Billet de blog 18 avr. 2021

Le Guêpier, chapitre 19 : Frappez et l'on vous ouvrira, peut-être…

Chapitre 19 de l’épopée à suspense inspirée des méandres de l’« affaire » DoublO

JPLT 007
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Le guêpier1

Pas de noisettes pour les pigeons

(L’antimirage des chaumières)

Épopée2 à suspense
née de l’imagination de

Jean-Pierre Lamargot

1 « Endroit dangereux, situation complexe et délicate dont on arrive difficilement à sortir sans dommage. Synonymes : pétrin (familier), piège, souricière, traquenard. Donner, tomber dans un guêpier. »

« Ce n'est pas la peine de nous donner tant de mal pour tirer Albert du guêpier où il s'est fourré »  (François de Curel, La nouvelle idole, 1899, I, 1, p. 163), selon Le Trésor de la Langue Française informatisé (cf. http://atilf.atilf.fr/)

2 Long poème ou récit « de style élevé » où la légende se mêle à l'histoire pour « célébrer un héros ou un grand fait ». On pourrait sans doute à bon droit aussi bien parler de prétérition (« figure par laquelle on attire l'attention sur une chose en déclarant n'en pas parler »)

- 19 -

Frappez et l'on vous ouvrira… peut-être

 Après avoir intensément conseillé à ses adhérents de s’engager hardiment sur la voie de la transaction amiable, le CLAS les invita à recourir au vecteur de la médiation.

Aux vecteurs, devrait-on dire : le pluriel serait plus approprié, car deux acteurs étaient statutairement concernés : le médiateur de Squirrel, en premier ressort ; puis, en cas d’échec, celui de l’AMF. Qu’il était plaisant de vivre dans un pays qui avait eu la sagesse de doter ses citoyens de tous les outils et procédures permettant aux petits, aux sans grade, de faire valoir le respect de leurs personnes et de leurs intérêts !

Convaincus que patience et longueur de temps font plus que force ni que rage, les disciplinés épargnants usèrent de la première voie, après avoir déposé des réclamations auprès de leurs agences respectives, comme il se doit.

Petit à petit, les retours des appels au médiateur de Squirrel revenaient cependant, avec leur semblable lot de platitudes et de faux-fuyants grossièrement polycopiés.

La voie s’avéra tortueuse à souhait et se termina souvent en impasse, comme en attestent quelques exemples, à l’image de celui-ci :

 « A titre liminaire, je vous précise que la compétence du médiateur concerne les litiges portant sur les produits et services bancaires, à l’exclusion des produits financiers dont les performances sont liées à l’évolution des marchés boursiers ».

Circulez !

 « J’ai néanmoins examiné votre dossier sous l’angle d’un éventuel défaut de conseil et d’information ».

Néanmoins ? Ouf, merci !

 « Je constate que vous n’apportez aucune preuve tangible que vous n’avez pas procédé à ces investissements successifs en toute connaissance de cause dans le but de rechercher des placements susceptibles de vous offrir des rendements supérieurs au taux de l’épargne traditionnelle ».

Quelles preuves tangibles un client pourrait-il bien apporter pour démontrer que sa « connaissance de cause » ne relevait que du fait d’avoir  été hameçonné puis ferré par la banque en la personne de ses conseillers ?

Ces clients se sentaient de plus désarçonnés par l’accusation sournoise de s’être laissés aller à la sotte prétention de rechercher de meilleurs placements que ceux, ô combien modestes du Livret A, accusation qui leur laissait au demeurant un tout petit soupçon de culpabilisation …

 « Par ailleurs, ces investissements ont été réalisés par l’intermédiaire de plans d’épargne en actions, dont le libellé à lui seul est sans ambigüité quant à leur objet ».

Et pourtant, n’était-ce pas Squirrel elle-même qui avait fait un argument majeur de l’éligibilité au PEA, qu’elle avait de surcroît encouragé à ouvrir sans que les clients en ait ressenti la nécessité flagrante !

Donc en résumé, ma volonté et mon discernement sont seuls en cause, se disait l’infortuné1 client ; quant au conseil et à l’information, je n’apporte aucune preuve de ne les avoir pas reçus.

En conclusion, sa disaient les clients, pour un peu, c’est moi qui devrait me sentir redevable à Squirrel d’excuses à lui présenter … et, pourquoi pas tant qu’on y était2, d’avoir à lui servir un dédommagement pour atteinte à son moral et mise en cause de sa respectabilité…

Le CLAS décida donc de conseiller à ses adhérents de court-circuiter le médiateur3 de Squirrel et de recourir directement à celui de l’AMF.

Les retours furent, dans le meilleur des cas, à peine moins décourageants :

 « Squirrel, que j’ai interrogé, m’a indiqué qu’elle ne souhaitait pas aller au-delà de la proposition qu’elle vous a faite, à savoir le versement d’une somme correspondant à la rémunération du Livret A majorée des droits d’entrée.

Dans ce cadre, je vous invite à contacter directement le Responsable de la conformité des services d’investissements de Squirrel afin de concrétiser cette proposition dans un protocole d’accord.

Dans l’hypothèse où celle-ci ne vous semblerait pas satisfaisante, je vous informe que je serai dans l’impossibilité de poursuivre la procédure de médiation et procéderai à la clôture de votre dossier »

Stupéfait du peu de cas que la vénérable institution accordait au désarroi des épargnants et de l’ignorance qui semblait l’aveugler quant à la genèse du guet apens, fort aussi de la surface qu’il tenait de sa constitution en association, le CLAS demanda audience à la médiatrice de l’AMF4.

Prochain épisode : Chapitre 20 – Quod erat demonstrandum

1 C’est le cas de le dire !

2 « Quand la borne est franchie, il n'est plus de limite » in L'Honneur et l'argent de François Ponsard (1814-1867)

3 Pour mémoire, employé et salarié par Squirrel

4 Après tout, le propre de la médiatrice n’était-il pas de se situer à équidistance des deux extrémités ?...

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