Accompagnement sexuel : un virage culturel et sociétal

Société et sexualité « dérangeante »Accompagnement sexuel ! Vous avez dit « accompagnement sexuel » ?!? Késako ? C'est pour qui et pourquoi ?On en parle de plus en plus, de l'accompagnement sexuel, il suffit de taper « assistance ou accompagnement sexuel » dans un moteur de recherche et des dizaines de pages sur ce thème surgissent, plusieurs colloques sur le sujet sont déjà programmés pour l'année prochaine, les radios, les journaux et les télés se sont emparés du sujet depuis deux ans (un reportage est prévu pour le vingt heures de France 2 et un documentaire de Jean-Michel Carré, « Amour, sexe et handicap », sera diffusé en février, également sur France 2, en deuxième partie de soirée…), un projet de loi est en préparation et une association, CHoSe, émanant du Collectif Handicaps et Sexualités [CHS], va voir le jour le 5 janvier 2011, à Paris.On en parle et, comme pour les sujets controversés, les contrevérités, les mensonges, les affirmations approximatives ou fausses et une mauvaise foi certaine se répandent. On dit, on prétend et on insinue tout et n'importe quoi.Car l'hydre est brandie, c'est-à-dire la prostitution et la peur que l'accompagnement sexuel ouvre la porte à la légalisation du proxénétisme. Et l'amalgame entre accompagnement sexuel et prostitution n'est pas prêt de s'éteindre.Nous nous retrouvons comme en 1975, lorsque la loi Veil, autorisant l'avortement sous certaines conditions, a été votée, les anti (jusqu'à l'intégrisme parfois) s'insurgent et s'opposent de toutes leurs forces à la mise en œuvre de cet accompagnement très spécifique.

Que l'on y soit opposé ne pose aucun problème et est même compréhensible. Mais que l'on réfute ainsi la légitimité de la légalisation de l'accompagnement sexuel en France, simplement au nom de convictions ou de principes moraux et/ou religieux, confine à de l'intolérance et au déni de droit. Car cette alternative spécifique a pour objectif de reconnaître et d'encadrer un droit et d'offrir un choix, non d'imposer quoi que ce soit à qui que ce soit. Et il ne tend surtout pas à légaliser la prostitution en France.

Le texte de l'OMS [Organisation mondiale de la santé] relatif à la santé sexuelle et aux droits sexuels (2002) stipule au sujet de la santé sexuelle : « La santé sexuelle est un état de bien-être physique, émotionnel, mental et sociétal relié à la sexualité. Elle ne saurait être réduite à l'absence de maladies, de dysfonctions ou d'infirmités. La santé sexuelle exige une approche positive et respectueuse de la sexualité et des relations sexuelles. Ainsi que la possibilité d'avoir des expériences plaisantes et sécuritaires, sans coercition, discrimination et violence. Pour réaliser la santé sexuelle et la maintenir, il faut protéger les droits sexuels de chacun. » Et à propos des droits sexuels : « Les droits sexuels s'inscrivent dans les droits humains déjà reconnus par les législations nationales, les instruments internationaux relatifs aux droits humains et autres textes bénéficiant d'un large consensus. Ils incluent, entre autres droits accordés à toute personne, sans aucune contrainte, discrimination, violence :
  • le droit de jouir du meilleur état de santé sexuel possible grâce notamment à l'accès à des services médicaux spécialisés en matière de santé sexuelle et de reproduction ;
  • […] ;
  • le droit au respect de son intégrité physique ;
  • le droit au choix de son partenaire ;
  • le droit de décider d'avoir une vie sexuelle ou non ;
  • le droit à des relations sexuelles consensuelles ;
  • […] ;
  • le droit d'avoir une vie sexuelle satisfaisante, agréable et sans risque.
L'exercice responsable des droits humains exige de chacun qu'il respecte les droits des autres. »

On ne peut mieux dire.

