L'héritage Davenall de Robert Goddard (Painting the Darkness)

1882. St John's Wood. Lorsqu'un homme se présente aux portes de la maison de Constance Trenchard, celle-ci ne se doute pas que sa vie va être bouleversée. L'homme prétend en effet être Sir James Davenall, son ancien fiancé, disparu une semaine avant leur mariage et que tout le monde croit mort depuis dix ans.

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En 1871, Constance devait épouser son fiancé, James Davenall. Mais peu avant le mariage, il a disparu, laissant une lettre où il explique qu’il va mettre fin à ses jours (sans en donner la raison). Il a fallu beaucoup de temps à la jeune femme pour se reconstruire mais finalement elle a épousé William Trenchard et ils ont eu une petite Patience.

Nous sommes maintenant en 1882, et un homme se présente à la porte du jeune couple. Il dit porter le nom de James Norton mais être en vérité James Davenall … Il vient pour récupérer son héritage de baronnet et compte sur Constance pour témoigner de son identité. Sa famille le rejette, arguant qu’il ment et il faut qu’il trouve des soutiens pour prouver sa bonne foi. Est-ce James ou un imposteur qui ne vise que l’argent ?

On pourrait se dire que c’est oui ou non… Mais on n’est pas à l’époque où un test ADN suffit pour établir des liens familiaux… Il faudra bien les sept cents pages qui constituent ce roman pour démêler l’immense toile d’araignée construite sous nos yeux. C’est William Trenchard qui s’exprime, soit en racontant les faits, soit en évoquant des épisodes passés. Il y a également quelques situations présentées par un narrateur.

Machinations, perversions, mensonges, tricheries, plusieurs pistes sont lancées. Le lecteur essaie de comprendre, de savoir qui tire les ficelles mais sans cesse les choses lui échappent. Ce sont des conflits d’intérêt, des conflits d’amour décrits avec précision, doigté. Dans ces milieux bourgeois, aristocratiques, certains ne souhaitent pas préciser d’où vient leur fortune. D’autres, considérant qu’ils sont les maîtres, se croient tout permis, y compris de maltraiter le petit personnel pour mieux le chasser après, lui faisant porter au passage une dose de culpabilité. La

Alors ? James est-il en train de rétablir la justice ou de préparer une vengeance ? Qui a tort ? Qui a raison ? Quels vont être les dommages collatéraux de cette réapparition ? Personne ne peut en sortir indemne. Ni Constance, tiraillée entre l’amour d’hier et celui d’aujourd’hui. Ni la famille et les amis de James, ni James, ni tous ceux qui de près ou de loin seront liés à cette intrigue.

C’est avec une écriture raffinée, élégante, très vieille Angleterre mais agréable et facilement lisible, que l’auteur nous raconte par le menu toute une succession d’événements, de révélations qui relancent régulièrement le rythme. On ne s’ennuie pas une seconde et lorsqu’une piste se dessine, elle est vite effacée ou troublée et il faut refaire des déductions, réfléchir à ce qui peut être possiblement une réponse à nos questions…. Les différents protagonistes ont des personnalités intéressantes, pas franchement lisses et on sent bien que tout n’est pas dit. Quant à l’atmosphère, c’est un régal, on voit les paysages, on sent la pluie, le vent, la brume ou le rayon de soleil. Le style de Robert Goddard est toujours très suggestif, envoûtant.

J’ai particulièrement apprécié de ne pas savoir à qui faire confiance. Il y a chaque fois un petit détail, style grain de sable, qui vient semer le doute et relancer la partie comme s’il s’agissait d’un image jeu de cache-cache, chacun se glissant, soigneusement, derrière un masque de bienséance qui n’est peut-être qu’hypocrisie et illusion…

 

 

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