Billet de blog 27 oct. 2016

Quand Hollande confirme l'instrumentalisation de l'Etat d'urgence

Dans le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme " Un Président ne devrait pas dire ça", un passage confirme la ligne éditoriale de notre édition. A savoir la dérive sécuritaire d'un Etat de droit devenu autoritaire au nom de la lutte contre le terrorisme. De l'aveu même du président, l'état d'urgence à d'abord servi à sécuriser la COP 21.

serge_escale
Journaliste informatique Bloggueur social, économie, écologie -Lyon -
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La reprise en boucle par les médias des propos du gouvernement sur la nécessité de l'état d'urgence sème la confusion pour masquer les dérives de l'état d'urgence. Dans ces entretiens avec les journalistes du Monde, François Hollande a exprimé clairement l'instrumentalisation de l'état d'urgence  : les mesures exceptionnelles de sécurité durant la COP 21 ont permis d'interdire les manifestations des nombreuses ONG, syndicats, zad, associations diverses pour la mise en place de solutions contre le réchauffement climatique. Le Président affirme dans le livre « C’est vrai, l’état d’urgence a servi à sécuriser la COP 21, ce qu’on n’aurait pas pu faire autrement », avoue sans fard Hollande. Et il poursuit : « Imaginons quil ny ait pas eu les attentats, on naurait pas pu interpeller les zadistes pour les empêcher de venir manifester. Cela a été une facilité apportée par l’état durgence, pour dautres raisons que la lutte contre le terrorisme, pour éviter quil y ait des échauffourées. On lassume parce quil y a la COP. » En d’autres termes, disent Davet et Lhomme, ceux qui, à gauche principalement, ont estimé que l’état d’urgence avait été détourné de son objectif initial pour des motifs liés au maintien de l’ordre « traditionnel » n’avaient pas tout à fait tort". Oui mais nous sommes encore sous état d'urgence !

Durant les heures sombres de l'Etat pétainiste entre 1941 et 1944, une situation de chaos et de peur, a justifié les règlements de compte au profit des mouvements d'extrême-droite qui n'auraient pas été possibles dans les périodes pacifiées. Mon père militant anti-franquiste catalan avait fuit l'Espagne en mars 1939 pour éviter un procès arbitraire qui l'aurait condamné à mort. Il fut arrêté en 1942 par la police française et interné dans le camp de concentration de Septfonds dans le Tarn-et-Garonne puis au camp du Vernet dans l'Ariège, au motif fallacieux qu'il pouvait attenter à l'ordre et à la tranquillité publique, du fait de son passé militant. Une histoire familiale qui forge une sensibilité particulière aux dévoiements démocratiques.

Quelques jours après les attentats du 13 novembre 2015, tous les commerçants et restaurateurs d'origine maghrébine de mon quartier à Caluire-et-Cuire (69) ont fait l'objet d'importants contrôles policiers, administratifs et fiscaux. Une boucherie Hallal à été fermée durant 3 mois, pour des infractions à la fiscalité, reconnue par les gérants. Récemment, un co-propriétaire de ma résidence, m'a affirmé avoir prévenu la Police d’infractions réelles ou supposées à la réglementation sur l’hygiène et sur la fiscalité de ces commerçants. Une requête qui n'aurait pas eu un effet aussi rapide en période normale et qui frappe des immigrés de diverses générations. La vigilance et la contestation s'imposent face à une instrumentalisation de l'état d'urgence permanent qui reste pourtant un état d'exception, sujet à des dérives de la part d'un Etat qui l’érige en mesure incontestable d'affichage sécuritaire. La tentation est forte pour les gouvernements d'instrumentaliser la peur et favoriser le repli identitaire. Ce gouvernement n'y a pas échappé. En d'autres termes, faire appel avec une récurrence primaire à la désignation facile de boucs émissaires. Cet aveu de notre Président arrive au seuil d'une année de tous les dangers dans la course à plus d'extrémisme pour emporter la Présidentielle.

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