Le Guêpier, chapitre 2 : Du côté de chez Squirrel

Chapitre 2 de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

 

 

- 2 -

Du côté de chez Squirrel

 

Depuis la nuit des temps, « Votre argent m’intéresse1 » a été la devise éternelle de tous les aigrefins, émules d’Hermès2, en forme de programme d’action.

 

Mais parmi, eux seule une banque et son agence de communication3 osèrent jamais l’énoncer en slogan proclamé de leurs actions publicitaires, affichant avec superbe un détonnant mélange de cynisme et de sincérité ; encore fallut-il attendre le début de la décennie 70 du siècle dernier pour voir fleurir cette bombe médiatique osée.

 

Et s’il était vraiment nécessaire de démontrer la naïveté du consommateur, ne suffirait-il pas de remarquer qu’aucun client ne s’en offusqua, ni ne s’en inquiéta. Etonnez-vous qu’au constat de cette nonchalance déontologique, d’autres aient pu décider de passer du verbe à l’action, puis de l’action à l’exaction4 !...

 

S’il s’était lassé de ses tentatives infructueuses de convaincre son mentor, notre Directeur n’en avait pas renoncé pour autant à trouver ailleurs des oreilles plus sensibles à la séduction de l’aubaine et moins embarrassées de saugrenus scrupules.

 

Il le fit savoir aux chasseurs de têtes qui butinaient dans son environnement mellifère.

 

Parmi eux se trouvait un conseil de Squirrel Box, qui eut la présence d’esprit de se souvenir fort opportunément de l’objectif fantasmatique de son client, qui était  de s’autoriser à jouer dans la cour des grands. Il évoqua donc cette opportunité auprès du Directeur des Ressources Humaines, qui la reçut avec une attention non feinte.

 

A tel point que trois jours plus tard, l’homme de la Particulière se trouva dans son bureau, exposant avec enthousiasme l’ingénieuse implémentation que ses ingénieurs avaient faite d’une nouvelle race prometteuse de FCP, les Fonds à formule (ou Fonds à promesse5), qu’un mémoire universitaire6 ne tarderait pas à présenter comme une réincarnation moderne de Docteur Jeckyll et Mister Hyde : « Un placement attractif, à structuration complexe » …

 

Visionnaire (ou simplement pragmatique ?), il flaira d’emblée le coup de génie et se félicita d’avoir le privilège de l’offrir en exclusivité à Christophe Viaduc, le président de Squirrel. Il fit tant et si bien qu’à peine un mois plus tard (un record en la matière !), DP (c’est ainsi que nous nommerons désormais l’ex-Directeur de la Prospective de la Société Particulière, dont le patronyme ne mérite pas que l’on s’en souvienne particulièrement) se retrouva intégré aux effectifs de Squirrel, tout comme les trois ingénieurs de son équipe (deux Polytechniciens et un Centralien, tous ayant complété leur formation initiale par une spécialisation en actuariat7).

 

Aucun n’aurait eu sérieusement la sotte tentation de résister à la très substantielle offre qui leur fut faite, tant en ce qui concerne le salaire que les primes d’objectifs associées (sous forme sonnante et trébuchante et non pas sous celle d’hypothétiques stock-options) ; à vrai dire, aucun n’avait même envisagé qu’il aurait été possible de le faire.

 

Christophe Viaduc se mit en devoir d’organiser la mise en place de la délicate couveuse8 appelée à servir d’incubateur au très prometteur prodige. Car le savoir-faire ainsi assemblé ne resterait qu’un improbable cocktail d’enjeu prometteur et de vœu pieu tant que le faire-savoir ne lui aurait pas garanti l’attractivité et la notoriété qui, à elles seules, sauraient le propulser au plus haut rang du podium du succès.

 

Dès l’ouverture de la séance inaugurale du Comité, il donna le ton, impératif :

 « - Il s’agit trouver un nom de baptême à notre nouveau-né prometteur ; mais attention : LE nom ! » 

 

Plusieurs furent envisagés au cours de ce furieux remue-méninge, des plus modestes (Avenir9) aux plus pompeux (Fortuna10), avant qu’un consensus n’en vienne à s’établir sur une perle authentique : Duplex !

 

Ce patronyme, un rien précieux par sa référence latine (mais pas trop, pour ne pas paraître élitiste), évoquait le somptueux appartement éponyme auquel il permettrait à ses bienheureux bénéficiaires de prétendre, à terme !