 

Autres textes importants :
  • Convention Européenne des Droits des Personnes Handicapées (mars 2007)
  • la Convention internationale relative aux droits des personnes handicapées (ONU, décembre 2006) qui dit dans l'article 25 : « Les états parties fournissent aux personnes handicapées des services de santé gratuits ou d'un coût abordable y compris des services de santé sexuelle et génésique et des services de santé publique communautaires. »
  • Loi du 11 février 2005 instituant le droit à compensation
  • Loi Droits des malades (4 mars 2002)
  • Loi du 2 janvier 2002
  • Circulaire Reconnaissance du Droit à la Sexualité (10 décembre 1996)
  • Loi du 30 juin 1975, dite « Loi d'orientation en faveur des personnes handicapées »
Tous ces textes se complètent et militent pour une citoyenneté autonome et libre des personnes en situation de handicap. Petit historiqueL'accompagnement à la vie affective et sexuelle est apparu aux Pays-Bas en 1980, depuis il a essaimé au Danemark, en Allemagne et en Suisse, c'est-à-dire des pays qui sont règlementaristes en matière de prostitution, de culture protestante et germanique − au Canada, bien que la prostitution soit légale, il n'y a pas d'accompagnement sexuel, les personnes « handicapées » doivent s'adresser aux prostitué(e)s pour satisfaire leurs besoins −, et en Israël c'est le corps médical qui a recours à des assistant(e)s sexuel(les) dans le cadre de certaines sexothérapies.Mais la perception de la personne « handicapée » comme sujet − de droit, de sa parole, de ses actes, mais aussi sujet de désir −, est très récente. En Occident, elle n'apparaît qu'avec les mouvements des Droits de l'Homme dans les années 60/70, et aux États-Unis en premier lieu.En France, un véritable engagement en faveur de l'accompagnement sexuel a émergé après le colloque « Dépendance physique : intimité et sexualité » qui s'est déroulé les 26 et 27 avril 2007, au Parlement européen à Strasbourg. Suite à ce colloque est né le Collectif Handicaps et Sexualités [CHS]. Et, grâce au travail de ce collectif interassociatif, un texte est actuellement à l'étude à l'Assemblée Nationale, sous la direction de Jean-François Chossy (UMP), qui souhaite proposer une exception à la loi sur le proxénétisme et le racolage, protégeant ainsi les personnes amenées à être les intermédiaires entre l'assistant(e) sexuel(le) et les personnes « handicapées ». Qui, à qui, quoi, commentL'accompagnement sexuel est assuré par des hommes et des femmes, quelle que soit leur orientation sexuelle, pratiquant la prostitution ou exerçant dans les milieux paramédicaux, sociaux et médico-sociaux. Ces derniers sont souvent en couple et occupent un emploi a minima à mi-temps. Ils sont tous obligatoirement formés au préalable et passent par une sélection très drastique : environ 90 % des candidatures ont été écartées lors de la formation qui a eu lieu en Suisse romande en 2008/2009. Cette formation a coûté aux candidats environ 2500 €, sans compter les frais (déplacement, hébergement, nourriture).L'accompagnement sexuel est destiné aux personnes « handicapées » ne pouvant pas accéder à une sexualité du fait de leur « déficience ». Il a pour but, dans le cas d'une maladie ou d'un handicap mental, d'aider la personne à se reconnecter à sa corporalité et, entre autres parfois, de lui apprendre à se masturber. Ce qui a pour effet de faire baisser ou disparaître la violence que l'on rencontre fréquemment chez cette population, notamment chez les personnes manifestant des troubles du comportement. Quant aux personnes « handicapées » physiques, particulièrement les personnes coupées entièrement de leur corporalité et de leur charnalité (personnes tétraplégiques, plurihandicapées, etc.), une assistance érotique et/ou sexuelle leur permet de se réapproprier leur corps, de s'incarner ou de se réincarner (car beaucoup, particulièrement en institution, à force de maltraitance passive sont désincarnées, désubtancialisées), de prendre pleinement conscience de leur être et de leur valeur (un très grand nombre sont des objets de soins et non des sujets, et ne se vivent donc que comme des handicapés). L'accompagnement sexuel est un éveil et une découverte de la sensualité par le toucher, les caresses et le contact peau à peau, avec ou sans expérience de la sexualité, avec ou sans génitalité. C'est une quête d'humanisation, par le biais du corps, celui de la personne accompagnée et celui de l'assistant(e). Cette prestation spécifique peut comporter des massages de bien-être et des caresses érotiques, dans une écoute et une attention permanentes à l'autre, une empathie réciproque, et peut aller jusqu'à la pénétration (certain(e)s assistant(e)s ne s'engageant pas au-delà de la masturbation pour des raisons personnelles). Et si, aux Pays-Bas et en Suisse, on la considère comme de la prostitution spécialisée (cf. Catherine Agthe, présidente de l'Association SExualités et Handicaps Pluriels [ASEHP]), elle ne peut cependant pas être comparée à de la prostitution du fait des connaissances, des capacités et des compétences particulières qui sont nécessaires pour pratiquer ce type d'accompagnement. Une séance d'une heure/une heure et demie revient à environ 120 € (150 CHF) − dans une note très favorable au CNCPH [Conseil National Consultatif des Personnes Handicapées], datant de décembre 2010, le groupe de travail « Vie affective et sexualité » préconise 100 € −, quelle que soit la prestation proposée. De plus, si l'acte est rémunéré (tout travail mérite salaire), il n'est pas et ne pourra pas être lucratif dans la mesure où chaque assistant(e) assure environ quatre à cinq prestations par mois (il leur est d'ailleurs demandé d'avoir une profession au moins à mi-temps pour que leur candidature soit acceptée).

