nationale: les Français de souche, eux aussi, sont de plus en plus souvent exclus du "système". La fièvre accaparante qui aujourd'hui atteint les sommets, détruit les sociétés humaines en même temps qu'elle démolit nos milieux de vie. Elle est une autre forme de négation du respect que tout le monde réclame, pas seulement les jeunes des banlieues.

Faudra-t-il faire une collecte pour offrir aux riches et puissants des appareils auditifs?

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Pour réfléchir sur ces questions, on peut lire le livre intelligent de Amin Maalouf  Les identités meurtrières, Le livre de poche, éd. Grasset 1998.

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J'aimerais ajouter trois autres citations du livre d’Edgard Morin et Patrick Singaïny Avant, pendant et après le 11 janvier qui me semblent être un point de départ possible de la recherche de cet indispensable respect:

"La réponse n’est pas dans les polémiques lapidaires. Elle est dans l’introduction au cœur de la culture française, et d’abord à l’école, d’une culture historique. Il ne suffit pas de rappeler la tolérance religieuse pour les chrétiens et les juifs dans les califats anciens et dans l’Empire-ottoman. Il ne suffit pas d’indiquer le rôle fécond de la culture arabe dans la culture européenne. Il faut rappeler ce que fut le catholicisme pendant des siècles.

Régis Debray a écrit justement : « Au XVe siècle, nos bons chrétiens coupaient les têtes, beaucoup plus que Daech ; on brûlait les hérétiques, la torture s’appelait la Question, les Albigeois étaient massacrés, sans parler ensuite des protestants. En 1824 en France, 30 ans après la Révolution, une loi a été votée condamnant à mort le sacrilège, par exemple le vol d’un ciboire : l’ère Daech et l’ère Cabu ont la même horloge, mais pas le même âge. »

"Il est (vital) de rappeler que le « terrorisme » n’est pas invention islamique en Europe. Les Brigades rouges et les Brigades noires en Italie, la bande à Baader en Allemagne ont commis des attentats délirants et monstrueux. Si divers, voire ennemis les uns aux autres soient-ils, les « terroristes » sont semblables par le monde clos, démentiel, halluciné dans lequel ils vivent, mais aussi dont ils peuvent sortir comme l’ont fait des anciens Brigades rouges qui ont redécouvert le monde extérieur auquel ils ont été fermés."

La haine est une maladie. Apprenons les uns des autres au lieu de vouloir donner des leçons les uns aux autres, avec ou sans épée à la main...

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