L'Automne de Prague.

Ce que c'est que l'obéissance...

Quand l'Armée rouge de l'Union soviétique, accompagnée par des militaires de cinq autres « Pays de l'Est », a mis fin au Printemps de Prague, les Tchèques et Slovaques ont accepté de ne pas se battre avec les armes.

La consigne était d'expliquer aux soldats russes qu'ils ont été trompés par la propagande soviétique et, qu'en réalité, ils n'avaient rien à faire en Tchécoslovaquie. Ils croyaient d'être venus défendre le socialisme contre les envahisseurs allemands!... Comme tous les jeunes étaient obligés d'apprendre le russe, les débats étaient nourris. Ces pauvres militaires s'attendaient à être accueillis en libérateurs et nos polémiques les ont pétrifiés. Ils n'ont pas tiré, pas trop. Pendant toute l'occupation il y a eu environ 400 morts. J'aurais pu en faire parti quand mon meilleur ami, exaspéré par l'impossibilité de s'expliquer, a peint sur un char la crois gammée. Heureusement, le commandant a détourné la kalachnikov du soldat qui a voulu abattre mon ami et quelques voisins. Les kalachnikov tirent en éventail...

Plus que de la parole, les Slovaques et Tchèques se sont servis de leur proverbial « humour de pendu ». Les mures de Prague et d'autres villes ont été recouverts de dessins ridiculisant l'occupant. Je me souviens de l'affiche du Cirque de Moscou qui, en ce moment, était en tournée en Tchécoslovaquie. Elle a été enrichie par des images de dirigeants soviétiques.

Quand les soldats russes sont entrés dans le bâtiment de la télévision de Bratislava, un collègue qui faisait son service militaire et était en faction à la réception, leur a demandé la « boumazhka » (le « papier »), c'est-à-dire l'ordre officiel de l'occupation. Les soldats sont allés le chercher ! Quand ils sont revenus deux heures plus tard, les équipements ont été déménagés et la télévision a pu continuer à émettre pendant plusieurs jours d'un autre lieu.

A Prague, au Château de Hradcany, résidence du Président de la république, l'occupant a été accueilli par le Président Svoboda lui-même – en uniforme de général de l'Armée rouge! Il a gagné ce grade et de nombreuses médailles en Russie lors de la 2e guerre mondiale. Le Président a ordonné aux soldats de faire marche arrière et ils sont repartis. Svoboda était leur supérieur...

Pour rendre la tâche de l'envahisseur plus difficile, nous détournions les indicateurs routiers et déplacions les plaques de rue. Ainsi, une unité polonaise s'est-elle retrouvée – en Pologne.

Ce jeu (sic!) de chat et de souris a duré une semaine, jusqu'au retour de Dubcek. Pour mémoire: la nuit de l’occupation Dubcek, alors premier secrétaire du Parti communiste tchécoslovaque, et trois ministres ont été enlevés et transportés dans la soute d'un avion militaire quelque part en URSS où ils se sont crus condamnés à mort. Finalement, on a dû les ramener à Prague pour s'en servir à « normaliser » la situation.

Ensuite il n'y avait plus grand-chose à faire. L'Occident n'a pas levé le petit doigt pour défendre la Tchécoslovaquie qui n'avait pas les moyens de s'opposer seule à l'Union soviétique et ses cinq alliés. Pour retrouver l'indépendance, elle a dû attendre la chute du Mur de Berlin, en novembre 1989.

  1. Des années plus tard, Oleg Kalugin, ancien général du KGB qui, en 1968, était officiellement l'attaché de presse de l'Ambassade de l'URSS aux USA, a publié un article confirmant que certains dirigeants soviétiques envisageaient de poursuivre l'occupation de la Tchécoslovaquie plus à l'Ouest. C'est sans doute aussi pour cela que la propagande préparait les soldats russes à se battre contre les Allemands. http://cestpassecretcestdisret.blogspot.com/2015/02/on-trouve-des-caches-darmes-de-la-cia.html

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