Reikiller de Laurent Philipparie

Jenny intègre un cabaret périgourdin. Elle vient de s'installer dans la région pour être aux côtés de Didier, gendarme. Ce dernier enquête sur la disparition de plusieurs touristes allemandes. Avec leur fille, le couple aurait tout pour être heureux si la petite Luna n'avait pas développé une grave tumeur cérébrale.

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Didier et Jenny forment un couple heureux, avec leur petite Luna. Lui est gendarme à la brigade de recherche de Sarlat. Elle, a trouvé une place de danseuse de pole dance dans un cabaret de la région. Deux quotidiens bien différents mais qui ne gênent en rien l’épanouissement de leur amour. Ils s’en accommodent.

Il est confronté à une affaire très intéressante, la disparition de jeunes femmes, toutes des touristes allemandes. Cela lui prend énormément de temps, il s’investit à fond car s’il réussit il sait bien que cela va booster sa carrière. De son côté, elle a parfois du mal à le comprendre de vivre dans tant de noirceur, alors qu’elle est sous le feu des projecteurs, mettant des étoiles dans les yeux des spectateurs.

Un jour, c’est le coup de massue, leur petite Luna est touchée par un gliome infiltrant du tronc cérébral, une tumeur inguérissable, elle est condamnée. Hospitalisée, il faut accepter l’idée de l’accompagner jusqu’au bout du chemin. C’est un tsunami pour les parents, comment réagir, que faire ? Face à la souffrance d’un proche, chacun réagit de façon différente, certains pratiquent le déni, d’autres baissent les bras s’en remettant à la fatalité, d’autres encore essaient d’espérer un miracle….Et si ?

Didier se noie dans le boulot, vivant de chantage avec lui-même, marchandant. « Si je coince le tueur alors ma fille sera sauvée… » Jenny ne sait pas, ne sait plus jusqu’à une discussion avec la patronne du cabaret, adepte de Reiki (une méthode de soins non conventionnelle d'origine japonaise, fondée sur des soins dits « énergétiques » par imposition des mains). Elle connaît une grande prêtresse et peut la faire intervenir pour sauver Luna. Jenny est rationnelle mais quand il ne reste plus d’espoir et que quelqu’un vous laisse une lueur, peut-on dire non ? Je n’ai pas pu blâmer cette mère, si la foi dans ce procédé lui permet de rester droite, pourquoi pas ? Mais il ne fallait pas qu’elle se laisse envahir, tout est question de dosage…

« Il y a ceux qui ne veulent pas croire, ceux qui ne peuvent pas croire, ceux qui croient mal…. Les plus dangereux restent ceux qui font semblant de croire, parfois contre leur gré… »

Le lecteur va suivre l’enquête des policiers, les interactions avec la jeune mère de famille, la vie de la troupe du cabaret où de nombreux artistes ont été convertis au Reiki par la patronne, la maladie de Luna et d’autres éléments liés à tout cela. Il y a des personnages forts : Goupil, le chef de Didier, un homme pragmatique qui avance pas à pas, qui ne veut pas que l’on bouscule les choses, la chef du cabaret qui ne jure que par le Reiki, les parents qui luttent pour tenir bon, et tous les autres, dont un tueur dans l’ombre, dangereux et violent à l’extrême….

Cette histoire aborde plusieurs thèmes, celui des croyances, le pouvoir et la force de la foi. L’évolution des personnes face à la maladie de ceux qu’ils aiment. L’Histoire avec H majuscule puisqu’on va découvrir des faits de résistance et des évènements concernant Joséphine Baker. Les investigations policières. Et les rapports humains qui se consolident ou se délitent. On pourrait penser que ça fait trop. Mais l’auteur articule tout cela avec doigté et il s’en sort bien. Son récit est prenant, découvrir l’univers du cabaret de l’intérieur, observer les ressentis de chacun, décrire les paysages où se déroulent certaines scènes difficiles, parler de l’Histoire, tout cela est écrit avec suffisamment de détails, sans en faire trop non plus. On peut mettre un bémol pour certains faits qui ne sont pas très vraisemblables, quoique…. Laurent Philipparie sait de quoi il parle puisqu’il est criminologue et capitaine de police.

Cette lecture a été une belle découverte pour moi. La construction avec plusieurs angles d’approche m’a bien plu ainsi que les sujets évoqués. L’écriture est accrocheuse, vivante et on ne s’ennuie pas une seconde !

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