Pérol a un hobby : le lobby !

Pérol se serait fait payer par BPCE un lobby qui pourrait lui rapporter plus d’un million d’euros. Au début du mois de juillet dernier, le Parlement européen a adopté une directive qui encadre les rémunérations dans le secteur financier. Même si l’on peut regretter que cette directive n’aille pas aussi loin que nous l’aurions souhaité, cette disposition est intéressante à plusieurs titres. Tout d’abord, les motifs avancés par les députés européens pour justifier la mise en place de cette directive sont tout à fait édifiants. En effet, les députés ont établi un lien entre les rémunérations des patrons de banque et des traders et les prises de risque excessif, à l’origine de la crise qui a bouleversé le secteur financier en 2008. L’exposé des motifs du rapport du parlement européen du 24 juin 2010 analyse sans complaisance les pratiques des responsables financiers : « leur motivation repose sur un mécanisme d'une grande simplicité : ð plus les risques pris par une société sont élevés, plus les profits ont des chances de grimper ; ð plus les profits grimpent, plus la rémunération s'accroît. Or, le niveau de la rémunération globale versée n'a guère varié lorsque les profits ont reculé… en fait on peut toujours compter sur le contribuable pour renflouer les caisses. » (p. 11 du rapport)NATIXIS est une illustration de cette course irresponsable et indécente aux bonus. Aujourd’hui, ce sont les contribuables et les salariés du Groupe BPCE, à travers les suppressions d’emplois et le gel des rémunérations, qui paient le prix de ce désastre financier. Après l’adoption de la directive, la Britannique Arlene McCarthy, rapporteuse du Parlement européen, était on ne peut plus claire : « Nous entendons ainsi mettre fin à des pratiques… qui se sont révélées extrêmement dangereuses » (Les Echos du 8 juillet 2010). Son collègue, le député des Verts français Pascal Canfin enfonçait le clou en se félicitant d’un texte « mettant fin à des bonus extravagants entraînant souvent des risques tout aussi extravagants. » (idem)Que dit concrètement cette directive ? Elle définit un certain nombre de principes visant à plafonner les montants de part variable des patrons et à différer le versement d’une partie de celle-ci. Elle prévoit que les dirigeants des banques qui continuent de bénéficier d’un soutien public ne puissent plus toucher de rémunération variable sans justification valable. Cette disposition concerne directement François Pérol. En clair, la rémunération variable du patron de BPCE (pouvant s’élever à 1,1 million d’euros) pourrait être remise en cause si la nouvelle autorité de contrôle prudentiel n’en voit pas la justification. On comprend mieux les motivations de François Pérol à voir BPCE rembourser rapidement les 7,1 milliards d’euros prêtés par l’Etat. Mais ce n’est pas tout… La Tribune du 7 septembre 2010 (p.36) nous apprend que François Pérol n’aurait pas hésité à se faire payer par BPCE les services d’une société de lobbying, le cabinet Business Bridge Europe, pour empêcher le vote d’une disposition de la directive européenne prévoyant initialement de limiter à 500 000 euros la rémunération des patrons des banques aidées par l’Etat, (à l’instar de ce qu’avait fait Obama aux Etats Unis en plafonnant à 500 000 dollars les rémunérations des patrons des banques bénéficiant d’une aide publique). Le parlementaire Pascal Canfin a été saisi sur ce sujet par le cabinet Business Bridge Europe, mandaté par BPCE, qui s’est dit « frappé par la rudesse des propositions » ( !) du député des Verts. Business Bridge Europe a dû bien faire son travail puisque cette limitation à 500 000 euros (qui aurait empêché Pérol de tripler sa rémunération) n’a pas été votée.

Lors de la prochaine Négociation Annuelle Obligatoire sur les rémunérations (NAO) qui va s’ouvrir prochainement, les organisations syndicales défendant les intérêts des salariés n’auront pas de cabinet de lobbying auprès d’elles. Mais il est vrai que les enjeux ne sont pas les mêmes. Que représentent les quelques euros annuels d’augmentation pour les salariés à côté des 1,1 million d’euros de part variable de François Pérol ?

Tract du syndicat Sud-Paris, le 7 octobre 2010


L’exécutif nationalJ.Bonnard - M.Brugnooge - D.Gilot JL.Kerenflec’h - JF.Largillière - B.Meyer JL.Pavlic - C.Perrin - S.Rodier - P.Saurin

n°21 – 2010 Sud groupe BPCE – 35, Boulevard de Sébastopol 75001 PARIS - Tél. : 01 42 33 41 62Contact : sud.caisse-epargne@orange.fr - www.sudce.com - www.solidaires-org

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