In memoriam, Sabra&Chatila : en 40 heures, 3000 âmes parties en fumée

Je me souviens. J'avais 28 ans. Les journaux (c'était Libération ou bien L'Humanité ? Peut-être bien les deux ou tant d'autres encore... J'ai oublié !) publiaient un texte qui fit son "petit" tour du monde.

Je me souviens des remous, des colères, de l'horreur que ces événements, par leur atrocité absolue, avaient soulevés, dans mon entourage et, très au-delà, sur notre minuscule planète. C'était le récit de Jean Genet, écrivain paria s'il en fût, viscéralement et intellectuellement engagé, comme nous en manquons aujourd'hui, qui avait éveillé nos cervelles endormies, la mienne en tout cas.

Quatre heures à Chatila

Du 16 au 18 septembre 1982, l’horreur s’est abattue dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Durant plus de 40 heures, près de 3000 Palestiniens ont été décimés par des miliciens phalangistes libanais armés et protégés par les forces d’occupation israéliennes. Un massacre planifié et orchestré par l’armée israélienne. 

En septembre 1982, Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, avec l’active complicité de l’armée israélienne qui vient d’envahir et d’occuper le Liban . Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit « Quatre heures à Chatila », publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes.

Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.

Le récit de Genet est long : une dizaine de feuillets, voire le double : je compte mal. Ceux qui voudraient le retrouver et le relire pourront le faire ici en en prenant le temps, celui de la saveur méchante et charitable des mots lorsqu'ils sont libres :

http://www.legrandsoir.info/quatre-heures-a-chatila.html

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