Arlberg express ou orient express ?

l'Arlberg est un col des Alpes qui unit les vallées tyroliennes au plateau du lac de Constance. Tantôt verdoyant, tantôt enneigé et difficilement praticable, cet itinéraire part à l'assaut des cimes et unit Paris à Vienne lorsque l'absence de risques d'avalanche le permet, s'engouffrant dans un tunnel long d'une dizaine de kilomètres. Un train en portait le nom et enchantait les imaginations.

train-neige
Parce-que l'accélération du temps peut aller de pair avec son étirement dans l'espace, les trains rapides contournent les obstacles comme les Alpes lorsqu'ils ne peuvent les vaincre: tel est le cas du prestigieux Orient express aboutissant en théorie sur le Bosphore et qui doit contourner par Venise ou Munich la chaîne montagneuse mais il n'existe plus non plus, vaincu par les TGV diurnes. Il est de plus en plus difficile de voyager de nuit et les trains mythiques se font rares ce qui est regrettable.

Mais revenons à l'Arlberg express dont voici l'itinéraire qui était gracieusement distribué par la SNCF avec celui de l'orient-express et d'autres trains directs alors que les changements sont obligatoires actuellement (voir l'horaire détaillé autrichien au bas du billet)

trois trains directs Paris-Vienne trois trains directs Paris-Vienne

1.500 kms séparent Vienne de Paris et l'Arlberg express s’arrêtait dans 32 gares, ce qui fait un arrêt tous les 50 kms environ. Partant à 22hrs50 de la gare de l'est, les wagons de seconde en places assises étaient bruyamment pris d'assaut par les militaires rentrant de permission, alors que les voyageurs pour la Suisse ou l'Autriche se répartissaient entre les voitures couchettes et les wagons-lits bleus légendaires au mobilier en formica imitation acajou. S'ébranlant laborieusement, le convoi s'étirait telle une longue chenille et se frayait un chemin dans le dédale des rails qui se rétrécissait pour se limiter aux deux voies du trajet en campagne. Le train une fois lancé, il n'était pas rare de l'entendre “chanter” , un effet du vent dans les soufflets entre les wagons, et le tac-tac des raccords de rails berçait le sommeil des voyageurs.

La douane avec son agitation à Bâle en réveillait plus d'un, il y eut même une mini-alerte à la bombe lorsque des fonctionnaires suspicieux découvrirent une bourriche d’huîtres au frais entre deux wagons, probablement cet incident figure-t-il encore dans les archives de la main courante du poste mais la recherche en serait trop laborieuse. Les gares suisses se succédaient ensuite, toutes plus désertes l'une que l'autre, avant que le convoi ne parvienne enfin en Autriche le matin.

En hiver c'était alors le branle-bas de combat des skieurs dont les spatules venaient choquer les parois des compartiments. Le jour dévoilait un spectacle à couper le souffle avec les cimes enneigées luisant dans le soleil du petit matin. L’ascension du col de l'Arlberg commençait une fois la gare de Feldkirch abandonnée. Tournant après tournant, le convoi s'étirait et gémissait sous l'effort, les deux puissantes locomotives-crocodile effectuant leur dur labeur. La neige se faisait de plus en plus dense et si l'on se trouvait dans les premières voitures on était enveloppé dans le tourbillon des volutes de poudreuse soulevées par la première locomotive. Certains voyageurs enviaient les automobilistes au fond de la vallée, pris de vertige par les panoramas impressionnants et imprévisibles qui se succédaient de plus en plus nombreux á l'approche du tunnel, ce gouffre noir après l'aveuglante clarté de la neige.

 Cet épisode interminable était angoissant pour les plus claustrophobes assourdis par le bruit d'enfer des bogies se répercutant contre les parois et une fois surmontée l'épreuve, le silence soudain à l'issue du boyau était surprenant et apaisant puis les plus nantis se dirigeaient vers le wagon-restaurant où tintaient les verres et vibraient les assiettes et les couverts argentés sur les nappes blanches pour y prendre un repas avant de descendre à Innsbruck ou dans les prestigieuses stations de Kitzbühel ou Zell am See. A moitié vide, le train se présentait en gare de Salzbourg où il était pris d'assaut par les habitués du trajet final, persuadant par les tonalités rugueuses de leur dialecte les rares Français encore à bord qu'ils se trouvaient bel et bien dans un autre pays.

Avec quatre heures de retard sur son concurrent allemand l'Orient-express déjà reparti vers Budapest et Bucarest, l'Arlberg express était enfin annoncé en soirée au Westbahnhof de Vienne, son terminus. Du convoi de départ français seules quelques voitures-couchettes et lit subsistaient avec la plaque amovible Paris est – Wien westbhf via Basel-Buchs-Innsbruck qu'un employé des chemins de fer autrichien retournait pour le trajet de retour.

 

 

à propos de l'Orient express un rappel historique: http://www.trains-en-voyage.com/dossiers/ceh/orient-express.htm 

à propos de l'Arlberg:

 https://en.wikipedia.org/wiki/Arlberg_railway

https://en.wikipedia.org/wiki/Arlberg_Railway_Tunnel

https://en.wikipedia.org/wiki/Arlberg

une vidéo impressionnante de train dans la neige au Canada: http://www.lemonde.fr/ameriques/video/2015/02/05/canada-un-train-projette-des-tonnes-de-neige-sur-son-passage_4570773_3222.html

pour les nostalgiques des vieux trains, un rassemblement á l'Arlberg de vieux convois pour un film: https://www.youtube.com/watch?v=dbnKguj5cic

pour la défense des trains de nuit: https://www.facebook.com/ouiautraindenuit/

et la fameuse locomotive articulée: https://de.wikipedia.org/wiki/Krokodil_(Lokomotive)#/media/File:1020_007-9_-_1992-09-10_-_Patsch.jpg

 

En complément l'horaire détaillé de l'Arlberg express:

Arlberg express Arlberg express

 

 

 

Arlberg express suite Arlberg express suite

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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