Le Guêpier, chapitre 18 : Le retour des Palombe

Chapitre 18 de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

 

 

 

Le guêpier1

 

 

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

 

 

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

 

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

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Le retour des Palombe

 

A l’instar d’Hibernatus, Monique et  Jean-Philippe enduraient en leur chair les effets de la brusque décongélation ! Fallait-il y voir la main du diable ?

Jiminy Cricket les visitait assidument, comme il l’avait consciencieusement fait par trois fois maintenant, dans le bureau momentanément déserté par Guillaume.

 

A trois reprises car, si bis repetita ne placent pas toujours, le conseiller n’avait pas hésité pour sa part à jouer la passe de trois : Duplex ayant plu, il s’était plu à envisager que Monique et Jean-Philippe éprouveraient un même enthousiasme pareillement cloné pour ses successeurs.

Les Palombe n’étaient, hélas, pas joignables lorsque s’ouvrit la souscription de Duplex 2. Fort heureusement, Guillaume put les inviter à découvrir Duplex 3 lorsque le tour de cet autre prodige fut venu d’entrer en scène. Il avait bonne mémoire et les 60 % résiduels des PEL de Monique et Jean-Philippe y tenaient toujours leur place, en forme de cicatrice vivace.

Sans avoir à insister sur les détails du discours, ni sur le soliloque auquel se livra Jiminy, mais en vain, on peut anticiper la manière dont se solda l’entretien : 55 parts pour Jean-Philippe, et autant pour Monique. Cela commençait à tenir du réflexe !

Et quand vint le temps de Duplex 5, Guillaume se souvint très opportunément des quelques milliers d’euros qui sommeillaient sur le compte des Palombe depuis qu’un modeste héritage les y avait fait atterrir.

Il réalisa son coup de maître en obtenant un bon pour la souscription de 150 parts pour Monique et autant pour Jean-Philippe. Cette fois là, Jiminy démissionna sans autre forme de procès de ses fonctions de bonne conscience dédaignée et laissa les deux étourneaux se livrer à leurs frasques sans même chercher à les en détourner.

Et maintenant, à l’heure où commençaient de claquer les fouets des premiers verdicts, Monique et Jean-Philippe cherchaient consolation auprès de lui, mais en vain. Devenu Ponce Pilate, il n’eut pas même à leur annoncer qu’il s’en lavait les mains ; ils le savaient depuis longtemps et il était beaucoup trop tard pour en éprouver de futiles regrets… C’étaient en tout deux fois 36.000 euros qui avaient été joués et il devenait de plus en plus évident, au fur et à mesure que passait le temps et que tombaient les mauvaises nouvelles, comme à Gravelotte1, que les vrais joués, c’était eux !...

Et savoir qu’ils n’étaient pas seuls, au milieu d’un troupeau qui rassemblait plus de 260.000 têtes, ne suffisait pas tout à fait à les rassurer.

Comme la plupart d’entre eux, ils se gardaient d’évoquer leurs déboires, autrement qu’auprès de rares confidents, soigneusement triés sur le volet ; selon quelques commentateurs délicats s’exprimant, ou se défoulant, sur les réseaux sociaux : « Avant de montrer votre c…, assurez vous qu’il est propre »2. Le genre de conseil que l’on suit à la lettre et sans demander son reste.

Un seul oasis semblait accueillant sur la farouche toile d’araignée : celui qu’y faisait vivre un mystérieux Collectif Duplex Lagardère sous la forme d’un forum où s’agglutinaient en grappes denses les espoirs déçus.

 

Honteux tout aussi bien de sa passivité que de la naïveté qui lui avait fait céder au chant des sirènes, Jean-Philippe Palombe devint très assidu sur ce média depuis lequel Jean-Paul Tudor prodiguait des conseils d’allure fort pertinente et encourageante.

Tant et si bien que lorsque le collectif décida de s’orienter vers l’action, sans pour autant renoncer à la parole, il fut au nombre des membres fondateurs de l’association qui allait en naître.

C’est à ce titre qu’il fit partie, notamment, de la délégation qui se rendit le 13 février 2xx9 au cabinet Canard-Sommet.

C’est à ce titre aussi qu’il devint le secrétaire statutaire de l’association et qu’il prit en charge la gestion du site Internet.

