Je me souviens des clowns

 Je me souviens des clowns, de la lumière et de l’odeur de la piste, des chevaux qui tournaient, des claquements de fouets, des trapèzes scintillants sous le feu des projecteurs. Je me souviens de l’otarie luisante qui portait un ballon sur son nez et savait battre des mains avec ses nageoires. Je me souviens des jongleurs, des funambules, des écuyères. J’aurais voulu être jongleuse, funambule, écuyère.


Giani Esposito Le Clown
envoyé par fgomez54. - Clip, interview et concert. Les Clowns © Giani Esposito

 

Je me souviens des clowns, de la lumière et de l’odeur de la piste, des chevaux qui tournaient, des claquements de fouets, des trapèzes scintillants sous le feu des projecteurs. Je me souviens de l’otarie luisante qui portait un ballon sur son nez et savait battre des mains avec ses nageoires. Je me souviens des jongleurs, des funambules, des écuyères. J’aurais voulu être jongleuse, funambule, écuyère. Je me souviens de ce sentiment de crainte et d’émerveillement mêlés et du cœur qui battait. Je me souviens du chapiteau et des bancs, simples planches laissant apparaître le terrain vague en dessous, et de la peur de tomber. Je me souviens de l’acrobate filiforme, en maillot doré ou argenté, qui tournait et retournait, sautait, plongeait et nous faisait retenir notre souffle. C’était à elle surtout que j’aurais voulu ressembler. Je me souviens des pyramides humaines où le plus petit escaladait les épaules de ses frères, oncles, cousins, et se juchait tout là-haut sous les cintres, avant d’en redescendre presque d’une pirouette comme si de rien n’était. Lui aussi, je l’enviais. Sa souplesse. Sa légèreté. Et ce sentiment indestructible de solidarité. Je me souviens de l’odeur de fauves et de barbe-à-papa mêlés, un parfum âcre et sucré qui piquait les narines et semblait l’odeur même de la vie. Ou peut-être du paradis.

 

Je me souviens aussi des clowns, bien sûr. De l’auguste et du clown blanc qui m’ont toujours paru être les deux faces d’une même personne. Comme deux moitiés. La moitié gaie, au grand sourire peint en rouge et aux hardes bariolées et la moitié triste, au chapeau conique et à l’unique sourcil tracé en zigzag noir sur le blanc gras. Je ne sais pas pourquoi, ce n’a jamais été mon numéro préféré. Plutôt que me faire rire, ils m’intimidaient, je me sentais parfois un peu mal à l’aise, comme gênée. Peut-être n’arrivais-je pas à croire à leur hilarité. Peut-être avais-je l’impression qu’ils ne faisaient que semblant d’être gais. Mais c’était les clowns. Et en tant qu’enfants, on se faisait un devoir de les accueillir par de grands cris de joie et de les applaudir à tout rompre pour les remercier. Combien étions nous, parmi ces enfants, à nous demander à quoi ils pouvaient bien ressembler, quand une fois rentrés dans leur loge, ils se démaquillaient ? Pourtant les clowns étaient à la mode : on en vendait partout en figurines, en poupées, ou en portraits déprimants et systématiques, à la Bernard Buffet. Des kilomètres de croûtes représentant des clowns se vendaient sur les quais. Et dès qu’un spectacle, une émission ou une fête pour enfants se montait, ce n’était jamais des jongleurs ou des funambules, mais bien toujours des clowns qu’on invitait. Le clown blanc en chapeau pointu et l’auguste aux souliers trop grands. Nos amis les clowns. Qu’on applaudit bien fort !

 

Plus tard, beaucoup plus tard, j’ai entendu cette chanson de Gianni Esposito qui m’a fait retrouver exactement la tristesse que je ressentais, enfant, à les regarder. Et puis, Gianni Esposito lui-même (mort en 1974 à 44 ans) a disparu dans les méandres de l’oubli. Je suis retombée sur cette chanson, tout récemment et un peu par hasard et depuis ne cesse de la fredonner. D'une petite voix comme il n'en avait jamais eue. D'une petite voix comme il n'en avait jamais eue…

J’avais juste envie de la partager….

 

S'accompagnant d'un doigt

ou quelques doigts

le clown se meurt

S'accompagnant d'un doigt

ou quelques doigts

le clown se meurt

sur un petit violon

et pour quelques spectateurs

sur un petit violon

et pour quelques spectateurs

 

Ma chè n'ha fatto de male

sta povera creatura

ma chb c'iavete da ridere

et portaije iettatura !

 

D'une petite voix comme

il n'en avait jamais eue

D'une petite voix comme

il n'en avait jamais eue

il parle de l'amour

de la joie, sans étre cru

 

Se voi non comprendete

si vous ne comprenez pas

Se voi non comprendete

si vous ne comprenez pas

almeno non ridete

au moins ne riez pas !

almeno non ridete

au moins ne riez pas !

 

Ouvrez donc les lumières

puisque le clown est mort

Ouvrez donc les lumières

puisque le clown est mort

et vous applaudissez

admirez son effort

et vous applaudissez

admirez son effort.

 

Pour en savoir plus sur Giani Esposito, voir

 


 

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.