L'assistance sexuelle n'est pas assurée uniquement par des femmes − dans la formation Suisse romande de 2008/2009, il y avait six hommes et quatre femmes (dont une prostituée), neuf vivant en couple, deux ayant un handicap (un homme amputé d'un pied et une femme malvoyante) et ils avaient entre 35 et 55 ans. Plusieurs ne proposent pas de rapport complet (jusqu'à la pénétration).

L'assistance sexuelle n'est donc pas exclusivement réservée aux hommes en situation de handicap. Même si elles sont encore minoritaires, pour des raisons culturelles et sociales, des femmes sont également concernées (il suffit de lire Handicap et sexualité : le livre blanc, paru chez Dunod en 2008, pour s'en convaincre). Les femmes « handicapées » ont autant de besoins et d'envies que les hommes mais elles les expriment, pour l'instant, moins souvent et surtout moins ouvertement que ces derniers. De plus, les femmes « handicapées » sont plus fréquemment victimes d'abus sexuels, allant de l'attouchement insidieux au viol, parfois dès l'enfance, d'où probablement une certaine crainte, et un besoin plus important d'être convaincues par le bien-fondé de l'accompagnement sexuel.

L'assistance sexuelle s'adresse aussi aux couples dont les deux partenaires ont un handicap les empêchant d'avoir une relation sexuelle de façon autonome, quelle que soit leur orientation sexuelle.

Enfin, l'assistance sexuelle se pratique sur la base du libre arbitre et du consentement mutuel, il n'y a aucune contrainte : plusieurs assistant(e)s sexuel(le)s ne vont pas jusqu'à la pénétration. L'accompagnant(e) et l'accompagné(e) sont totalement libres (si l'un ou l'autre n'accroche pas, la prestation ne se fait pas). Les arguments des opposantsÀ l'occasion du colloque « Handicap, affectivité, sexualité, dignité », organisé à l'Hôtel de Ville par la Mairie de Paris et l'association CQFD [Ceux Qui Font les Défis], l'association FDFA [Femmes pour le Dire, Femmes pour Agir] a diffusé une lettre ouverte qui reflète certaines positions des opposants à l'accompagnement sexuel en reprenant, pour l'essentiel, les arguments du Mouvement du Nid, dont voici l'essentiel :« Mais certaines associations de femmes handicapées, connues pour dénoncer les violences faites aux femmes, manquent à l’appel. Serait-ce que leur parole est trop dérangeante face à une entreprise dont l’objectif réel est de faire avancer, comme le prouve la seconde partie du programme, un projet porté depuis 2007 par M. Marcel Nuss, parrain de cette journée ? L’idée est en effet d’officialiser, au prix d’un « ajustement » des lois sur le proxénétisme, un droit à la prostitution doucereusement rebaptisé « services d’accompagnement sexuel » (ou « affectif » par une savante euphémisation des termes), sur le modèle néerlandais ou suisse.A cet égard, le choix des intervenants de l’après-midi est parlant. Parole aux « experts » ! notamment l’auteur du film « Nationale 7 », une directrice de sex-shop en ligne, des militants de « l’accompagnement sexuel » en Suisse. Est-il permis de questionner cet apport mercantile et orienté, et de regretter l’absence de contributions au plan éthique et philosophique ?Nous, femmes, handicapées ou non, sommes convaincues, comme les organisateurs du colloque, qu’il est temps de trouver des réponses aux désirs d’affectivité, d’intimité, de sexualité des personnes handicapées. Mais nous refusons la facilité qui conduirait à prétendre les trouver dans le domaine marchand. Nous appelons donc à l’ouverture, en la matière, d’un véritable dialogue. En attendant, nous tenons à affirmer notre opposition à un projet qui voudrait, en France, créer, sur l’exemple des pays qui ont prétendu faire de la prostitution un « métier » (Pays-Bas, Allemagne, Suisse), des « emplois » de nature sexuelle, emplois qui, il faut le rappeler, sont dans ces pays clairement répertoriés dans la même catégorie légale que la prostitution.Créer ces « services » serait officialiser les rapports sexuels tarifés, définition même de la prostitution qui, en cette année Grande Cause 2010, est pourtant clairement intégrée aux violences faites aux femmes.Ce serait en outre stigmatiser les personnes handicapées en créant une loi à part, une loi indigne. Ce serait occulter leurs vraies demandes, leur véritable aspiration à une vie citoyenne, à l’intimité, à la rencontre (y compris sexuelle), en organisant un service marchand qui serait la négation d’exigences fondamentales : réciprocité du désir, respect de l’autre. Ce serait consacrer la prostitution, désormais assortie de formations, au titre de « service à la personne ». La sexualité n’est ni un métier, ni une marchandise, ni un service para médical, ni un droit. S’il existe « un droit à la sexualité », il ne peut qu’être universel et ne saurait être réservé aux seules personnes handicapées. On n’achète pas le corps d’autrui. Cette exigence, votée dans des pays tels que la Suède (1999) et la Norvège (2008) – pays par ailleurs exemplaire en matière de politiques sur le handicap, est la seule voie responsable face à la marchandisation croissante de la sexualité, porteuse de conséquences destructrices pour les plus exclu-e-s et les plus vulnérables. Des femmes en immense majorité. »

