Actualités laïques 5 novembre 2019

Le Centre d’Action Laïque lance un Appel à Liège. Un cadeau de 150 millions d’euros aux écoles privées. Henri Pena-Ruiz et la libre critique des religions. La revue "Raison présente" et les questions de société en débat...

Chaque semaine, presque chaque jour, une nouvelle polémique prend prétexte de la laïcité. Des batailles de chiffonniers sur Twitter jusqu’aux prises de position les plus flamboyantes et les plus déconnectées des réalités… L’objectif des présentes actualités est de faire le point sur des sujets précis. De donner à voir les textes et les propos effectivement écrits ou prononcés.  De fournir des informations complémentaires quand elles existent. En bref de susciter des débats rationnels, respectueux des personnes, et basés sur des échanges d’arguments et non d’invectives. Une première série est disponible en ligne sur les DDEN en Alsace, Humanists International,  le dîner du CRIF;  la collection "Débats laïques" (L'Harmattan); un film sur le Chevalier de La Barre et un album qui marie laïcité et poésie "L'Autre"...

L’Appel de Liège

Le Centre d'action laïque (CAL) est une association sans but lucratif qui promeut la laïcité en Belgique francophone. Très actif, le CAL regroupe sept associations régionales, trente associations constitutives et 328 associations locales dont les activités sont présentées sur son site. Créé en 1969, le CAL a fêté ses 50 ans à Liège le 12 octobre. A cette occasion un appel a été lancé aux défenseurs des droits fondamentaux pour promouvoir la Laïcité comme un principe universel, garant des libertés individuelles et d’une coexistence pacifique des opinions philosophiques et convictions religieuses. Cet Appel a été signé par de nombreuses personnalités (François Hollande, Isabel Allende…) et représentants d’associations (dont les Ligues belge et française de l’enseignement…).

Extraits de l’Appel : « La Laïcité se fonde sur le principe d’impartialité des pouvoirs publics et assure à toutes et tous l’exercice des droits et libertés indépendamment de l’origine, des convictions, croyances ou toute autre distinction. Ce principe fondateur de la démocratie, élément essentiel d’une coexistence pacifique, a vocation à trouver, partout dans le monde, une place au cœur des valeurs fondamentales… Elle est indissociable des libertés pour soi-même et autrui. Elle assure un cadre commun qui permet à chacune et chacun d’exercer un libre examen et de se décider en toute autonomie… les signataires en appellent solennellement à considérer la Laïcité comme une exigence démocratique essentielle ». Texte intégral et signatures

Un chèque historique de 150 millions d’euros pour les écoles privées

Le 8 février 2019 un communiqué du CNAL, Comité National d’Action Laïque, de RFVE, réseau français des villes éducatrices et de l’ANDEV , association nationale des directeurs et directrices de l’éducation des villes avait alerté le mouvement laïque et l’opinion publique sur le projet de loi pour une école de la confiance et la scolarisation à trois ans. Voici son texte :

En décidant d’abaisser l’âge de l’instruction obligatoire à 3 ans, le gouvernement signe un chèque de 150 millions d’euros pour les écoles privées avec l’argent des collectivités locales. En effet, cette mesure positive pour la meilleure scolarisation de tous les enfants entraîne un effet disproportionné : l’obligation faite aux mairies de financer les écoles maternelles privées de leur territoire. Actuellement, un tiers des communes ne verse pas de forfait communal et les deux tiers les financent bien en-deçà du coût réel en maternelles. Cette somme ne sera compensée par l’Etat qu’à hauteur de 40 millions d’euros pour les seules communes qui ne versaient rien jusqu’à présent. Les autres communes devraient donc économiser sur leurs dépenses de fonctionnement, au premier rang desquelles, l’éducation. Pour financer des écoles privées, les villes devraient donc économiser sur leurs écoles publiques.

Cette décision inédite aura de lourdes conséquences sur l’équilibre du système éducatif. La ségrégation scolaire, renforcée par l’absence d’obligation de mixité sociale et scolaire dans les établissements privés, va s’aggraver. Le Réseau Français des Villes Educatrices, le Comité national d’action laïque et l’Association Nationale des directeurs de l’éducation des villes appellent le gouvernement et les parlementaires à reprendre la copie d’un projet de loi qui va déséquilibrer les finances des communes et amplifier la séparation de la jeunesse de notre pays. Enfin, nous demandons que le coût de la politique de financement public des établissements privés, instituée en 1960, soit évalué par la Cour des Comptes. Il est temps de connaître la réalité de son montant global, et de savoir si ce choix politique rend un réel service à la Nation.

