VIOLENCE D'ÉTAT, UNE HISTOIRE QUI SE REJOUE ?

En réponse à une violence, un terrorisme qu'on voudrait nous interdire de comprendre, on met opportunément en place une violence d'Etat qui par le passé, chez nous et ailleurs a conduit au déni de la démocratie et à des exactions exécrables.

 

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  Dans un article documenté J.-B. de Montvalon (Le Monde daté des 17 et 18 janvier 2016) interrogeait : « que reste-t-il des valeurs de gauche au sommet de l’État ? Et dans l’opinion ? ». Au sommet de l’État, pas grand chose. Ce qui a été déjà largement décrit.

 Le journaliste du Monde note, ce qui est moins courant, que « cela fait longtemps que toutes les enquêtes d’opinions traduisent une emprise croissante, y compris parmi les sympathisants de gauche, de valeurs traditionnellement portées par la droite. En particulier l’ordre, l’autorité… ».

 Le tandem Valls-Hollande tente de suivre, ou de précéder, ces valeurs majoritaires dans les sondages. Brice Teinturier, le patron de l’institut de sondage Ipsos, constate, lui, que « les avis favorables à tout ce qui a trait à la répression sont en hausse. Y compris des mesures (non-envisagées) qui remettent en cause les libertés fondamentales ; jusqu’au rétablissement de la peine de mort ».

 « S’ajoute une « nostalgie » également croissante : l’attachement aux « traditions », l’idée que « c’était mieux avant » se portent bien et s’affichent davantage. « Ce sont plutôt la famille, le travail, la responsabilité et l’ordre qui sont plébiscités » résume le responsble d’Ipsos ». À cette description il ne manque que « la patrie ». Mais les petits drapeaux tricolores prônés par François Hollande indiquent qu’on y vient. « Travail, Famille, Patrie »,  c’est une réinscription du passé dans le présent, qui fait retour : la revichysation des esprits et du pays.

 Les pièges des mots.

 « Se mettent en place les instruments d’un État autoritaire » écrivait le directeur de l’Humanité Dimanche dans son éditorial du 14 janvier dernier. Mais qu’est-ce qu’un État autoritaire ? Pour l’historien israélien Zeev Sternhel, l’État de Vichy était un État fasciste. Faux. Pour le « pape » des historiens français, Jean-Pierre Azéma entre autres, l’État de Vichy n’était qu’un État autoritaire.

 Certes, il ne s’agissait que d’un régime s’étant mis au service du vainqueur nazi. Certes, Pétain n’était pas le Président de la République. Elle n’existait plus. Il n’était que le Chef d’un État… seulement autoritaire. Certes, la démocratie n’était que bannie, mais elle existait toujours… dans les dictionnaires. Il n’y avait pas de parti unique mais des Préfets, des juges, bref  tous les instruments d’État, qui en faisaient fonction. Mais l’État n’était qu’autoritaire. Certes, il y avait une milice, armée et sanguinaire, une Légion de volontaires, la LVF, qui combattait sur le front de l’est aux côtés des troupes allemandes. Mais l’État n’était qu’autoritaire. Certes, le régime de Vichy traquait les résistants, les arrêtait, les fusillait. Mais pour l’État autoritaire, il ne s’agissait que de « terroristes ». Et je ne vous parle pas des juifs, l’État autoritaire n’étant que complice.

Plus tard, s’agissant de l’Algérie, on ne parlait pas de « guerre » mais de « pacification ». De toute façon il ne s’agissait que d’« événements ». Les résistants algériens ne l’étaient pas vraiment. C’était des « terroristes ». Tout ça pour dire que, souvent, les mots utilisés par nos dirigeants, que ce soit ceux d’hier ou d’aujourd’hui, sont des pièges. Même quand ils semblent correspondre parfois à une réalité. Aujourd’hui, « terrorisme », « sécurité », « état de guerre »… dans la bouche de Hollande ou Valls sont des pièges. Pièges ayant pour objet d’interdire la compréhension et la réflexion. Cette dernière étant devenue une manière coupable d’excuser (Valls), et les terroristes, et l’état de guerre, et les prétextes constitutionnelles d’assurer la sécurité.

 Les pièges des mots ? Le nazisme en Allemagne pour conquérir le pouvoir avait choisi comme dénomination l’expression National-socialisme. Et dans l’opinion allemande, ça avait marché. Aujourd’hui, chez nous en France, le Front national n’est pas encore, il ne fera peut-être jamais cette bêtise, le Front national-socialiste. Mais au plan social, il emprunte beaucoup à la gauche de la gauche (c’est encore l’appellation que les médias donnent à cette dernière). Et dans l’opinion française, ça marche.

 Socialisme ? Dans les années 20, 30, 40 et 50, le mot avait le pouvoir de faire rêver des foules. Aujourd’hui, les foules ne rêvent plus à un destin collectif.

 Aujourd’hui la revichysation des esprits et celle du pays passe aussi, nécessairement, par la relativisation du rôle et des méfaits du régime de Pétain. Et déjà sa qualification d’autoritaire et non de fasciste en est une. La relativisation de la Collaboration, du rôle des collaborateurs en est une autre. Des tas d’historiens, des tas de livres ont traité du sujet. En général. Sans analyses sérieuses, ni en termes de classes sociales ni en termes de catégories intellectuelles ou professionnelles, là où pourtant la collaboration a proliféré.

 Un médiapartiste – Patrick Cahez – résume parfaitement la situation actuelle. Partant de la révision du Code du travail en cours, il écrit (c’était le 25 janvier dernier) :

 « L’intervention de Robert Badinter ne sert donc qu’à habiller ou cautionner une forfaiture supplémentaire du gouvernement, qui viole abondamment les engagements internationaux de la France en commençant par les traités protecteurs des droits de l’Homme (état d’urgence, suspension des liberté publiques, régression sociale (retraite, travail décent, droit du travail, sécurité au travail, médecine du travail,…), droit à la santé (déserts médicaux), réfugiés, action syndicale, justice, inégalités, fracture numérique, accès à l’instruction, accès à la culture, environnement sain (boues rouges dans les Calanques, Notre dame des Landes,…), etc. ».

 Et il ajoute :

 « L’accumulation des violations du droit fondamental depuis des années signale une tendance lourde. Cela interpelle sur la propension fascistoïde – inertie ou dérive – à renier les fondamentaux de l’État de droit pour s’abandonner à un État policier comme y travaillent mensongèrement les promoteurs – propagandistes – du “paradigme sécuritaire”. Le régime de Vichy a-t-il vraiment été un accident de l’histoire ? »

 En réponse à une violence, un « terrorisme » qu’« on » voudrait nous interdire de comprendre, « on » met opportunément en place une violence d’État qui par le passé, chez nous et ailleurs, a conduit au déni de la démocratie et a des exactions exécrables.

 Là sont bien les questions.

 

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