 

Les semaines qui suivirent furent consacrées à la première étape technique, incontournable : obtenir l’agrément de la COB, en lui soumettant la notice d’usage.

 

Viaduc exigea un travail d’orfèvre :

 « - Cet outil doit être parfait, car étant remis d’entrée de jeu à chaque prospect, c’est lui qui doit le convaincre ! » 

 

Le brouhaha ambiant ne lui permit pas d’entendre l’échange feutré entre deux des géniteurs de Duplex :

 « - C’est oublier un peu vite que si cette obligation de remise préalable était vraiment satisfaite, cela se saurait11

- En effet ; c’est les experts de la COB, et aucun autre, qu’il convient de convaincre.

- Et encore : la seule chose qui soit réellement importante, c’est de ne pas susciter le moindre doute, de ne pas soulever le moindre soupçon, afin, si la forme est correcte, que soit libéré tout aussitôt le verrou de l’agrément !

- Donc nous livrerons un travail parfait et le tour sera joué ; comme d’habitude. » 

 

Le petit manège n’avait cependant pas échappé à tout le monde et on s’empressa, en toute confraternité, de le rapporter à Viaduc, qui n’en pipa pourtant pas mot au moment de conclure la réunion :

 « - Merci. Nous en resterons là pour aujourd’hui. Nous passerons en revue le prototype de cette notice au cours de la prochaine réunion.

Au travail, Messieurs ! Une longue et décisive semaine vous attend. » 

 

Alors que le groupe s’égaillait, Viaduc prit DP à part :

« - Pouvez-vous m’accorder quelques instants ?

- Bien entendu. Qu’attendez-vous de moi ?

 

- Quelques mots pour me rappeler les principes du mécanisme si particulier de votre enfant chéri. Mais en termes simples, intelligibles à tout un chacun, s’il vous plait.

- Très volontiers, Président. »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Prochain épisode : Chapitre 3 – Le dessous des cartes

 

 

1 « Les aspirations des pauvres ne sont pas très éloignées des réalités des riches », Pierre Desproges

2 Cette référence au dieu mythologique est opportunément pratique et bienvenue : elle permet d’éviter l’usage de termes plus directs tels que ‘’ escroc ’’, qui aurait conduit, au nom du principe de précaution à l’égard du risque d’attaque en diffamation, en renonçant à la note de bas de page suivante, de laisser les plus jeunes dans l’expectative

3 Le tandem BNP Paribas/Publicis, pour ne pas le nommer

4 Action d'exiger plus que son dû en profitant de son pouvoir

5 « Selon Robert Vedeilhié, spécialiste des produits structurés, ceux-ci»  résultent de la combinaison d’actifs financiers élaborés et côtés sur un marché interbancaire de gré à gré à échéance déterminée. Ils sont créés en combinant une opération de taux et une ou plusieurs options en fonction des anticipations des investisseurs. Le caractère optionnel inhérent à chaque produit structuré induit par conséquent une performance liée à un sous-jacent (taux, change, action, indice, panier d’actions ou d’indices, etc.…) ». Un fonds à formule appartient bien à la famille des fonds structurés»  (in mémoire « Les fonds à formule » de S… Q… page 18).

Mais la seconde formulation était plus rarement utilisée, peut-être depuis que Charles Pasqua avait vendu la mèche, en déclarant avec son inimitable accent : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent …»

6 « Les fonds à formule », mémoire soutenu par S… Q… en vue de l’obtention du Master 2 Professionnel « Banque et Finance », année Universitaire 2xx4-2xx5

7 La science actuarielle se spécialise dans l'analyse et le contrôle du risque et des effets du hasard dans toutes les questions d'assurance et de régimes de retraite.

L’actuaire doit maîtriser les bases de l’économie, de la finance, de la démographie, de l’informatique et du droit afin de fournir des solutions propres à des cadres spécifiques, mais toujours évolutifs

8 Que les esprits avertis nommaient « Comité Stratégique »

9 Qui aurait pu ouvrir la voie, pourtant, à un slogan explosif : « Le meilleur reste à venir »  …

10 Celle qui sourit aux audacieux, sans doute, de toutes ses dents !

11 « Je quitte la France ; je pars vivre en théorie. En théorie, la vie est plus facile », attribué à Pierre Desproges

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.