Dans les brumes de la baie de Guillaume Lefebvre

Par une nuit de tempête, le voilier de Diane Le Querec fait naufrage au large de Saint-Malo. Quelques semaines plus tard, Hatice, une jeune ornithologue, aperçoit une femme en difficulté au milieu de la baie de Somme.

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Ancien capitaine de navire, Guillaume Lefebvre place souvent ses intrigues sur des bateaux avec un personnage récurrent : Armand Verrotier. Cette fois-ci, c’est à terre que se déroule l’essentiel de l’histoire mais pas loin des plages, près de Cayeux sur Mer et de Saint-Malo, région qu’il aime. Sans doute pour ne pas faire mentir l’adage : on ne parle bien que de ce qu’on connaît.

Hatice est une jeune femme hébergée chez Armand Verrotier pendant qu’il est en mer. Lé décor est donc familier pour ceux qui suivent l’auteur mais pour un nouveau lecteur, il n’y a rien de gênant. Un jour où elle prend des photos d’oiseaux sur la plage, Hatice aperçoit une femme dans l’eau alors que le chenal va s’élargir. Qu’elle soit une adepte de la pêche à pied ou autre chose, une chose est sûre : cette personne n’a plus la force d’avancer et il faut lui porter secours. Hatice n’a pas le choix et elle va l’aider à ses risques et périls. Elle la sauve de justesse. L’inconnue est hospitalisée dans un état critique puis elle finit par disparaître. Hatice, veut comprendre et parallèlement aux policiers chargés des investigations, elle va mener sa petite enquête. Elle fait le lien entre cette femme dont personne ne retrouve la trace et l’épouse d’un armateur disparue en mer alors qu’elle était sortie seule avec son embarcation. Elle ne se doute pas qu’elle va rapidement se mettre en danger, qu’elle sera suivie et surveillée, alors qu’elle est dans cette ville pour se faire oublier…..

On pourrait penser qu’Hatice est trop curieuse (un défaut bien féminin ?) mais je ne pense pas que ce soit ça. Elle a sauvé une femme et se sent presque un peu responsable d’elle d’où ce besoin de la retrouver après qu’elle a quitté l’hôpital (forcée ou de son plein gré ?) Ce qu’elle ignore par contre, c’est que cette quête l’entraînera très loin, beaucoup plus que ce qu’elle imagine. J’ai apprécié le personnage d’Hatice, une femme opiniâtre, vive (parfois un peu trop), elle observe, elle réfléchit et réalise vite qu’elle est manipulée par certains. Elle doit alors être vigilante et se méfier de tous. Les enquêteurs, eux, ne sont pas toujours rapides, peut-être noyés sous la paperasse et les coups de fil. Il arrive qu’Hatice les dérange car elle va plus vite qu’eux et pourtant ils ont intérêt à se rapprocher d’elle pour utiliser les informations qu’elle découvre.

L’intrigue est travaillée et est intéressante. On s’interroge sans cesse sur qui est coupable et pourquoi. Les personnages autant principaux que secondaires ont de l’étoffe et on ne sait pas forcément si on peut les croire, leur faire confiance. Le contexte est bien décrit et on est tellement imprégné de l’atmosphère du récit qu’on regarde par-dessus son épaule pour voir s’il n’y a pas quelqu’un qui nous épie. Il y a quelques situations qui interrogent et qu’on ne sait pas forcément comment interpréter. Ce qu’on imagine être des indices en sont-ils vraiment ?

Avec ce nouveau titre, Guillaume Lefebvre est monté en puissance. L’écriture, toujours fluide est plus affirmée, ne ménageant pas le lecteur. L’histoire est complète, réfléchie  et parfaitement « orchestrée » pour que tout s’explique à la fin.  Ce roman m’a accrochée dès les premières pages et j’ai pris du plaisir à le lire, essayant de cerner ce qui était caché.

Je suis contente que l’éditeur Aubane ait repris la série des polars en Nord, cela m’a permis de lire le nouveau roman d’un auteur que j’apprécie.

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