W Cassiopée
Abonné·e de Mediapart

Billet publié dans

Édition

Le coin des polars

Suivi par 204 abonnés

Billet de blog 1 nov. 2020

Noir côté cour de Jacques Bablon

Paris. Un immeuble ancien avec une cour pavée. Cinq étages. Fin de semaine calme. Si ce n’est que…

W Cassiopée
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Goutte d’eau….

C’est insidieux une goutte d’eau, ça se glisse, ça dégouline, ça passe entre les lattes du plancher, ça descend chez le voisin et ça peut faire des dégâts….C’est par l’intermédiaire de cette goutte que nous allons visiter un petit immeuble parisien de cinq étages. Une cour pavée, des caves, des fenêtres complètent l’ensemble. Sur la pointe des pieds, le lecteur accompagne la goutte et passe sur les différents paliers. Derrière chaque porte, des hommes, des femmes, ordinaires, des gens qui semblent discrets, ne cherchant pas à se faire remarquer. Certains observent silencieusement, d’autres attendent une opportunité ou fuient doucement, un seul ne bouge plus, se tait, il est mort. L’eau le frôle, il ne sent rien….

Qui sont tous ces gens, qu’ont-ils en commun ? Ils partagent ou ont partagé la même résidence. Parfois ils se parlent un peu, parfois pas du tout. Il y a ceux qui vivent leur vie sans s’occuper de ce qui se passe, d’autres observent, surveillent, analysent chaque fait et geste.

Jacques Bablon est un minimaliste, en quelques mots bien ciblés, il campe un décor, décrit ses protagonistes et dès les premières lignes, on est dans l’histoire. Comment, en si peu de phrases, peut-il planter une atmosphère, nous faire partager les tourments, les joies, les secrets de chacun ? Tout simplement parce qu’il utilise un vocabulaire précis, pointu, des phrases courtes sans fioriture. Ça frappe fort, ça va à l’essentiel et ça suffit largement pour qu’on comprenne que la vie, très souvent, c’est une succession d’événements infimes, de hasards, qui modifient le cours d’un quotidien que l’on croyait bien réglé. Rien n’est acquis, rien n’est défini.

Les habitants de l’immeuble nous le démontrent.  Quand on sait ce qu’ont fait les voisins, ou ce qu’ils font ou ce qu’ils voudraient faire, on a comme une forme de pouvoir sur eux et on peut agir pour interférer sur leur avenir. Ils n’ont pas une vie facile, et elle ne leur fait guère de cadeaux…. Alors ils cherchent, imaginent, envisagent ce qui pourrait être … En parallèle, on se demande qui a assassiné l’homme trouvé mort et comment tout cela va s’imbriquer ….

Dans ce court roman, Jacques Bablon évoque, par petites touches, des sujets brulants, d’actualité : les Black Bloc, les migrants, les hommes non respectueux des femmes, la famille et la place prépondérante qu’elle tient chez chacun de nous etc. Tous les individus évoqués sont reliés par le lieu où ils vivent. Leur bâtisse est le point commun. J’ai trouvé cela intéressant et je verrai bien une adaptation en film (de préférence dans l’immeuble de la photo de couverture, où a-t-elle été prise ?)

Ce qui me plaît chez Jacques Bablon, c’est la force de ses propos en si peu de pages. Son récit est puissant, noir, réaliste, et on se dit qu’il doit sacrément observer notre société malade pour la décrypter aussi finement.

C’est un recueil qui se lit vite, on y découvre des tranches de vie, des gens atypiques aux décisions soudaines ou réfléchies. C’est noir, mais il y a de l’espoir, pas beaucoup, juste une petite lumière au bout du tunnel dans les dernières pages et c’est suffisant pour se dire que, peut-être, tout n’est pas perdu, qu’on peut encore croire en l’homme ou …… en la femme ;- )

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
Zemmour : les « Zouaves Paris » derrière les violences
Le groupuscule « Zouaves Paris » a revendiqué lundi, dans une vidéo, les violences commises à l’égard de militants antiracistes lors du meeting d’Éric Zemmour à Villepinte. Non seulement le candidat n’a pas condamné les violences, mais des responsables de la sécurité ont remercié leurs auteurs.
par Karl Laske, Marine Turchi et Sébastien Bourdon
Journal — Médias
Un infernal piège médiatique
Émaillé de violences, le premier meeting de campagne d’Éric Zemmour lui a permis de se poser en cible de la « meute » médiatique. Le candidat de l’ultradroite utilise la victimisation et des méthodes d’agit-prop qui ont déjà égaré les médias états-uniens lorsque Donald Trump a émergé. Il est urgent que les médias français prennent la mesure du piège immense auquel ils sont confrontés.  
par Mathieu Magnaudeix
Journal — Social
Les syndicalistes dans le viseur
Dans plusieurs directions régionales de l’entreprise, les représentants du personnel perçus comme trop remuants affirment subir des pressions et écoper de multiples sanctions. La justice est saisie.
par Cécile Hautefeuille et Dan Israel
Journal
Fonderies : un secteur en plein marasme
L’usine SAM, dans l’Aveyron, dont la cessation d’activité vient d’être prononcée, rejoint une longue liste de fonderies, sous-traitantes de l’automobile, fermées ou en sursis. Pour les acteurs de la filière, la crise économique et l’essor des moteurs électriques ont bon dos. Ils pointent la responsabilité des constructeurs.
par Cécile Hautefeuille

La sélection du Club

Billet d’édition
Dimanche 5 décembre : un déchirement
Retour sur cette mobilisation antifasciste lourde de sens.
par Joseph Siraudeau
Billet de blog
Aimé Césaire : les origines coloniales du fascisme
Quel est le lien entre colonisation et fascisme ? Comme toujours... c'est le capitalisme ! Mais pour bien comprendre leur relation, il faut qu'on discute avec Aimé Césaire.
par Jean-Marc B
Billet de blog
Le fascisme est faible quand le mouvement de classe est fort
Paris s’apprête à manifester contre le candidat fasciste Éric Zemmour, dimanche 5 décembre, à l’appel de la CGT, de Solidaires et de la Jeune Garde Paris. Réflexions sur le rôle moteur, essentiel, que doit jouer le mouvement syndical dans la construction d’un front unitaire antifasciste.
par Guillaume Goutte
Billet de blog
« Pas de plateforme pour le fascisme » et « liberté d’expression »
Alors que commence la campagne présidentielle et que des militants antifascistes se donnent pour projet de perturber ou d’empêcher l’expression publique de l’extrême droite et notamment de la campagne d’Éric Zemmour se multiplient les voix qui tendent à comparer ces pratiques au fascisme et accusent les militants autonomes de « censure », d' « intolérance » voire d’ « antidémocratie »...
par Geoffroy de Lagasnerie