Martine C.
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Je me souviens....

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Billet de blog 31 mars 2015

J'avais été emmerdée dans la rue

Martine C.
Charmeuse de serpents
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Pour prolonger - et en écho - le billet de A. sur l'édition Rédaction lycéenne.

http://blogs.mediapart.fr/edition/lyceennes-lyceens/article/300315/jai-ete-emmerdee-dans-la-rue

Je me souviens moi aussi. C'était dans les années 73/77. J'avais dans les 20/23 ans et étudiais à la Faculté des Lettres d'Aix en Provence. J'y suis restée 5 ans et ai été emmerdée deux fois.

FOIS 1 - En plein 13 h et soleil printanier, je déambule non loin du campus, sur un trottoir bordant le parc Jourdan. Quand soudain une main tout d'abord invisible empoigne mon sein (je ne sais plus lequel des trois...) .

La toute jeune femme que je suis, nourrie à la mamelle féministe des seventies (je fais partie d'un collectif en faveur de l'IVG libre et gratuite) lève, spontanément et avant même de l'avoir considéré, le bras pour balancer une tarte sans pardon à l'agresseur. 

Mais les yeux vont plus vite que le bras gauche...

Voilà que je dois incliner la regard pour faire face à mon "agresseur". Se tient alors debout devant moi un mouflet blondinet d'une douzaine d'années. Il a, d'après un souvenir recomposé, la tronche du petit Groseille dans La vie est un long fleuve... Il semble apeuré et tout rougissant devant l'audace de son geste, mais n'en soutient pas moins mon regard, non sans une certaine autorité revendicatrice.

Aussitôt mon membre supérieur gauche de gauchiste gauchère, interloqué, freine, puis stoppe net son élan ravageur et sûr de soi. L'élan cède face à la surprise : je suis comme face à un feu rouge.

 Je chope alors le gamin par l'épaule, le regardant droit dans les yeux :

 - Ce que tu me fais là est totalement innaceptable et c'est à moi que tu le fais ? Tu en as de la chance !... D'être tombé sur moi.

Si tu veux plaire aux filles, je vais te dire : tu t'y prends mal, là. Si tu veux vraiment leur plaire (et c'est ça le plus passionant dans la vie), tu réussiras avec elles, y'a pas de raison !... Mais ne les touche jamais plus comme ça, et surtout jamais sans leur accord. Car ça ne marche pas comme ça et ne marchera jamais. Avant qu'elles ne te laissent les toucher, tu dois leur plaire, c'est à dire les respecter. Allez file ! Et... bonne chance petit !

FOIS 2 - Là c'est bien plus inquiétant. Il est plus d'une heure 30 du matin et je dois traverser, seule, tout le centre ville à pied pour gagner ma campagne. Je rentre d'une soirée chez des copains habitant la rue Mignet (de l'autre côté) et je dois rentrer dans ma modeste chambre de cité U près des facs.

Peu avant le fameux parc Joudan, au sortir de l'hyper centre ancien, voila qu'une escorte inquiétante se joint à mon pas : trois jeunes types costauds désirent ma compagnie : mademoiselle ceci, mademoiselle cela... le baratin habituel pour tenter de tirer son coup !  Deux d'un côté, un de l'autre. Je balise.

Il me reste alors entre 800 m et 1 km à parcourir. C'est long, très long.

Je m'en souviens.

Je me souviens de mon premier réflexe, par nature pas calculé : parler !

Parler et leur parler. Les noyer dans un flot de parole. Ne pas montrer ma peur. Et, curieusement, cette peur, à mesure de nos pas, s'estompe par la grâce des palabres, de palabres inconsistantes mais incessantes. 

J'ai oublié la teneur de nos échanges - volontairement banals - et ce que moi-même j'avais pu dire ce soir là. Sauf du finale... Pas oublié :

- Eux : On veut monter avec vous dans votre chambre !

- Moi : Vous voyez, là : on est devant l'entrée de mon immeuble et il y a un gardien (époque bénie, il y avait - oui - des veilleurs de nuit dans les cité U en tout cas dans celles des filles !).  Je n'ai qu'à le sonner pour qu'il vienne. Et maintenant, rentrez chez vous. Bonsoir.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Les importuns, tels des marionnettes, tournèrent les talons derechef, vaincus par le si précieux bla bla bla.

Morale des deux historiettes : parler, parler, parler. Parler pour ne pas laisser place aux fantasmes qui font monter la mayonnaise jusqu'à mal tourner. Toujour tenir l'adversaire-agresseur comme un semblable, un proche... On n'a jamais trouvé mieux pour désamorcer l'agression et l'escalade.

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