Adresse de Sud BPCE à l'occasion de la marche du 12 avril

Adresse des militants de Sud BPCE à leurs camarades des organisations syndicales, des mouvements associatifs, des collectifs et des partis politiques qui luttent pour un changement social.

 

Chers camarades, si nous nous adressons directement à vous aujourd’hui, ce n’est pas pour ajouter un énième appel à ceux qui s’accumulent depuis des années sans pour autant avoir produit des résultats tangibles, mais pour proposer un prolongement concret à la marche nationale du 12 avril. Avec ce texte, notre intention est de :

 

- dire notre exaspération face aux mouvements ponctuels, fragmentaires, désordonnés et inefficaces auxquels nous sommes invités à participer depuis des années,

- pointer ce qui selon nous est une des causes de cet échec, enfin,

- jeter les bases d’une proposition à débattre collectivement pour y remédier.

 

Avec la crise qui a commencé avec les subprimes en 2007 et qui se poursuit aujourd’hui dans une crise financière généralisée qui n’a pas encore produit tous ses effets, le système capitaliste a révélé au grand jour sa nature pernicieuse. Pourtant, dans ce contexte, ce sont les mouvements les plus conservateurs et le patronat qui occupent le terrain. Une des raisons de la dilution des mouvements sociaux tient à nos yeux dans une action sur le terrain qui se résume pour l’essentiel à des mouvements ponctuels, fragmentaires et désordonnés avec pour toile de fond un déficit programmatique patent. Pour notre organisation, l’élaboration d’un programme minimum, susceptible de constituer un repère clair afin de développer nos revendications et nos actions et les faire aboutir s’impose comme une urgente nécessité.

Oui, nous pensons que le mouvement social a besoin d’une base programmatique fondée, partagée, lisible et susceptible de constituer une référence et un appui pour nos mobilisations. Il est urgent que celles et ceux qui s’opposent au système qui détruit nos vies et ruine la planète se retrouvent autour de quelques revendications lisibles et efficaces portant sur ce qui touche à l’essentiel de notre quotidien. Sans avoir la prétention d’être exhaustifs, voici quelques axes que nous soumettons au débat. Volontairement, nous n’avons défini ces axes que d’une manière générale, sans fixer précisément le curseur pour chacun d’entre eux et sans en proposer une articulation ordonnée, ce qui relève selon nous du débat collectif. Nous avons identifié 15 points essentiels susceptibles de participer à la construction de cette base programmatique recouvrant l’ensemble des plans économique, social et politique :

 

1. La pauvreté : elle doit être éradiquée par la mise en place de moyens financiers procurés par la réforme fiscale. C’est la première urgence à laquelle on doit apporter une réponse.

2. Les personnes les plus vulnérables : ignorées et rejetées par les institutions en place, fragilisées par un handicap, en situation de dépendance ou dans une situation difficile, ces personnes doivent constituer une autre urgence.

3. L’emploi : pour s’attaquer au chômage, le travail doit être partagé par le biais d’une diminution significative du temps de travail qui laisse un temps libre suffisant et permette aux travailleurs de profiter des gains de productivité. Le rétablissement de la retraite à 60 ans avec 37 années et demi de cotisations doit contribuer au partage du travail.

4. Les rémunérations : le salaire minimum mensuel doit être significativement revalorisé et une échelle des salaires doit être mise en place.

5. La protection sociale : elle doit être pérennisée et consolidée, notamment en ce qui concerne la branche retraite grâce à un plus grand nombre de cotisants consécutif au partage du travail et à une plus équitable contribution des employeurs.

6. Le logement : il doit être véritablement un droit pour tous. Un plan massif de construction doit être mis en place financé par l’épargne des livrets centralisée à la Caisse des Dépôts et Consignations. Dans l’urgence, le droit de réquisition doit être appliqué.

7. La santé : elle doit être assurée dans le cadre d’un service public reconstruit. Comme dans les autres domaines qui relèvent d’un service public, il doit être mis fin aux partenariats public-privé.

8. La fiscalité : une réforme fiscale doit être mise en place pour assurer une progressivité de l’impôt, taxer le capital, lutter contre la fraude et l’évasion fiscales et sanctionner les coupables.

9. Le système bancaire : parce que l’épargne, le crédit et l’intégrité des systèmes de paiement ont un caractère de biens publics, parce que nous avons pu mesurer les conséquences désastreuses d’un système financier laissé entre les mains d’intérêts privés, le système bancaire devra être socialisé, c’est-à-dire devenir un service public placé sous le contrôle des usagers, des salariés, des représentants d’associations, des élus, des dirigeants et des instances de contrôle. Cette socialisation devra également s’étendre aux compagnies d’assurance.

10. L’audit de la dette : un audit citoyen de la dette publique (celle de l’État et celle des acteurs publics locaux) doit être mené afin d’identifier la dette légitime de la dette illégale et illégitime qui n’a pas à être remboursée.

11. Les collectivités publiques : l’État doit leur allouer des dotations suffisantes pour assurer leur fonctionnement et leurs investissements. Les activités relevant de l’intérêt général confiées au privé devront revenir au public à travers des remunicipalisations (comme par exemple la gestion de l’eau).

12. Les services publics : une réflexion doit être menée afin de recenser les activités d’intérêt général devant être exercées dans le cadre d’un service public et assurer la transition de ces activités de la sphère privée à la sphère publique.

13. La transition écologique : parce qu’elle est l’urgence de notre temps, elle doit mobiliser l’essentiel de nos efforts en matière de formation et de projets d’investissements dans le cadre d’un plan cohérent et volontaire associant l’ensemble des échelons territoriaux.

14. La démocratie : elle doit être développée aussi bien au niveau national qu’au niveau local et à celui des entreprises.

15. La culture : parce que chacune et chacun doit se voir proposer les « produits de haute nécessité » qu’elle génère, sa place et son rôle doivent être réaffirmés dans le mouvement d’émancipation.

 

Le programme du Conseil National de la Résistance, jugé parfois insuffisant et critiqué, a su dans un contexte difficile porter un projet de réformes s’appliquant tout à la fois aux plans économique, social et politique et concernant notamment le temps de travail, la retraite, la sécurité sociale, les banques et les assurances, les services publics, les droits des salariés.

 

Aujourd’hui, il nous manque un programme adapté à l’urgence de notre temps. Pourtant, nous pensons que, si elles le décident, nos organisations respectives ont la capacité de parvenir à un consensus et trouver un dénominateur commun à cette nécessité programmatique. La proposition de notre organisation se veut un premier pas dans cette direction.

Dans l’attente de connaître votre sentiment sur cette proposition de travail collectif que nous proposons,

 

Recevez nos meilleures salutations militantes et solidaires,

 

Contacts :

Jérôme BONNARD                                         Patrick SAURIN

Secrétaire général Sud BPCE                     Porte-parole Sud BPCE

Tél : 06 62 82 98 90                                          Tél : 06 62 88 05 17

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