Je me souviens de la maison de Claudine

Je me souviens de notre rendez-vous dans sa maison à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Que dire de l’émotion qui m’a submergé lors de ces retrouvailles tant attendues.

arriver-chez-colette
Je me souviens de notre rendez-vous dans sa maison à Saint-Sauveur-en-Puisaye. Que dire de l’émotion qui m’a submergé lors de ces retrouvailles tant attendues. Les frissons avant-coureurs de la fièvre qui s’emparait toujours de moi lors de nos rencontres furtives m’assaillaient à nouveau. Je pensais pourtant avoir vaincu ces  appréhensions de jeunesse quand par pudeur et affection pour elle, l’idée de surprendre des secrets de Claudine dans l’interstice des choses me répugnait.

                            

En attendant l’heure d’entrer chez elle, j’eus tout le loisir de faire un tour au musée qui lui est consacré près de la tour Sarrasine, un édifice qui se donne de vagues allures de pigeonnier moyen-oriental. Le tour des salles emplies des choses mêmes minuscules de sa vie permet de survoler le versant nord des toits de Saint-Sauveur. J’y distinguais bien le tracé des rues parcourues par Colette. Plan qu’elle n’a sans doute jamais eu l’opportunité de découvrir comme moi.

 

Ce lieu émouvant est habité d’employés amoureux comme moi de Colette et arc-boutés à l’idée « qu’un âpre présent ne saurait faner l’avenir ». Ce monde de mémoire donne une juste idée de ce qui est « essentiel ». La rencontre me fut lumineuse et l’enchantement au rendez-vous. 

 

Depuis, je peux me redonner à volonté le film entier de nos retrouvailles, Colette et moi.

« En m’approchant de la maison dans la petite rue en pente, je me sens dans un paysage familier. L’imposant perron de l’entrée fait face à un modeste jardin de l’autre côté de la rue. La fenêtre de la chambre de Colette en domine la végétation qui prospère à l’abri des murs d’un jardin de curé. Mussée sur le porche flanqué de sa porte cochère, le réduit  est ce refuge qui devait faire office d’alvéole à élever des chrysalides à rêves de Colette.

Dormir avec Claudine Dormir avec Claudine

Dans les pièces successives, je me laisse emporter par sa plume ardente. Fasciné d’être si proche du mobilier qu’elle a tant frôlé, je contemple le tabouret de pieds, sorte de minuscule banc qu’on jurerait de poupée, et sur lequel elle s’asseyait quand elle observait son père officiant dans son bureau du premier étage. La décoration est très bourgeoise, dont les tapisseries à l’ancienne qui contemplent les menus objets ayant appartenu à la famille et récupérés au gré du temps dans des salles de vente.

 Les mains d’une visiteuse sont posées comme par inadvertance sur les motifs en fer forgé du lit de la chambre de Juliette,  je brûle d’envie de goûter le même contact.

Dehors, les jardins bas et haut de l’arrière de la maison sont eux aussi à la hauteur de mes lectures. Les pierres de feu de celui du bas étaient destinées à accumuler la chaleur et favoriser la culture de plantes méditerranéennes qu’en bon Toulonnais, le capitaine Colette souhaitait consommer : abricots, piments, aubergines. La vieille glycine bicentenaire a caressé Colette de ses grappes de fleurs odoriférantes.

 Dans ces lieux qui se donnaient des airs de « ferme en ville », une serre a remplacé le poulailler de Sido dans la cour. Il n’est pas aisé de s’imaginer plusieurs faisans dans un espace si réduit. Des correspondances s’entremêlent dans mes souvenirs littéraires. Elles sont autant tissés par l’araignée de Varetz qu’éclaboussées par les humeurs du cafard écrasé  de George Sand : miscellanées.

 

sido-ou-la-memoire-essentielle

 Il n’est pas concevable d’imaginer ces heures tendres avec Colette sans pousser jusqu’à la Mairie de  Saint-Sauveur. Elle jouxte l’école de « Claudine » où la salle de classe se donne sans fard dans son atmosphère préservée. Je peux, pour m’y rendre, emprunter la rue des Gros Bonnets. Elle déploie un savoir faire tout en rouerie pour raconter ses trajets d’écolière. La silhouette espiègle de Claudine me suit ou me précède selon son humeur capricieuse.  Je m’abandonne à ses surprises avec délectation. »

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.