«Styx Station» de John C. Patrick

John C. Patrick poursuit, après le premier volet Moïra, sa relecture des événements qui ont marqué la fin des années 1960.

   

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           John C. Patrick est un de ces écrivains dont on se demande pourquoi il n’est pas plus connu…
Heureusement que quelques éditeurs sont encore à la recherche de pépites littéraires sans chercher à faire du chiffre à tout prix. Cela nous permet de belles et enrichissantes découvertes.

Ce roman est le deuxième d’une série de quatre (ils peuvent se lire indépendamment) qui revisite l’Histoire de 1954 à 1974. Pour ce recueil, ce sont les événements des années 1962 et suivantes qui seront évoqués.  On pourrait croire, à lire la quatrième de couverture, qu’on va se trouver avec un cours d’histoire rébarbatif à la manière de ces professeurs qui débitent ce qu’ils ont à transmettre en oubliant de le faire vivre pour le rendre intéressant…. A lire l’auteur, je suis certaine d’une chose, ses élèves ont dû être captivés par ses interventions.

Le récit est complet, mais pas complexe, car les nombreux personnages, lieux, intervalles de temps sont parfaitement « balisés ».  On sait toujours de qui on parle, ce qui se passe et pourquoi. Les personnages, réels ou imaginaires sont, pour la plupart, des hommes. Espions, militaires, policiers, membres du gouvernement, etc, tous sont parfaitement intégrés au récit, vivants, palpables.  Ce n’est pas pour autant un livre de « mecs », le contenu présenté parlera autant aux hommes qu’aux femmes….

On passe de la France (sur plusieurs régions) à l’Algérie, sur une période allant de 1962 à 1967. On côtoie des hommes de l’ombre, d’autres plus en vue. Chacun se bat, soit pour ses convictions, ce en quoi il croit ou pour des causes plus obscures. Certains sont détestables, d’autres plus attachants (je ne dirai pas quel est mon préféré ;-)

 L’écriture est dépouillée, presque « documentaire », l’essentiel pour visualiser une scène, les faits puis les acteurs.  J’aime beaucoup la façon dont l’auteur décrypte ce qui se déroule sous nos yeux, c’est presque « chirurgical », à la fois sobre et d’une précision infinie. Il est documenté et lorsqu’il parle d’actions  dont on n’a jamais entendu parler, on a le souhait de « creuser » encore plus les informations qu’il communique (notamment sur l'accident de Béryl (du nom de code de l'essai), un accident nucléaire qui s'est produit le 1er mai 1962 en Algérie). Si déjà, à l’époque, certaines choses étaient tenues secrètes ou minimisées, qu’en est-il maintenant ? Est-ce qu’on nous leurre encore quelques fois ?

Je trouve courageux de s’attaquer à une telle transmission à travers un roman.  Je trouve merveilleux d’être capable d’employer des termes de qualité, d’écrire un texte abouti au vocabulaire riche mais abordable,  d’être captivant, en  mêlant histoire, espionnage, suspense sans lasser ni perdre le lecteur. Je trouve que John C. Patrick a tout d’un grand et que ça ne se sait pas assez (mais peut-être qu’il ne recherche pas la « gloire »). Je trouve que Kyklos, la voix dissonante de l’édition a  une fois encore tout compris, offrant à ceux qu’elle publie une liberté d’expression bienvenue et à ceux qui lisent leurs publications une ouverture sur le monde, sur la vie, sur l’Histoire, sur l’homme …..

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