Le CNAL, le RFVE, et l’Andev suivent de près cette question et restent vigilants sur les conséquences concrètes de cette décision.

Sur une prise de position d’Henri Pena-Ruiz

Le 23 août 2019, lors de l’Université d’été de la France insoumise, le philosophe Henri Pena-Ruiz a donné une conférence sur la laïcité. Il use notamment dans cette intervention du terme « islamophobie ». Ce qui a déclenché une tempête sur les réseaux sociaux. Adversaires et défenseurs du philosophe n’ayant d’ailleurs guère pris le temps de s’informer des propos effectivement prononcés qui ne se limitent pas à l' "islamophobie". Les voici: «On a le droit de rejeter l’athéisme ou une religion, donc d’être athéophobe, cathophobe, ou islamophobe ; mais on n’a pas le droit de rejeter des personnes ou des peuples du fait de leur religion ou de leur athéisme.». On ne saurait être plus clair. Henri Pena-Ruiz distingue précisément critique des religions et racisme plus ou moins masqué. Quiconque connaît Henri Pena-Ruiz, d’accord ou pas avec tout ou partie de ses travaux, sait qu’il est dénué de tout préjugé raciste.

On peut discuter de l’opportunité de l’emploi de tous ces mots en « isme » qui ont tous plusieurs acceptions. Et, plutôt que d’y recourir, utiliser les termes univoques de « critique des religions » et de « racisme ». Mais dans tous les cas il faut se reporter aux ouvrages d’Henri Pena-Ruiz pour s’informer de ses positions authentiques. En particulier à son « Dictionnaire amoureux de la laïcité » où il détaille la question dans plusieurs entrées. Parmi celles-ci les entrées « Islamophobie », « Judéophobie », « Athéophobie ». Il commente : « la critique du judaïsme, comme celle du christianisme ou de l’islam, n’est pas plus un délit que la critique d’une conception politique ou philosophique ». On ne saurait être plus clair. Cette position est développée au travers d’analyses disséminées dans d’autres entrées : « Ancien Testament », « Nouveau testament », « Coran », « Paul, épître aux Romains », « Terre promise », « Charia », « Sionisme », « Thomas d’Aquin », « Peuple élu », « Inquisition », « Israël » et « Palestine », « Pureté du sang »… Le « Dictionnaire amoureux de la Laïcité » a fait l’objet d’une recension détaillée sur la présente édition « Laïcité ».

 

« Raison présente » Un numéro sur les questions de société en débats

La revue « Raison présente », fondée en 1966 en lien avec l’Union rationaliste, partage avec celle-ci, en toute indépendance, une histoire et des objectifs communs. Pour ses rédacteurs la fonction critique ne cède à aucun tabou, ne s’assigne aucune limite. Raison  et liberté sont indissociables. Elles ont pour corollaire l’attachement à la laïcité, qui établit le cadre le plus approprié à l’exercice libre de la raison. Les 23 numéros parus de 2014 à 2019 sont intégralement en ligne sur CAIRN. En accès libre sauf les tous derniers numéros en accès payant. Tous les numéros parus de 1966 à 2014 sont intégralement en accès libre sur le site Persée. L’ensemble constitue un patrimoine intellectuel unique dans le mouvement laïque et dans les milieux prônant l’éducation aux sciences.

Le dernier numéro de Raison présente propose un dossier diversifié, intitulé « Question de société en débat ». La question des discriminations et du racisme fait l’objet de trois articles, sur les statistiques ethniques, les discriminations raciales à l’école et « l’universalisme dévoyé » entre les « impasses de décolonialisme » et la « misère du national-républicanisme ». La question des relations entre drogue et politique fait également l’objet de trois articles : sur la prohibition mondiale, les politiques de l’héroïne et le crime organisé en Colombie. Cinq articles complètent le numéro : à propos du livre « La Voix d’Arkhè, le paradigme archéologique dans la création moderne » de Valérie  Deshoulière, sur les volontaires alsaciens dans les troupes du III° Reich, le conspirationisme, la croyance eschatologique en Algérie et la génération Y : les millénials. L’ensemble est complété par les traditionnelles rubriques cinéma, théâtre, arts vivants, musique, livres et même étymologie et sémantique. Les lecteurs à l’affut des faits dument analysés et des points de vue argumentés y trouveront leur bonheur. 

Pour commander le numéro (ou des numéros anciens) union.rationaliste@wanadoo.fr ou appeler le 02 37 20 28 87.

 

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