Corps rouge dans le Vercors de Jérôme Sublon

Le corps de Delmare est retrouvé sans vie dans sa propre scierie. La commissaire Aglaëe Boulu est dépêchée dans un village perdu dans les forêts du Vercors... Les habitants se révoltent : la rumeur désigne un coupable, il ne reste plus qu’à l’enfermer...

                                    

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Certaines librairies et parfois même les bibliothèques n'ont de la place sur leurs rayons que pour les « grandes » maisons d’éditions. Grandes par quoi ? Par le nombre d’exemplaires vendus, par leurs auteurs parfois surcotés, par leur nom écrit en gros ?  Tout ça pour dire que les éditions du Caïman (peu exposées) gagnent à être connues non seulement pour la qualité de leurs ouvrages mais également pour la passion qui anime les fondateurs.

Jérôme Sublon qui a commencé comme ingénieur, puis professeur des écoles, se consacre maintenant à l’écriture. Il randonne beaucoup et son dernier récit se situe dans la région de Villard de Lans. Le village montagnard, perdu (les réseaux téléphoniques sont parfois aléatoires) de  Sainte-Moucherolle-sur-Bourne est en émoi. Après une vieille dame décédée il y a quelque temps alors qu’elle promenait son troupeau sur les coteaux, voilà que le patron de la scierie est retrouvé assassiné dans des conditions qui font froid dans le dos. Sa veuve, pas du tout triste, soit dit en passant, se propose de reprendre l’affaire aidée des fidèles ouvriers. Mauvaise surprise, une dette contractée pas son époux et non couverte, fait qu’elle n’est plus propriétaire….. A qui profite le crime ? A l’usurier ? Trop facile….

C’est la commissaire Aglaë Boulu qui est dépêchée sur place pour mener l’enquête, aidé des gendarmes du coin. Pourquoi elle ? Parce qu’elle fait un peu d’ombre à son patron, alors l’éloigner et l’envoyer au milieu de nulle part, c’est une bonne solution, surtout si elle n’arrive pas  à trouver le meurtrier….. Elle va vite être rejointe par Francesco, un amoureux avec qui le lien a été rompu…  Pardonnera, pardonnera pas ?  Ah aha….. je ne dis rien ;-) Aglaë est une jeune femme opiniâtre, observatrice, qui ne lâche jamais. Elle écoute, examine chaque détail, chaque indice, elle interprète un regard, un mouvement de cils et elle agit. Parfois, elle joue au poker menteur pour pousser les gens dans leurs retranchements et ça lui va bien.

En face d’elle, les habitants du village, des taiseux qui communiquent peu et semblent même cacher des choses.  Parmi eux, le comte Danjou (sans apostrophe) - excusez du peu, il y a des gens de la « Haute » dans ce coin paumé -, qui « guide » la belle policière dans ses investigations. Aglaë va vite réaliser qu’en effet, on ne lui dit pas tout. Qu’en est-il de ce club de chasseurs, qui se réunissait régulièrement, quelques fois  accompagné de femmes – disons –  très disponibles et peu recommandables ? Et cet instituteur parisien, pourquoi est-il venu s’enterrer ici ? N’avait-il pas un but caché ? Et voilà que se produit un autre meurtre, tout aussi sordide que le premier dans sa mise en scène. Ce coin de nature n’est plus du tout tranquille….. Les villageois réclament au maire que les têtes tombent et sont prêts à agir si ça ne va pas assez vite ……  Il est donc plus que nécessaire qu’Aglaë mette ses problèmes amoureux entre parenthèses et agisse, à moins que son ex ne lui apporte un autre éclairage sur ces affaires troublantes …..

Porté par une écriture franche, un style vif, ce récit se lit avec plaisir. La nature est parfaitement décrite, ce qui place l’intrigue dans un contexte très visuel. Pas besoin de plan, on visualise les habitations, la montagne, les bois, les routes étroites, pleines de virages… On imagine sans difficultés, les différents protagonistes (une adaptation en téléfilm serait très intéressante) que ce soit celui qui parle fort ou le plus discret….. L’enquêtrice sera dans l’obligation de remonter dans le passé pour essayer de comprendre certaines réactions ainsi que des allusions lancées ici et là. Le lecteur aura également quelques indications avec des retours en arrière brefs mais suffisants.

Ce recueil est excellent, l’atmosphère est tellement bien retranscrite qu’elle en est « palpable »… L’auteur apporte des précisions importantes aux événements qui finissent par s’emboîter. Le lien avec le passé nous rappelle combien les gens peuvent être rancuniers, traînant leur mal-être pendant des années, comme un poids lourd, si lourd qu’il peut entraîner vers la folie….

 

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