Travailler à en mourir

Deux morts par suicide et une tentative en quelques jours dans les caisses d'épargne.

Deux morts par suicide et une tentative en quelques jours dans les caisses d'épargne. Nous avons appris récemment le suicide de deux de nos collègues (une à la caisse de Côte d'Azur, un autre à la caisse de Bourgogne Franche-Comté) et la tentative de suicide sur son lieu de travail d'une autre collègue à la caisse de Bretagne-Pays de Loire, trois drames survenus à quelques jours d'intervalle. Cette nouvelle a suscité une profonde tristesse mais aussi une grande colère dans le personnel des caisses d'épargne.

Notre colère est d'autant plus forte si l'on sait que depuis de nombreuses années, faisant le constat de la dégradation des conditions de travail et de ses conséquences sur la santé des salariés, Sud a interpellé à de multiples occasions les dirigeants des caisses et de notre groupe sur ce sujet.

En 2004 et en 2008, notre syndicat a mené deux enquêtes nationales sur la souffrance au travail. Ainsi, en 2008, près de 5 000 salariés (représentant 13 % des effectifs) ont pris le temps de répondre à notre questionnaire qui a mis en évidence une situation très préoccupante en matière de santé au travail. Pour preuve, à la question du risque suicidaire, 10,4 % des salariés interrogés à l'époque, soit plus de 500 collègues, répondaient par l'affirmative.

Nos alertes ont été confirmées par les rapports des médecins du travail, des inspecteurs du travail et des différents cabinets amenés à intervenir dans nos établissements. Les dirigeants savaient et ils n'ont rien fait ! Les trois événements dramatiques que nous évoquons sont intervenus après notre tract du 2 novembre 2010 intitulé « Benchmark interne : n'attendons pas qu'il soit trop tard ! » et après que Sud ait écrit à François Pérol le 25 octobre 2010 pour lui demander l'abandon immédiat du benchmark comme méthode de gestion et d'évaluation du personnel. François Pérol ne daignant pas répondre à notre courrier, notre syndicat a décidé d'engager au début de cette année une action en justice contre les dirigeants de la caisse d'épargne Rhône Alpes qui a servi de laboratoire à la mise en place du benchmark. En effet, nous sommes convaincus qu'il existe un lien direct entre l'organisation, les méthodes de travail et la dégradation de la santé physique et mentale des salariés qui a amené certains d'entre eux à mettre fin à leurs jours ou à tenter de le faire.

C'est pourquoi, après avoir identifié l'origine du mal-être des salariés dans nos entreprises et face à l'inertie des employeurs, Sud a décidé d'attaquer ces derniers en justice. Aujourd'hui, les patrons vont devoir répondre de leurs actes car le code du travail leur impose une obligation de résultat pour assurer la sécurité et protéger la santé physique et mentale du personnel, une obligation que la Cour de cassation a tenu à confirmer dans ses dernières décisions. Sud est plus que jamais déterminé à poursuivre son combat pour que soient établies les différentes responsabilités dans ces affaires. Cette justice, nous la devons d'abord à nos collègues décédés, à leur famille et à leurs proches.

Contacts Presse Sud BPCE : Patrick Saurin (06.62.88.05.17) et Jérôme Bonnard (06.62.82.98.90)

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