 

En fait, nous retrouvons principalement les arguments de combat des adeptes du prohibitionnisme, la France étant depuis 1946 dans le camp des abolitionnistes (la prostitution est légale mais pas le proxénétisme depuis cette époque, ni le racolage depuis mars 2003). Le plus vieux métier du monde (apparu 5000 ans avant Jésus-Christ) suscite toujours des débats très antagonistes. Dans libération.fr d'août 2009, un représentant du Syndicat du TRAvail Sexuel [STRASS], Thierry Schaffausen, écrivait : « L'assistance sexuelle est cependant différente de la prostitution classique en ce qu'elle nécessite une formation spécialisée des travailleurs du sexe pour garantir des gestes de soins spécifiques. » Plus loin, il écrit : « La prostituée est ainsi décrite comme "oublieuse de soi, de sa propre sexualité, de ses propres désirs". Cette vision essentialiste et "putophobe" démontre le mépris que les abolitionnistes ont pour les travailleurs du sexe. […] Nous n'avons pas de leçons de féminisme à recevoir. »

 

Le débat est lancé malgré des positions qui semblent figées.Il ne s'agit évidemment pas de nier ou de négliger, ni de ne pas s'insurger ou combattre les méfaits de la marchandisation des corps, les réseaux de traite et de prostitution de femmes et d'enfants. Mais il ne s'agit pas non plus d'obérer le fait qu'il y ait des prostitué(e)s volontaires et libres. Une démocratie doit protéger, et encadrer si nécessaire, mais non interdire ce qui relève du droit particulier, de la liberté individuelle. Il ne s'agit pas de nécessairement comprendre tel ou tel comportement, tel ou tel choix, mais de le respecter et de le tolérer. Le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-Moon, lui-même, s'est prononcé pour une décriminalisation du travail sexuel et le dernier rapport de l'ONUSIDA (Unaids en anglais) a recommandé de ne pas suivre la voie répressive de la Suède et des États-Unis, en matière de prostitution − les travailleurs du sexe suédois continuent à exercer au Danemark, par exemple, preuve qu'interdire ne fait que déplacer le problème. Il ne faut pas oublier que les méfaits du système abolitionniste qui, en fermant les maisons closes, a davantage précarisé la prostitution et ouvert la porte à la marchandisation, à l'esclavage et à l'exploitation des femmes qui sont désormais obligées d'exercer (tout comme les hommes et les personnes transsexuelles) dans les rues et dans des conditions plus dangereuses, d'après moi.Contrairement à ce que prétendent les détracteurs de l'accompagnement sexuel, il n'y a pas exploitation et réification de la femme. Car on s'engage dans l'assistance sexuelle uniquement par choix et par conviction. Cet engagement relève d'ailleurs plus d'un don (de soi) et d'une quête personnelle que d'un métier. Sinon comment expliquer que des hommes et des femmes épanouis et responsables s'engagent dans un service à la personne aussi exigeant et délicat que l'accompagnement sexuel ? Cependant, un des arguments des opposants à l'accompagnement sexuel est de dire qu'ils pourraient l'accepter « si c'était bénévole » ! Disant cela, sont-ils conscients de l'incohérence de leur affirmation ? En effet, comment peut-on s'indigner de l'exploitation et de la chosification des femmes et, dans le même temps, estimer que le même acte fait « gratuitement » serait acceptable ? En somme, si la prestation est proposée bénévolement, la femme est une Sainte. Par contre, si elle est rémunérée, la même femme est une pute ! Pourtant c'est bien la même personne, le même corps, la même prestation…Un autre argument des détracteurs de l'accompagnement