Une confession de John Wainwright (Cul-de-Sac)

John Duxbury est déçu par son existence. Bientôt, c'est un drame qui s'abat sur lui. Alors qu'il est en vacances avec sa femme, celle-ci fait une chute mortelle. Un homme a été témoin des faits et prétend que c'est John qui a poussé sa femme. L'inspecteur Harker,, s'engage dans la recherche de la vérité.

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Ce roman écrit en 1984 vient seulement de paraître en France et une fois la dernière page tournée, on peut légitimement se poser la question du pourquoi de cette traduction tardive (et réussie ! merci Laurence Romane). Mais le voilà disponible et c’est une bonne chose. L’auteur avait également rédigé « À table ! » qui est devenu le film « Garde à vue » au cinéma.

Ce livre se décline en quatorze parties d’inégale longueur ou les différents protagonistes seront mis en exergue tour à tour. Tout commence avec le journal intime de John Duxbury, propriétaire d’une imprimerie florissante où son fils, un garçon intelligent et un bon bras droit, travaille avec lui. Une situation professionnelle réussie malgré une certaine lassitude due à la routine. Il y a bien quelques fois des passages difficiles avec les ouvriers mais John gère. A travers ses écrits, on découvre vite que cet homme est malheureux dans son couple et que le mot épanoui ne lui correspond pas. Tout est façade dès qu’il est avec sa femme tant chez eux qu’à l’extérieur. D’ailleurs, elle semble particulièrement acariâtre, pénible à vivre, harcelant, surveillant son mari. C’est ce qu’il présente dans ses carnets et il paraît sincère. Il l’aime malgré tout et puis dans ses familles, on ne divorce pas.

Les voilà qui partent quelques jours en vacances et c’est là que survint le drame : elle glisse, tombe et s’écrase, morte, en bas d’une falaise, près de laquelle ils faisaient un tour. Affaire classée, une mauvaise chute. Mais quelques jours plus tard, un homme, rencontré à l’hôtel où le couple était hébergé, vient témoigner. Il aurait vu John pousser Maude, son épouse. Aurait vu, c’est le conditionnel donc pas de certitude…. D’autant plus que ce témoin et John s’étaient un peu pris de bec dans le restaurant de la pension, il s’agit peut-être d’une façon de se venger de cette altercation ? L’enquête est confiée à Harry Harker, un policier célibataire, pugnace, qui se décide à creuser l’affaire. De pages en pages, nous allons découvrir les investigations de cet homme, ses raisonnements, son analyse toute en finesse et c’est un régal. Accident, suicide, meurtre ?  L’époux malheureux est-il pour autant mieux dans sa vie, est-ce que cette mort est une libération ? Qu’en est-il exactement ?

Le style et l’écriture sont très intéressants, recherchés, tout en restant fluides. Avec une précision quasi chirurgicale, l’auteur décortique, fouille les vies (notamment pour les couples, le choix d’une union et les conséquences que cela entraîne ainsi que la place de chacun face à la dépression nerveuse). Il pose les différentes pièces de son puzzle jusqu’à un final époustouflant. Il rentre dans le passé des individus, va au plus profond pour nous montrer les failles, la face cachée de chacun, la part d’ombre, voire de ténèbres. Le phrasé est fin, élégant, (il faut resituer ce récit écrit en 1984), avec un charme désuet (pas de moyens modernes : téléphones portables ou tests ADN) qui lui va infiniment bien tant il colle au texte, à l’époque, au contexte. La parole était moins libérée, moins libre, et ce sera tout l’art de John Wainwright de faire exprimer les uns et les autres. On avance à un rythme doux, au gré des rencontres, des atermoiements, des questions avec ou sans réponse, des réminiscences de ceux qui ont côtoyé les uns ou les autres.

C’est un recueil abouti, un texte riche que nous offrent les éditions Sonatine. J’ai énormément apprécié cette lecture, pas de sang, une ambiance qui va crescendo, une psychologie affinée des différents individus. John Wainwright nous rappelle que, parfois, tout n’est qu’apparence, et que l’on n’est pas toujours en adéquation avec ce qu’on veut, ce qu’on dit vivre…..

 

 

 

 

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