Africa

De feue Rose Laurens jusqu’ aux ports africains de Bolloré, les veines ouvertes du continent de nos rêves nous interrogent encore. Ça passe parfois par des chansons culte. J'avais adoré Africa.

Je me souviens soudain, à l’annonce de la mort de son interprète, de cette étrange chanson : Africa.
Elle remonte à ma tendre jeunesse et, malgré des attirances aux antipodes de la « variété », celle-ci m’avait frappée au point que j’en avais acheté le vinyle…
Puis que, bien plus tard, je l’avais téléchargée dans la play-list de mon ordi aux côtés de Schubert, d’Higelin, de Ferré, de Bach ou Mozart, de Françoise Hardy, de Philip Glass ou d’Albert Ayler, de Sidney Bechet à Eddy Cocran… tant d’autres, pèle-mêle par dessus les siècles et les goûts.

Alors que m’est remémorée, par l’ « actu », cette chanson et la superbe voix de son unique interprète, voila que je me la repasse en des youtube faramineux… Des vidéos… à vrai dire désastreuses.

En voici une version, une version terrible qui témoigne de l'aveuglement au sens ! Dommage.

Rose Laurens Africa 1982 © audiovideopcmix

 De toutes les diverses scénographies d’époque dont fut affublée cette représentation/chanson, aucune de celles que j’ai trouvées n’échappe au kitchissime. C'est bien dommage, mais c’était couru.

 En cherchant laborieusement, j’apprends que l’auteur des paroles est un dénommé Jean-Michel Bériat. Qu’il a écrit pour Sardou, Charles Dumont, Pascal Stive, David Marouani, Patrick Lemaître, Gilbert Bécaud, Patrick Fiori, Paul Glaeser, François Bernheim, Liane Foly, Christophe : je ne les connais pas tous…

TEXTE Chanson
Je suis amoureuse d'une terre sauvage
Un sorcier vaudou m'a peint le visage
Son gris-gris me suit au son des tam-tams
Parfum de magie sur ma peau blanche de femme

Africa
J'ai envie de danser comme toi
De m'offrir à ta loi
Africa
De bouger à me faire mal de toi
Et d'obéir à ta voix
Africa

Je danse pied nus sous un soleil rouge
Les dieux à genoux ont le cœur qui bouge
Le feu de mon corps devient un rebelle
Le cri des gourous a déchiré le ciel

Africa
J'ai envie de danser comme toi

 

De m'offrir à ta loi
Africa
De bouger à me faire mal de toi
Et d'obéir à ta voix
Africa

Dangereuse et sensuelle, sous ta pluie sucrée
Panthère ou gazelle je me suis couchée
Au creux de tes griffes je suis revenue
A l'ombre des cases je ferai ma tribu

Africa
J'ai envie de danser comme toi
Et d'obéir à ta loi
Africa, Africa

Je suis amoureuse d'une terre sauvage
Un sorcier vaudou m'a peint le visage
Son gris-gris me suit au son des tambours
Parfum de folie, magie de l'amour

Toujours est-il qu’à l’époque, ce texte, je l’avais perçu comme féministo/féminin et bel hommage au CONTINENT : celui d’où nous serions tous venus, même si cela s’avère to day être une fable… Mais continent pillé continuement jusqu’aujourd’hui encore (salut Bolloré). Bref, cette chanson m’avait embarquée, la belle voix de Rose Laurens n’y étant pas pour rien.

Un hommage à la belle Afrique et à la « femme sauvage » qui sommeille en chacune d’entre nous, m’étais-je dit.…
Rendons grâce à la si belle voix de son interprète. Et - ne soyons pas pingre - à son parolier/créateur, un inconnu, oublié mais doué, disparu moins d’un un an auparavant, en novembre 2017.

Cette belle chanson, passée à côté de son destin, nous pourrions aller la chanter au parloir de la tôle - avec les oranges convenues - pour le sieur Bolloré peut-être…

Rêvons un peu ! Dans un sens ou dans l'autre :

J'adore Stromae. Pourrait-il sauver la chanson de Bériat/Laurens pour lui donner sa vraie, sa véritable chance actuelle, en transgressant aussi bien son genre que les idées reçues er les désastreuses imageries en vigueur ?

Voilà que je rêve de nouveau !

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