sexuel est de déplorer l'absence de désir et d'arguer que « Ce serait en outre stigmatiser les personnes handicapées en créant une loi à part, une loi indigne. » Mais en quoi l'absence de désir (si tant est que ce soit systématiquement le cas) pose-t-elle un problème ? En quoi est-ce répréhensible ou nuisible pour la personne de se « contenter » d'une expérience physique, sensuelle, sexuelle et/ou génitale ? Ça dérange qui ? C'est quoi ce diktat psychologico-psychanalytique ? Et en quoi « une loi à part » serait-elle indigne et, par-dessus le marché, stigmatisante ? Lorsque, le 6 juin 2000, a été voté la Loi sur la parité hommes/femmes en politique, on n'a pas parlé de stigmatisation et d'indignité. Mais il est vrai que le projet de loi actuellement en préparation ouvrira la voie à un choix et à une liberté qui dérangent certains esprits plus soucieux de morale que de tolérance.Tout le monde est d'accord pour dire « qu'il est temps de trouver des réponses aux désirs d’affectivité, d’intimité, de sexualité des personnes handicapées. » Mais que proposent très concrètement les opposants à l'accompagnement sexuel en dehors de la sublimation et du renoncement, de massages soft, de beaucoup de sollicitudes, d'attention et d'écoute (tous ceux et toutes celles que j'ai rencontrés sont en capacité de se toucher, caresser et masturber !...) ? Que proposent-ils à ces mères qui masturbent leur enfant en désespoir de cause, à ces personnes « handicapées » qui économisent pour vivre au moins une fois dans leur vie l'expérience d'un accompagnement sexuel en Suisse, aux Pays-Bas ou en Belgique (où les maisons closes sont… tolérées) ?En outre, prétendre que la Suède et la Norvège sont des « pays par ailleurs exemplaires en matière de politiques sur le handicap », c'est aller vite en besogne. Aucun pays n'est exemplaire en matière de politique du handicap, certains semblent plus avancés dans certains domaines que d'autres − que je sache, l'accessibilité en Suède n'est pas réputée pour être exemplaire ; que je sache, les aidants ne se sentent pas reconnus en Suède ; que je sache, on est en train d'envisager, du fait de la crise, une baisse ou une limitation des aides accordées aux personnes en situation de handicap en Suède… Bras de fer culturelLe texte proposant une exception à la loi sera-t-il adopté par les parlementaires ? L'accompagnement sexuel va-t-il être reconnu et légalement encadré, dans les prochains mois en France ?Le droit d'avoir des relations sexuelles, une vie affective et intime accompagnée, protégée et encadrée de manière législative, va-t-il être entendu ? Va-t-il prendre le dessus sur les préjugés moraux, les interdits cultuels et certaines arrière-pensées politiciennes ?Si faire « une loi à part », ce n'est pas stigmatiser la personne « handicapée », refuser d'adopter cette loi, ce serait à coup sûr enfermer les personnes « handicapées » dans leurs stigmates, dans la fatalité de leur condition inégalitaire.

La reconnaissance de l'égalité des droits et des chances est à ce prix, me semble-t-il. Car, encore une fois, il ne s'agit pas d'imposer mais de permettre, d'élargir le champ de la liberté d'être. Et, par la même occasion, de changer les regards et les mentalités pleines de tabous et de préjugés à l'encontre des personnes en situation de handicap et, plus particulièrement, vis-à-vis de la sexualité.

N'est-ce pas la mission que François Fillon veut confier à Jean-François Chossy : proposer des actions concrètes pour changer le regard et les mentalités sur les personnes « handicapées » ?

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