Cette fois, c’était en homme averti qu’il entraient3 en scène ! Cette fois, il fallait faire parler la raison, et elle seule ! Il y était bien décidé, se disant que désormais, la suite reposait entre ses mains et celles de ses confrères de bénévolat !

Il éprouvait pour eux une confiance sereine et souveraine, confortée par les découvertes qu’il faisait au quotidien d’une réalité que Squirrel s’était bien gardée d’évoquer.

 

Par exemple, il ne servait à rien de reconstituer, comme il l’avait fait, l’évolution quotidienne des cours des 12 titres au long des 6 années écoulées, puisque l’investissement avait été fait sur d’autres titres, inconnus, dont le portefeuille déterminait les valeurs liquidatives, au moins au cours de la première période, quand elles ne s’étaient pas encore figées à jamais4.

De même, il apprit les rudiments de l’alchimie financière qui permettait de garantir les capitaux ; la règle qu’il baptisa du saisissant mais descriptif raccourci : ” 100 = 134 ”.

Il s’initia également au B-A Ba de la jungle inhospitalière qu’était à ses yeux d’ingénieur le territoire juridique, attendu qu’il ne lui avait pas été enseigné, contrairement aux inestimables quantités d’outils mathématiques plus ou moins sophistiqués5, dont il s’était vu abondamment doter !...

Il savait désormais à quoi il se promettait de consacrer les débuts de sa proche retraite ; au pire, il était décidé à y dédier les premiers mois (voire une année entière). Une perspective, qui lui conférait une ardeur nouvelle, du style de celle qu’avait dû connaître en son temps le chevalier Bayard, sans reproche et sans peur.

L’équipe était solide autour de lui et puissamment charpentée, avec un autre ingénieur, un troisième et deux directeurs. Au rythme où progressait la fréquentation du forum, nul doute qu’elle pourrait bientôt compter sur d’autres talents, d’autres bonnes volontés !

 

Et alors, à ces cœurs vaillants, rien ne serait plus impossible ! Que Squirrel y prenne bien garde : on allait voir ce que l’on allait voir !

 

 

 

Prochain épisode : Chapitre 19 – Frappez et l’on vous ouvrira… peut-être

 

1 Il faut remonter du 16 au 18 août 1870, lors du long match France-Prusse de 1870-1871, pour découvrir l’origine de cette expression.

Nous sommes en Lorraine, pas très loin de Metz. D'un côté, se trouve l'équipe de France, constituée d'environ 113.000 hommes, et de l'autre, l'équipe de Prusse, forte d'environ 190.000 soldats. Autant dire que le match, qui se déroule sur un espace un peu plus grand qu'un terrain de football, s'annonce déséquilibré, alors que, pourtant, personne n'a pris de carton rouge du côté français.

Le capitaine de l'équipe de France est le maréchal Bazaine ; son homologue adverse est le maréchal von Moltke. Au coup de sifflet de l'arbitre (dont l'histoire n'a pas retenu le nom), la bataille commence.

A la fin de la tuerie, on compte 12.500 français hors de combat (dont 1.100 tués) et 19.200 allemands (dont 5.000 morts). Aucun camp n'a eu de victoire nette et Bazaine doit se replier dans Metz.  

Toujours est-il qu'au cours de cette bataille, il est dit que les balles et les obus d'artillerie tombaient avec une telle densité, que les participants à cette petite boucherie en ont été très impressionnés ; au point que, renforcée par le nombre très important de pertes (les hommes tombaient comme des mouches), notre expression en est née.

Elle ne s'emploie pas que pour la pluie, mais aussi lorsque diverses choses (généralement non souhaitées) se succèdent rapidement, comme des statistiques indésirables, par exemple.

2 On aurait pu croire que ces commentateurs n’étaient rien d’autre que des affidés de Squirrel !

« Lorsque le cœur montre son cul, le théâtre devient un bordel ! »  Guy Bedos, in Inconsolable et gai

3 N’en déplaise à ce demeuré de correcteur orthographique, point de faute d’accord. Est-il vraiment besoin d’expliciter le pourquoi de ce singulier pluriel ?

4 Ce qui se produisit après que le swap ait eu lieu, ainsi qu’ils le découvriraient plus tard.

5 Et dont le plus utilisé avait été, de fort loin, la règle de trois !...

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